‹ Vie du R.P. LacordaireChapitre 29 sur 195 · VOISINAGE DE LA GRANDE CHARTREUSE · texte numérisé non relu

VOISINAGE DE LA GRANDE CHARTREUSE

qui étaient comme la couronne de ces sites enchantés. Il fallut du temps pour réparer la maison et en organiser le service ; mais les privations nous étaient douces au milieu de cette nature élue depuis plus de sept siècles par la grâce de Dieu, et où les ruines de quelques années n'avaient pas ôté le parfum de l'antiquité religieuse '. La cloche des Bénédictins et des Chartreux existait encore, dans sa flèche couverte de tuiles de sapin, et l'horloge qui avait sonné pour eux les heures de la prière nous y appelait à notre tour.

« On sut bientôt que le désert de Ghalais avait retleuri sous la main de Dieu. Des hôtes nous vinrent de toutes parts, et ce qui n'était plus qu'un séjour de gardes et de bûcherons redevint un pèlerinage connu des âmes pieuses. Le soir, dans la chapelle à demi restaurée, nous chantions le Salve Regina, selon la coutume de l'Ordre ; il y avait une grande joie à entendre sur ces cimes, au milieu des murmures du vent, la psalmodie qui porte jusqu'aux anges un écho de leur propre voix.

« Le voisinage de la grande Chartreuse ne tarda pas à établir entre les deux maisons une fraternité qui était une grâce de plus. Un chemin mystérieux conduisait de l'une à l'autre à travers les vallées et les hauteurs (pii nous séparaient. Nous l'eûmes bientôt découvert. 11 fallait six heures pour le franchir, tantôt en gravissant par un étroit sentier la sinuosité des roches , tantôt en côtoyant de vertes et fines prairies, tantôt en s'enfonçant dans des forêts profondes, où les arbres ne tom-

* Notice.

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