‹ Vie du R.P. LacordaireChapitre 4 sur 195 · LE PERE REFUSE NOTRE-DAME DE PARIS · texte numérisé non relu

LE PERE REFUSE NOTRE-DAME DE PARIS

idée humaine, démentie sans cesse par le cours des événements chez les hommes obscurs comme chez ceux qui ont quelque éclata »

La faute, après tout, disons-le, était bien légère, et tout à fait hors de proportion avec les plaintes légitimistes. D'ailleurs, le Père fut admirable de mansuétude envers l'ancien ami qui s'était fait, en toute occasion, le plus opiniâtre organe de ces plaintes. Il ne se dissimulait nullement le mal que lui faisait cet ami, en France et à Rome ; ses lettres à madame Swetchine l'attestent. Mais ses relations avec son ancien patron ne subirent aucune altération à la suite des persistantes attaques de M. Guillemin, et l'une des filles de ce dernier ayant pris le voile, ce fut le P. Lacordaire qui prêcha le jour de sa vêture comme le jour de sa profession.

Toutefois, il ne put s'empêcher de faire cette rétiexion qu'à Bordeaux il n'avait pas laissé un ennemi, tandis'qu'à peine arrivé à Paris, sa présence avait remué les passions. Il lui parut sensible que Paris était meurtrier pour lui, parce que cette capitale était le centre des partis pris, le centre de toutes les puissances, de toutes les intrigues, de toutes les préventions politiques coalisées contre sa personne, et par suite l'ardent et implacable foyer de toute sorte de moyens occultes auxquels un succès religieux, si grand qu'il fût, ne pourrait jamais imposer. Il écrivit donc à M. Affre, qui lui otfrait, i)our l'Avent do 1842, la chaire de son église métropolit'iine : il le pria de no plus penser à lui pour Notre-Dame do Paris.

» A U" Swetchine, 2 mars 1846.

22 NEITRALITE POLITIgl'K DU PERE.

L'expérience ven.'iit de lui montrer qu'en province le bien était immense, visible, parfaitement dessiné, et que, là du moins, on pouvait triompher des préjugés et de la haine. Enp-ng-é depuis longtemps envers Nancy pour la première moitié de l'hiver, il maintint son engagement. Une lettre écrite par le Père, cette année-là même, jette un grand jour sur le côté politique de sa vie.

« Je n'ai jamais écrit une ligne ni dit un mot qui puisse autoriser la pensée que je suis un démocrate. Depuis vingt ans, j'ai été uniquement et profondément monarchique, mais hostile seulement à la monarchie absolue, telle qu'elle est en Russie et en Autriche, telle qu'elle n'a jamais été en France, même sous Louis XIV.

« Je crois qu'il y a dans l'ordre social humain deux principes nécessaires et inviolables, celui de l'autorité et celui de la liberté ; tous deux ont été constamment reconnus et défendus par l'Église, laquelle a également pour ennemis les pouvoirs absolus et les passions anarchiques. « Qu'après cela on me fasse passer pour un démocrate, qu'est-ce que cela prouve, sinon à quel degré la haine de parti peut pousser les hommes? Il est bien aisé de dire : Mais pourquoi donc ces orages ? Hélas, mon Dieu ! y a-t-il un homme sortant un peu de l'ornière commune qui n'ait souffert de pareils chagrins ? Est-ce là du nouveau ? « Après cincpiante ans que tout prêtre français était royaliste jusqu'aux dents, j'ai cessé de l'être ; je n'ai pas voulu couvrir do ma robe sacerdotale un parti ancien, puissant, généraloment lionorable, mais enfin un parti, ni, d'une autre part, me donner au gouvernement nonvoaiK Je suis ainsi resté à découvert de tous cotés, sous

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la seule protection de Dieu et de mes œuvres : n'est-ce donc pas là une position qui explique tout ? Croyez que tout est possible aux partis quand ils croient avoir intérêt à perdre un homme ^ . »

On comprend, en lisant ces douloureuses et véridiques paroles, l'impatience qu'éprouvait Lacordaire de revoir' ses enfants en saint Dominique. Mais, ou début, son retour en Italie fut triste : il repassa les Alpes à la fin d'avril 1842, traversa laborieusement le Saint-Gothard encombré par les neiges et fut retenu sept jours à Verceil par la fièvre ; il atteignit enfin, après avoir été saigné cinq fois, Bosco, amaigri, faible, pâle, et « n'ayant jamais autant eu l'honneur de ressembler à un mort. » Là il eut la joie de retrouver ses frères, tous gais, contents et persévérants. Le 15 mai, le P. Jandel et deux de ses compagnons faisaient profession à la Quercia, et, le 19, ils partaient pour Bosco; la dispersion de Saint-Clément était comme non avenue. Sous un autre point de vue, Lacordaire gagnait du terrain en Italie. Une traduction de la Vie de saint Dominique, par le docteur Centofanti, professeur à l'université de Pise, avait paru en Toscane au commencement de 1842, et la seconde édition était sous presse. On imprimait aussi la traduction de la Lettre sur le Saint- Siège, du Mémoire pour le rétahlissement e.t du Discours sur ta vocation de ta nation française. Le duc de Lucques, de la maison de Bourbon, avait un moment songé à mettre le Mé^aoirc en italien. Ainsi « los épines

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