‹ Vie du R.P. LacordaireChapitre 31 sur 195 · ATTITUDE DV GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

ATTITUDE DV GOUVERNEMENT

choses ont donné à cette fondation un caractère qui n'a pas cessé de me ravir et d'yfaire habiter ma pensée ^ » La lettre ministérielle du 10 avril annonçait que le Gouvernement aurait certainement recours, au besoin, à des mesures coercitives. Il n'y en eut d'aucune sorte. Le Gouvernement, par son langage comminatoire, ne songeait qu'à prendre ses sûretés vis-à-vis de l'Opposition dans les deux Chambres. L'Evêque écrivit au Ministre qu'en achetant Ghalais en son nom et au nom de quatre de ses amis, do7ît trois n'' étaient 'point prêtres, M. Lacordaire se proposait d'avoir, pour eux etpoiu* lui, de loin en loin, une maison de retraite et d'étude. « Ces Messieurs, ajoutait le Prélat, sont donc des propriétaires et des habitants dans mon diocèse. » Lacordaire, de son côté, avait tout fait pour éviter, non la publicité, ce qui eût été impossible, mais l'éclat. Quand les religieux de Ghalais étaient dans la nécessité de quitter leur désert pour aller à Grenoble, ils couvraient leur blanche tunique d'un manteau noir, usage auquel les disciples du P. Lacordaire s'assujettirent volontairement dans les villes jusqu'en 1850. Le P. Martin, établi comme vicaire à la tête (le la petite communauté de Ghalais, en attendant la venue du P. Jandel, qui en fut le premier Prieur, avait ordre de recevoir avec dignité et fermeté l'officier civil, s'il se présentait aux portes du couvent ; puis, si cet officier recourait à la force, de descendre chez le curé de Voreppe et d'attendre là des instructions ultérieures. Ne céder qu'à la force ; rentrer ciiez soi dès que les gen-

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(larmes en seraient sortis ; protester publiquement ; r(''clamer judiciairement la jouissance de sa propriété; la jouissance recouvrée, y rentrer avec les siens : toile était la ligne que s'était tracée Lacordaire et qu'il conseillait à toutes les communautés menacées ^ A cette attitude, comme à celle que prit, de son côté, le P. de Ravignan à la même époque, on reconnaissait le juriste, l'homme qui, dès son adolescence, s'était donné pour mission d'être le champion du droit toujours et partout, envers et contre tous. En Angleterre, où une telle attitude serait dans les mœurs nationales, l'approbation générale eût été acquise à cette énergie de conduite. En France, au contraire, où tout le monde est élevé dans la doctrine que l'État est tout et l'individu rien, la résistance de Lacordaire était moins sûre d'être soutenue par la faveur publique. Mais r<^xpérience n'en fut pas faite ; le (Touvernement ferma les yeux sur ce qui se passait dans le désert de Ghalais, bien décidé à ne se mesurer avec un lutteur aussi admiré que l'était Lacordaire qu'autant qu'il en serait sommé par l'opinion publique, et c'est ce qui n'arriva point.

Pendant que ces choses se passaient, la station de Grenoble suivait son cours. Elle se composa de onze conférences dominicales, dont la dernière fut prêchée le troisième dimanche après Pâques (28 avril 1844). Deux mois après, Lacordaire écrivait : « Aucune ville ne m'a ému comme Grenoble. Évidemment cette nature touche à la mienne. » Il mandait à madame de la Tour-du-Pin :

» Le P. Laconluire à M. <U' Moiitalombert, l.-ltrc -lu .30 avril 184").

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« J'ai ici beaucoup de consolations; ce peuple est ouvert, bon, généreux, point hostile à la Religion et en entendant parler avec plaisir \ » Il avait été surtout ravi du clergé : c'était particulièrement au sein du clergé qu'il se savait attaqué et contesté ; par cela même, les encouragements qu'il recevait de ce côté lui étaient précieux entre tous. La sympathie, on le conçoit, éclatait principalement parmi les jeunes; tout le séminaire, où le Père était logé, fut de la dernière cordialité, du premier jour jusqu'à la fin, et c'est ce qui s'est reproduit dans toutes les villes épiscopales où Lacordaire a prêché.

Il existe un résumé des Conférences de Notre-Dame de Grenoble, par l'auteur d'un livre élégamment écrit sur le Gode Civil, M. Taulier, professeur à la Faculté de droit. Ce travail témoigne de la vive impression que firent les Conférences sur les classes instruites de la ville. Les contradicteurs toutefois ne faisaient pas défaut. A l'issue de la dernière Conférence, quatre cents des auditeurs du Père, ayant à leur tête un homme d'un vrai mérite, M. Casimir de Venta von, bâtonnier de l'Ordre des avocats, vinrent remercier le prédicateur. Cette démonstration déplut au Conseil de discipline, qui crut devoir déclarer dans un journal qu'en cette occasion le bâtonnier n'avait point parlé comme organe de l'Ordre. M. de Ventavon envoya sa démission par une lettre d'une noblesse écrasante : une déiiission ainsi motivée était une sentence sur chacun des membres de ce Conseil « qui ne craignait pas de faire servir son pouvoir disciplinaire à la

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