U3 LE PERE A LASSEMBLÉE CONSTITUANTE
hommes, le Père a souvent manqué de sagacité à un degré à peine croyable ; nul n'a pratiqué plus à la lettre que lui le conseil de l'Apôtre : « La charité ne soupçonne pas le mal. » Nul n'a été, toute sa vie, plus crédule au bien. C'est ainsi qu'on lui avait persuadé qu'il n'existait pas de Montagnards dans cette assemblée, et que le spectre rouge n'était qu'un vain épouvantait exploité par les vaincus du 24 février. De là, la dociUté du Père à l'avis qui lui fut donné par le conseil de direction de VÈre nouvelle de prendre place à la première travée de gauche. « C'était une faute assurément, a-t-il dit luimême ; car j'étais un républicain trop jeune encore pour prendre une place aussi tranchée, et la République était trop jeune elle-même pour que je lui donnasse un gage aussi éclatant de mon adhésion ' . »
L'illusion était grande, mais elle fut courte ; elle ne dura que onze jours. A peine parut-il à la tribune. Il n'y monta que deux fois, chaque fois pour quelques minutes seulement, et il faut le dire, sans beaucoup d'éclat ni de succès ; évidemment il se sentait dépaysé, sinon déplacé, dans cette fournaise. On lui a reproché d'avoir prononcé, le 9 mai, quelques paroles pour que le gouvernement fût confié à une commission executive, au lieu de rester dans les mains de l'Assemblée. Il y avait au fond du débat une question de personne. Lamartine, qui était le sauveur du moment, ne se sentait pas assez fort contre les ouvriers de Paris si Ledru-Rolliii n'était maintenu
' NOTICK.
Ce que je dis du conseil donné au l'ère de prendre plsice i\ rextrème i^auche m'est attesté [)ar M. (Cartier.