‹ Vie du R.P. LacordaireChapitre 44 sur 195 · ÉLECTION DE PIE IX · texte numérisé non relu

ÉLECTION DE PIE IX

concentrée et condensée dans un certain nombre d'hommes capables de nuire beaucoup, et qui n'avaient rien négligé soit pour le perdre de réputation, soit pour le pousser à des extrémités. Il lui avait fallu vingt ans de douceur, de patience et de persévérance pour arriver à un peu de paix ; il en jouissait profondément. Il avait promis à l'évêque de Liège de se trouver au sixième jubilé séculaire de la fête du Saint Sacrement , fête qui a pris naissance dans cette ville en 1246. Mais ces prédications d'apparat, « sans fruits véritables, » attiraient peu le P. Lacordaire. Il ne se sentit pas la force de quitter Ghalais pour aller recueillir en Belgique des applaudissements stériles, et il se hâta de se dégager do ce côté, en offrant à l'évêque de prêcher dans sa cathédrale, en échange du sermon qu'il lui retirait, une station tout entière^ celle du carême de 1847.

Un grand événement était proche. M. Rossi écrivait de Rome le 1"" juin 1846 : « Le Saint-Siège est vacant; Rome est dans la stupeur ; on ne s'attendait pas à une fin si prompte. Toute conjecture sur le conclave serait aujourd'hui prématurée. Il ne s'otfre aucune candidature fortement indiquée, aucun de ces noms que tout le monde a sur les lèvres. » Le conclave s'ouvrait le 15 juin, et le 16 Pie IX était élu.

A cette nouvelle, Lacordaire eut un pressentiment qui, si je ne me trompe, honore singulièrement sa mémoire. Le 26 juin, il écrivait à madame Swctchine :

« Je partage votre joie sur l'élection si prompte du

ÉLECTION DE PIE IX. Uo

Souverain Pontife, dont j'ai été touché jusqu'aux larmes Il faudrait un homme plus énergique que Sixte- Quint, capable de tout perdre pour tout sauver. Mais la terre possède-t-elleaujourd'hui de tels hommes, et est-elle mûre pour les porter ? Ne faut-il pas de grandes ruines avant de grandes résurrections ? Il me vient en pensée que peut-être Pie IX est destiné à être le Louis XVI de la Papauté, et c'est déjà un bien illustre office. Mourir après avoir voulu constamment le bien d'un peuple et du genre humain, après en avoir donné mille preuves, après avoir lassé la mauvaise fortune par la patience, et les méchants par une conduite sans tache, quoique sans succès, ce n'est pas sans doute le mérite d'un fondateur ou d'un restaurateur d'empire, mais c'est un mérite bien remarquable et dont l'Eglise aurait encore à remercier vivement la

Providence dans des temps comme les nôtres

Nous demandons à Dieu une âme qui impose à l'Europe et qui représente avec- ascendant , de quelque manière que ce soit, la majesté renaissante de notre sainte mère l'Eglise catholique. Nous le souhaitons ardemment, nous en avons un besoin incalculable, nous nous regarderions presque comme trompés s'il n'en était pas ainsi ; mais Dieu a-t-il le même vœu et le même besoin que nous ? C'est Icà le doute. Rome doit-elle se renouveler par une catastrophe, ou se rajeunir sous la main puissante d'un Pontife élu de toute éternité pour l'heure présente, qui le sait ? »

Ces paroles jettent une vive lumière sur l'attitude ultérieure de Lacordaire dans les phases diverses de ce(|u'on nomme la question romaine. Qu'on juge comme on le

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