STATION I)K NANCY
malheureusement inspiré, avait rendu sa présence absolument impossible en Lorraine ; il était suppléé par un coadjuteur de son choix, M. Menjaud (le même que nous avons vu archevêque de Bourges), l'un des prélats de France qui ont le mieux mérité de l'Ordre des Frères Prêcheurs. Lacordaire en fut charmé tout d'abord. « C'est, écrivait-il, le meilleur homme d'évêque que j'aie encore rencontré, doux^ poli, cordial, comprenant tout, sans détours, allant au but^ » Les passions légitimistes étaient sans action sur la ville épiscopale ; mais, comme dans la plupart des grandes villes de France, les classes lettrées y étaient sceptiques, à la réserve de quelques esprits d'élite qui, à Nancy, sous l'impulsion d'un homme de beaucoup d'initiative, M. Guerrier de Dumast, avaient formé une sorte de bataillon sacré. Dès 1821, ce petit groupe s'était créé une tribune remarquée, le Courrie^^ lorrain, qui se tut après l'Encyclique. En 1841, déplus jeunes disciples de la môme école avaient fondé V Espérance de Nanci/, la meilleure alors des feuilles catholiques de province ; ils s'étaient donné pour mission Talli.i née de l'esprit do foi avec l'esprit de liberté politique. Lacordaire ne pouvait s'appuyer sur des auxiliaires plus intelligents ni plus dévoués.
A Nancy donc, il n'y eut pas renthousiasme de Bordeaux ; mais le succès ne fut ni moins prompt ni moins complet. Presque tous les prêtres de la Lorraine vinrent entendre le Frère Prêchour : il y on avait parfoisjusqu'à cent dans l'auditoire, bi<Mi (pic le Père \\o j)ivchàt que le
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dimanche. Pas un ne fit entendre une improbation directe ni indirecte. Les choses allèrent si vite et si bien que, dès le 15 décembre, trois semaines après son arrivée, le Père acceptait le don d'une bibliotlièque de neuf mille volumes, dont quinze cents in-folio, sur les matières ecclésiastiques, bibliothèque laissée par le dernier curé de la cathédrale pour la première maison religieuse qui s'établirait dans le diocèse. Aussitôt il écrivit, pour se dégager, à l'évêque de Strasbourg, alors en pourparlers pour l'acquisition d'une maison que le Prélat destinait aux Dominicains dans son Alsace, et tout de suite, de l'agrément de Mgr Menjaud, il traita avec M. Jandel, père du Frère Prêcheur, de l'acquisition d'un terrain dans une situation solitaire, à une demilieue de Lunéville, pour y bâtir le premier couvent français de l'Ordre de Saint-Dominique.
C'en était plus qu'il ne fallait pour empêcher de dormir le Ministre de la justice et des cultes. Le Père avait commencé à prêcher avec son habit complet, et tout le monde le trouvait très-bon. M. Martin (du Nord) se prit à réclamer auprès de l'Évêque. Le Prélat répondit que c'était chose fîiite. Le Préfet intervint en suppliant. Le Goadjuteur tint bon, disant qu'il lui était impossible de chasser le Père et que, si ce dernier refusait de modifier son costume, l'autorité épiscopale ne pouvait Fv contraindre, ce costume étant approuvé par l'Église. Il parut h Lacordaire qu'il était de bon goût de sa part de montrer, comme cà Bordeaux, quelque condescendance : « Il faut savoir, disait-il, ne pas compromettre par une obstination hors de propos les avantages ac-