DEMISSION DU PERE
que trop vrai, il y avait des Montagnards, il y en avait au cœur même de l'Assemblée. Lacordaire les avait vus de ses yeux, il les avait vus tout à côté de lui, dans cette scène néfaste, en complicité flagrante avec l'émeute, conspirant avec elle contre l'inviolabilité de la représentation nationale, poussant à sa dissolution, proférant de hideuses paroles, prêts pour la terreur et l'anarchie au risque de la guerre civile. A dater de ce jour, il n'y avait plus de place pour lui au sein de l'Assemblée. En etfét il ne pouvait rester en conscience k la place qu'il s'était d'abord si malencontreusement choisie ; et d'autre part, il ne pouvait en prendre une autre sans paraître se rapprocher des réactionnaires, c'est-à-dire sans rendre immédiatement et irréparablement suspecte la sincérité de son attitude première et par conséquent sa probité môme.
Son parti fut bientôt pris : le 17 mai, il se démit des fonctions de Représentant du Peuple. 11 ne s'en était ouvert à aucun de ses collaborateurs de Y È re nouvelle . Il n'avait consulté que madame Swetchine, ipii lui dit cette parole : « Un aufi'(î qui ne vous vaudrait pas, s'en tirerait ; mais « vous, si vous restez, vous vous perdrez inévitablement. » Sur son lit de mort, le Père, revenant sur ce moment de sa vie, s'en expliquait en ces termes : « La force des choses m'ordonnait d'abdiquer, quelque dure qu'en fût la résolution. Jamais, h aucune époque, la faveur populaire n'avait vWi plus visible autour de moi et j'allais nécessairement la perdre eu ti'ès-gr.mde partie : on devait m'accuser d'inconséquence, d'instabilité politique, et même de manqu<î d«^ cournge. Mais je trouvais dans le témoignage de ma conscience un<» compensation à cette chute : il faut
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savoir descendre devant les liuiiiiiies pour «"élever devant Dieu ^ . »
Il restait à se retirer de VÈre nouvelle. Gela fut arrêté dès lors dans la pensée du Père comme le complément de sa retraite de l'Assemblée ; sa résolution sur ce point fut du même jour et issue des mêmes motifs-. Il ne croyait plus à l'avenir de la République, et il était trop sincère pour afficher, dans VÈre, une foi démocratique qu'il n'avait pas. Mais, en ce qui touchait sa retraite du journal, l'urgence n'était pas la même, car, là du moins, le Père se trouvait en bonne compagnie. D'une part, il ne voulait pas rompre avec ses amis, d'autre part, il voyait des inconvénients à se séparer d'eux tout de suite. Il ne méconnaissait pas, en effet, le bien que pouvait encore produire une feuille honorablement démocratique, écrite, avec des illusions moins ébranlées que les siennes, par des catholiques ; et, comme VEre ne vivait que du nom de Lacordaire, il ne crut pas devoir lui en retirer brusquement le prestige. Il tenait à opérer la séparation sans rien rompre et sans rien compromettre ^. » Il se contenta donc, pour le moment, de prendre ses siuvtés h l'elfet de contenir la feuille dans une attitude extrêmement réservée : de là son article-programme du 28 mai, qu'il ne put faire passer qu'en faisant de l'insertion de cet article une question de cabinet ; j'en possède la preuve irrécusable ^
' NOTICK.
'- A M. Cartier, 17 seploiulirc- 1S48.
■' A M'"" de Prailly, 7 septembre 185S. ^ V. Pièces justificatives, N 22.