NUANCE POLITIQUE DU PÈRE
Malheureusement, il n'y avait pas entre le Père et ses collaborateurs une complète unité de vues. Son nom leur était nécessaire comme drapeau, et ils le sentaient ; mais comme général, ils récusèrent bientôt son autorité.
Lacordaire avait toujours été libéral ; républicain jamais. Pour avoir le droit de conseiller la république nouvelle, il fallait évidemment l'accepter en tonte sincérité ; mais, dans l'acceptation, il pouvait y avoir des degrés. Les collaborateurs de VÈre, Lorain seul excepté, croyaient à la supériorité intrinsèque de la forme républicaine sur la forme monarchique : ils croyaient de plus l'avéneraent de la république à jamais définitif en France ; ils le croyaient prochain, et définitif aussi, dans toute l'Europe. La franchise invincible de Lacordaire se refusait à une pareille profession de foi. Il aurait voulu qu'on ne fit pas, de la démocratie, le perfectionnement absolu de l'ordre politique, comme aussi qu'on n'affirmât pas expressément que la république démocratique était l'avenir inévitable de la France et du monde ; mais que, tout en l'appuyant sincèrement comme im essai raisonnable et nécessaire, on laissât l'expérience prononcer sur son opportunité comme sur sa nécessité finale ^ Lacordaire, à cet égard, n'a pas varié un seul jour. Ce dissentiment intime entre ses collaborateurs et lui fut, au sein de V Ere nonrclle, une cause de tiraillements perinanontc.
« J'ai été constamment monarchiste, écrivait le Pèn\ jusqu'au 24 février. A ce moment, j'ai accepté la République conmie tin essai, essai nécessaire à tenter en
1 A M. Fuisse!, 20 jiuivirr 1819.