‹ Vie du R.P. LacordaireChapitre 34 sur 195 · PUBLICATION DES CONFÉRENCES · texte numérisé non relu

PUBLICATION DES CONFÉRENCES

apologétique était tout à fait cliflférent de tout ce qui avait été tenté en ce li'enre depuis Pascal. Bergier, la Luzerne, en dernier lieu M, Frayssinous, démontraient la vérité du Christianisme par l'extérieur, par des preuves extrinsèques : la démonstration de Lacordaire, au contraire, était prise de l'intérieur ; c'était un regard dans le dedans (le la foi, c'était la vue de son harmonie avec toutes les lois générales du monde. Et cependant, Lacordaire avait raison de se rendre ce témoignage, rien n'était théologiquement nouveau ; seulement, le point de vue étant autre, il faisait voir les mêmes choses sous un autre profil. C'est, ajoutait-il ingénieusement , le changement du jardin français en jardin anglais.

L'auteur n'avait pu songer aux Conférences Stanislas, dont il ne restait aucune trace, et qui, d'ailleurs, se fussent trouvées en dehors du plan qu'il s'était fait en montant dans la chaire de Notre-Dame. Il ne songea pas davantage à ses Conférences de province , qui n'étaient que des préludes ; ce ne sont, disait-il, que des portions découpées dans le tout, et qui trouveront leur place dans l'ensemble, avec des proportions plus vastes. Réduite aux Conférences de Notre-Dame de Paris, cette publication ne laissa pas de coûter à l'auteur un assez grand travail. Les improvisations les plus heureuses payent à l'infirmité humaine leur tribut par bien des points défectueux, qui n'ont })as frappé l'auditeur, mais qui ne sauraient échapper à une lecture faite à tête reposée. En se relisant ainsi dans les anciens comptes rendus des journaux, Lacordaire était extrêmement frappé de ces points fléfectucux. Outre ces comptes rendus, heureusement, il

avait ses notes, ses souvenirs : il fondait tout cela ensemble, il polissait, il remettait do la couleur, il adoucissait ou il retranchait tout à fait ce qu'il appelait quelques petites poussées de jeunesse, tout en s'appliquant à conserver à sa publication la plus grande fidélité possible, ou du moins toute la fidélité désirable. « J'ai longtemps rêvé, mandait-il à madame Swetchinc , de laisser aux vents tous ces débris de ma parole, puis, sur mes vieux jours, de faire un beau livre de tout ce que j'aurais pensé durant ma vie. Mais, avec l'âge, on comprend qu'on n'arrange pas ainsi sa destinée , et qu'il faut s'abandonner pleinement au souffie de Dieu. Puisqu'il a plu à Dieu que mes idées entrassent dans le public par la parole, pourquoi leur ôterais-je ce caractère natif et sincère ? »

Le tome premier des Conférences parut à la fin de novembre 1844. Le premier décembre^ liacordaire remontait dans la chaire de Notre-Dame. Les esprits étaient toujours vivement échauffes à propos de l'Université et du Clergé ; mais l'irritation n'était point descendue dans le peuple, comme avant 1830, où les prêtres étaient insultés dans les murs de Paris. L'agitation se tenait au-dessus, justement au sein des classes où se recrutait l'auditoire du Père. En face de ces passions frémissantes, il tenta une diversion qui semblait impossible : il s'interdit toute allusion, même éloignée, aux préoccupations publiques ; mais il ne désespéra point pour cela de captiver l'intérêt des hommes d'élite qui se pressaient au pied do sa chaire : il (juitta la région des idées pour entrer dans colle des sentiments et des actes humains ; ce que le Prédicateur

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