‹ Vie du R.P. LacordaireChapitre 30 sur 195 · VOREPPE · texte numérisé non relu

VOREPPE

baient jamais sous la main de l'homme et où l'on rencontrait tout à coup des espaces libres semblables à des jardins, jusqu'à ce qu'on arrivât en face de l'espèce d'abîme où s'élevaient solitaires et dans leur repos de sept siècles, les grandes édifications sorties de la cellule de saint Bruno. Cette route du désert nous ramenait ensuite à notre pauvre monastère ; et parvenus à un certain point, d'où notre œil plongeait sur ses toits, sur ses prairies, et jusque sur le cours blanc et rapide de l'Isère, nous retrouvions toujours avec transport ce beau soleil que nous y avions laissé le matin, et qui nous attendait le soir pour nous dire cet adieu si cher à tous ceux qui unissent sa lumière aux souvenirs de leur cœur.

« Le voisinage de la grande Chartreuse n'était pas le seul qui adoucit pour nous l'austérité du séjour de Chalais. Au bas de nos sommets escarpés, et à l'entrée même de la vallée du Graisivaudan, s'élevait le bourg de Voreppe, qui était notre point de départ et notre point d'arrivée, selon que nous montions ou que nous descendions la montagne. Là, dans un presbytère simple et modeste, l'hospitalité ne nous manquait jamais ; et la table de son vieux curé était toujours prête à réparer nos forces. Peu de chose nous suffisait ; mais ce peu de chose était si cordialement offert, que je n'y songe jamais sans plaisir et sans reconnaissance. Un autre manoir nous était aussi ouvert ; et si nous étions là plus proche du monde, cette ditférence disparaissait par la ressemblance de l'accueil. Grenoble, Chalais, Voreppe, ont laissé dans ma mémoire un souvenir qui ne s'y etface point. Je n'y ai point rencontré comme à Nancy un frère de Saint-Beaussant ; mais mille

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