‹ Vie du R.P. LacordaireChapitre 61 sur 195 · LE PÈRE AU 15 MAI · texte numérisé non relu

LE PÈRE AU 15 MAI

au pouvoir à côté de lui. La journée du 15 mai ne prouva que trop qu'il n'avait pas tort : si la majorité se fût prononcée le 9 mai contre Ledru, qui ne voit que l'Assemblée eût été cinq jours plus tôt dissoute par l'émeute? Quoi qu'il en soit, l'attitude prise le 9 mai sur la question par l'homme en qui se personnifiait alors le parti modéré, par Lamartine, est, ce semble pour Lacordaire, qui ne fit que l'appuyer en cette occurrence, une bien suffisante excuse. Le 15 mai, le Père était à l'Assemblée quand la salle des séances fut violée par les clubs. Désigné à tous les regards par sa robe blanche, il n'en conserva pas moins durant toute cette séance, M. de Montalembert l'atteste, la plus calme intrépidité. « Nous demeurâmes trois heures sans défense, a dit le Père, contre l'opprobre d'un spectacle où le péril peut-être n'était pas grand, mais où l'honneur eut d'autant plus à soutfrir. Ce qu'est la personne du Prince dans une monarchie, l'Assemblée Nationale l'est dans une république. Or le Peuple (si c'était le Peuple) outragea le 15 mai ses représentants, sans autre but que de leur faire entendre qu'ils étaient à sa merci. Il n'avait pas coitïé l'Assemblée d'un bonnet rouge, comme au 20 juin la tête sacrée de Louis XVI ; mais il lui avait ôté sa couronne, et il s'était ôfé à lui-même (qu'il fût le Peuple ou qu'il ne le fût pas) sa propre dignité. Pendant ces longues heures, je n'eus qu'une seule pensée, qui se reproduisait à toute minute sous cette forme monotone et implacable : « La République est pe}'due ^ ! »

Le 15 mai fut pour le Père une révélation : il n'était

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