‹ Vie du R.P. LacordaireChapitre 35 sur 195 · CONFÉRENCE DE TARIS EN · texte numérisé non relu

CONFÉRENCE DE TARIS EN

allait dire, rauditeur, pour en reconnaître la vérité et la force, n'avait qu'à descendre dans son propre cœur. Les Conférences de 1843 avaient traité des effets de la doctrine catholique sur l'esprit. Celles de 1844 traitèrent de ses effets sur l'âme. Ce sont les plus belles peut-être que Lacordaire ait faites. «Elles fermèrent la bouche, dit M. de Montalembert, à ses plus obstinés détracteurs, et la beauté en reste à l'abri de la critique et des temps, comme une perle exquise, qu'aucun souffle ne peut ternir. » L'orateur sacré exposa son dessein en ces termes : « // est des vertus réservées comme signe de la doctrine divine. Car, s'il existe une doctrine divine, s'il est vrai que Dieu ait daigné établir sur la terre un enseignement tombé de ses lèvres, si, depuis qu'il a fait le monde, il parle, il parle touf haut et tout bas, il parle à l'univers entier et à chaque àme qu'il a créée ; — si cela est vrai, vous voyez qu'il est absolument nécessaire que la doctrine divine produise quelque chose que jamais la parole humaine ne puisse produire à son tour, quelque envie qu'elle ait de contredire ces signes tout puissants. Dieu s'est donc réservé des vérités, il s'est donc réservé des vertus, il s'est réservé des institutions. Et la grande preuve de la vérité du Christianisme, sa preuve populaire, le pain quotidien de sa démonstration, ce n'est pns le miracle qui passe, même en ressuscitant les morts, ce n'est pas la prophétie, quoique plus permanente que le miracle, non ; la preuve perpétuelle et toujours vivante du Christianisme, c'est que tout œil, un peu plus tôt ou un peu plus tard, découvre en lui îles vérités, des vertus et des institutions réservées ; c'est que Dieu a fait comme

CONFERENCES l)K PARIS EN 1834. 83

un grand roi, qui, outre les magnificences extérieures de ses palais, possède au dedans, en des lieux plus secrets, un trésor de choses privées dont il ne révèle le sanctuaire qu'à ses plus chers amis. »

I/orateur nommait ces vertus réservées ; il nommait l'humilité, la chasteté, la charité d'apostolat, la charité de fraternité, la vertu de religion. Et, dans huit conférences immortelles, il montrait quelles étaient ces vertus, et combien toute autre doctrine que la foi catholique est impuissante à les produire. C'a été le plus beau triomphe de l'éloquence du Père, le triomphe d-e sa vertu, le triomphe de son apostolat, sa péremptoire et triomphante réponse à ceux qui avaient voulu si longtemps ne voir en lui qu'un discoureur de parade, inhabile à obtenir des etFets pratiques. Et en même temps quel accroissement de force poui' la cause catholique que cette suite ininterrompue de victoires dans la chaire de Notre-Dame et dans toute la France !

Quel obstacle à des violences contre les ordres religieux que l'éclat et l'universelle popularité de cette parole ! C'était là un argument bien autrement efficace, M. de Montalembert l'a reconnu, que des thèses de droit public.

On l'a dit avant moi, rien ne réussit comme le succès. Les plus rebelles subissaient la contagion de l'admiration générale. Un homme éminent, l'homme le plus considérable de la magistrature française, mais l'un des plus gallicans et des moins favorables aux moines, M. Portai is, premier Président de la Cour de Cassation, pria le Père do prêcher à Saint-Iloch en faveur d'une œuvre de colonie agricole dont cet ancien garde des sceaux était le pré-

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sideiit. Lacordaire accepta pour le 30 janvier 1845, et c'est par cette prédication qu'il prit congé de Paris.

Le 9 février, il ouvrait à Lyon, dans l'église primatiale de Saint-Jean, sa station de carême. Pas plus que l'évêque de Grenoble, le cardinal de Bonald, archevêque de Lyon, ne représentait en France les idées modernes. Il n'en accueillit pas moins Lacordaire de la meilleure grâce et lui donna un appartement dans son palais archiépiscopal. Pour la bienvenue du Prédicateur, le Prélat publia son mandement contre le Manuel du droit ecclésiastique de M. Dupin l'aîné, procureur général à la Cour de Cassation, pièce remarquable, dont le Père admira le courage, l'à-propos et l'habileté. Le Conseil d'Etat déclara qu'il y avait abus de la part de l'Archevêque ; mais le coup avait porté à fond et l'écrit de M. Dupin ne s'en est pas relevé.

La station de Lyon fut suivie avec une sorte de frénésie. Lcà comme partout, Lacordaire avait exigé que la grand' nef fût exclusivement réservée aux hommes. Dès le matin, elle se remplissait d'une foule pressée, mais silencieuse et sympathique. « Ce fut le dimanche V février, dit M. Tisseur, qu'il prononça son premier discours. On avait prévu une telle aftluence que, dès sept heures du matin, nous étions à l'église, et le Père ne parlait qu'à une heure. Mais la seconde fois, et toujours depuis, nous y fûmes avant cinq heures^ » Les Dames (iront construiie à leurs frais une immense tribune pour .ivoir leur part de l'évangélisation dominicaine. Nulle

' Joseph Pa!,'noij, Lettres et Fragiiienls, recueillis par Clair Tiascur.

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