CHAPITRE XIll
DE 1844 A f848.
Station de Grenoble : Mgr de Braillard. — Le Père parait en chaire avec son habit, sans atténuation aucune. — Fondation du couvent de Chalais ; conduite du Gouvernement. — Succès de la station de Grenoble. — Retour à Nancy; oraison funèbre de Mgr do F'orbin-Janson. — Publication du tome !"■• des Conférences. — Station d'Avent, 1S44-1845. — Station de Lyon. — Pèlerinage à Ars. — Coup d'œil rétrospectif sur la situation des catholiques à la fin de 1844. — Crise intérieure de l'Univers. — Dispersion des .Jésuites. — Attitude personnelle et tlispositions intimes de Lacordaire sur ces tiuestions. — Premier établissement ilominicain à Paris, — Avent 1845-1846. — Carême à Strasbourg. — Election de Pie IX. — Avent 1846-1847: Conférences sur Jésus-Christ. — Carême à Liège. — Éloge funèbre du général Drouot. — Sixième voyagf de Rome : impressions sur les réformes de Pie IX et sur les Jésuites. — Station de Toulon, — Prédication à Marseille.
Au moment où s'écrivaient ces paroles, Lacordaire était loin de Paris. Dès le mois de janvier 1838, l'évêque de Grenoble le suppliait d'évangéliser sa ville épiscopale ; il redoublait d'instances depuis 1841 : le Père lui accorda les mois de février, de mars et d'avril 1844.
Cette insistance de l'évêque de Grenoble mérite d'être remarquée. Si quelqu'un pouvait avoir la prétention d'être la dernière personuitlcation de rancieii clergé français . c'était Mgr deBruillard. Né en 1765, prêtre avant 178U, il avait refusé de (piittcr la France durant la Terreur.
68 STATION DE GREN-'iBLE.
affrontant la fiuillotine et continuant de remplir, au péril de sa vie, toutes les Ibnctions de son ministère. Curé de Paris sous le premier Empire, ëvèque sous la Restauration, pleinement étranger, disons plus, pleinement inaccessible à l'esprit moderne, — de loin (et c'était là un des signes du temps), il n'en subissait pas moins l'ascendant et le prestige des triomphes oratoires de Lacordaire, et il lui tardait de l'avoir à son tour.
C'était, en 1844, un vieillard de près de quatrevingts ans, vif, souriant, spii'ituel, plus ferme que tel évoque qui ne portait pas le poids de tant d'années ' , Bien que ce ne fût pas précisément un grand caractère, le Prélat permit volontiers au Père de paraître en chaire avec son habit, sans déguisement aucun. Lacordaire avait passionnément à cœur cette portion de sa liberté religieuse. « Le camail de Paris , écrivait-il alors , a été un malheur nécessaire, mais qui n'ôtera rien à la persévérance de mes efforts sur ce point ; il tant savoir plier quelquefois, pourvu qu'on se relève ~. »
La station de Grenoble s'ouvrit le dimanche de la Septuagésime (4 février 1844). Ce jour-là même partait de Paris une lettre du Garde des sceaux, ministre de la justice et des cultes, àl'évêque de Grenoble ; M. Martin (du Nord) invoquait la concession faite, quant au costume, durant la station que venait de prêcher Lacordaire à Notre-Dame ; il déclarait compter sur li sagesse et sur la fermeté 'du Prélat , et lui exprimait le désir d'être
' A M"* Swelchine, 6 février et 21 m l^^ 1844. 1 A M- de Prailly, 8 février 1844.