‹ Vie du R.P. LacordaireChapitre 32 sur 195 · SERMONS A DIJON ET A LANGRES · texte numérisé non relu

SERMONS A DIJON ET A LANGRES

manifestation de ses opinions sur des matières complètement étrangères à la discipline. » Cet incident nous a paru digne d'être noté comme un témoignage de Tesprit du temps. Voilà où en étaient les représentants du premier barreau du Dauphiné en 1844.

Le 23 mai, Lacordairo quittait Grenoble pour regagner Nancy qui, alors encore, était son quartier général. Mais il lui fallut trois semaines pour arriver en Lorraine à travers sa famille, qu'il n'avait pas vue depuis six ans, à travers de vieux amis, des dîners et des sermons imprévus. Il détestait les sermons détachés ; mais comment ne pas faire exception pour sa Bourgogne bien-aimée , qui n'avait jamais entendu sa parole? Les députations le prenaient à la gorge et elles ne lui laissaient pas la possibilité de résister. A Dijon, la ville de sa jeunesse et presque de sa naissance, Dieu l'inspira, dit-il lui-même, au delà de ce qu'il attendait. Gomme il descendait de chaire, on lui remit une lettre d'un de ses plus chauds adversaires^, M. Parisis, évêque de Langres, dont l'attitude et les écrits dans la lutte pour la liberté de l'enseignement faisaient en ce moment le premier des évêques de France. Le Prélat priait instamment Lacordaire de prêcher dans sa cathédrale et de descendre chez lui ; il reçut, en etfet, le Pèi'e les bras ouverts et, à la fin de son discours , lui adressa publiquement un compliment parfait. « Jamais réconciliation, écrivait Lacordaire, no s'est faite plus complètement et de meilleure grdce. »

' Ji> trouve ces mots dans une lettre du Fére à uiadamo Swolchine (16 juin 1844). C'est tout ce que je sais.

78 ORAISON FUNEBRE DE M. DE .lANSOX.

A peine le Père était-il dans son petit couvent de Nancy, qu'on y apprenait la mort del'évêque exilé de ce diocèse, M. de Forbin-Janson ^ et que Mgr Menjaud, à qui les enfants de Saint-Dominique n'avaient rien à refuser, priait Lacordaire de prononcer l'oraison funèbre du prélat défunt, dans sa cathédrale. Il n'y avait certes que Lacordaire qui pût tenter à Nancy l'éloge public, l'éloge solennel de M. de Janson, tant ce nom excitait encore de colères à peine contenues dans la ville épiscopale. Le Père lui-même disait qu'il s'estimerait heureux « s'il n'était pas lapidé à l'exorde ou à la péroraison -. » II ne le fut point. Le 28 août 1844, il écrivait : « Le succès a été complet, dans toutes les opinions , au delà de toutes les espérances ; c'est un jour de joie et de réconciliation, l'un des meilleurs jours de ma vie. » On comprend ce succès en lisant le discours, l'un des plus brillants et des plus habiles qu'ait prononcés Lacordaire. Les difficultés du sujet y sont éludées et tournées avec un art supérieur. L'éloge de Napoléon, très-populaire à Nancy, n'était peut-être pas fort à sa place dans l'oraison funèbre de M. de Jansou : mais,disons-le en passant, cet éloge, excessifà tous égards, n'était pas uniquement un artifice oratoire, il était sincère. Lacordaire en était resté à ses impressions du lycée de Dijon; il ne voyait ordinairement l'Empereur qu'à travers ses souvenirs de l'invasion et de la campagne de 1814, puis à ti-avers la légende de la mort chrétienne du héros sur le rocher de Sainte-Hélène. C'était Tun des

» .Mortlfilrtjuillpt 1844.

î A M"' Swet.liin.', ^2 août 1S44.

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