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part Lacordaire n'avait obtenu un succès plus complet : parmi les curés, dans les séminaires, chez les Jésuites, chez les missionnaires du diocèse, le concert d'acclamations fut unanime î pas un nuage ne se montra à l'hori zon. Au terme de la station, le 30 mars (dimanche df Quasimodo), le Prédicateur fut comme porté en triomphe de l'église à l'archevêché ; un grand nombre d'officiers en uniforme grossissaient le cortège. Le soir, aux flambeaux, une sérénade fut donnée dans la cour du palais priraatial. La foule était énorme ; des applaudissements indescriptibles alternaient avec la musique. On criait : Vive Lacordaire ! Vivent les Dominicains ! Jamais, disait le Père, je n'ai vu un enthousiasme plus pénétrant. Cet enthousiasme se reproduisit au banquet offert à l'orateur par l'Académie de Lyon, qui, spontanément et à l'unanimité, avait décerné par acclamation à Lacordaire un diplôme d'associé, ce qu'elle n'avait fait que deux fois en cesiècle, en l'honneur, en premier lieu, de Chateaubriand, puis du noble défenseur de Louis XVI, Une médaille d'argent, qui rappelait cette distinction, fut offerte au nouvel académicien par la Compagnie. Le Père en prit acte comme d'un éclatant t(hnoignage du progrès de la raison publique. Depuis notre dernière révolution, dit-il, voici la première fois qu'un religieux paraît avec son habit dans une académie.
Les retours à Dieu, durant la slntion, avaient été nombreux. Le Père avait acquis un tel empire sur le groupe si remarquable déjeunes artistes dont Joseph Pagnon était l'âme, que, quelques mois après la station de carême, ceux qui composaient ce groupe instituèrent tMiIre eux le
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tiers-ordre de Saint-Dominique. Plusieurs sont entrés dans le sacerdoce et même dans le cloître. Un autre genre de bien s'accomplit, sous l'influence delà station. A Lyon, la ville sainte de France, les catholiques n'avaient pas un journal pleinement à eux. Une première feuille légitimiste avait paru quelque temps dans cette grande cité à la suite de la révolution de 1830 ; elle n'avait pu se soutenir. Une seconde tentative, faite dans le même sens, était aussi demeurée infructueuse. L'Archevêque désirait vivement que la Religion eût un organe périodique dans son diocèse. Mais la difficulté n'était pas petite. Gomme la plupart des catholiques de France, à cette époque, les catholiques de Lyon étaient communément légitimistes. Toutefois, il y avait parmi eux deux nuances bien tranchées : les uns tenaient plus à la Religion qu'à la politiquo ; d'autres faisaient passer les intérêts de la politique avant ceux de la Religion. Lacordaire intervint et la Gazette de Lyon fut fondée. Son programme était de rester catholique avant tout et, plusieurs années, cette feuille demeura suffisamment fidèle à cette devise. Les événements de 1848 en altérèrent un peu la direction, qui s'est encon' modifiée depuis ; mais il n'en reste pas moins vrai qu'elle a fait du bien et que, sans les conférences de Lyon, elle ne serait pas née. Du reste, comme à Nancy, comme à Grenoble, le Pèr(\ à Lyon, donnannc vive impulsion aux conférences de Saint- Vinceiil-(l('-l';iul; (-"('tnit toujours, en dehors de l'œuvre dominicaine, son œuvre la plus aimée.
De Lyon, le Père fit un(> visite à (Jhalais, qu'il trouva bien changé déjà par un au d'habitation. Mais il ik» put
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y prolonger son séjour ; il était rappelé à Paris par le péril qu'y courait la liberté des ordres religieux et par le désir d'y jeter, au mépris de la crise du moment, les premiers fondements d'une maison de son Ordre. Dès la tin de l'hiver, il avait loué, dans cette capitale, rue Honoré-Chevalier, 3, tout près de Saint-Sulpice, une petite maison où il se proposait d'habiter seul avec un compagnon. Protégé, dans ces limites, par la liberté de domicile, il était inattaquable.
Mais, a^ant de retourner à Paris, il voulut voir le saint de notre âge, celui que nos yeux ont vu, que nos mains ont touché, le curé d'Ars^ Ici je laisse la parole à l'un des deux amis qui accompagnaient le Père dans ce pieux pèlerinage.
« Dans les premiers jours de mai 1845 (le lendemain même de la fameuse interpellation'de M. Thiers- pour la dispersion des Jésuites), un modeste char emportait à Ai's le P. Lacordaire. Il y arriva le soir. Le jour suivant, à cinq heures du matin, le Père pénétrait dans la sacristie à peu près à l'improviste. Le saint curé, qui y arrivait au même instant, témoigna la plus vive satisfaction à h vue de ce visiteur inattendu. Il l'embrassa avec effusion, lui pressa les mains à plusieurs reprises, le remercia avec un indicible sourire de bonheur. Il lui demanda s'il vou-
• Ars est un village de la principauté de Bombes, canton de Trévoux (Ain;.
« L'interpellation de M. Thiers es( du 2 mai 1845. Tout me fait croire que le pèlerina^^e du Père à Ars est du 3 mai ; il y séjourna le dimanche 4.