FIN DE I/ERE NOUVELLK
Mais il ne tarda pas à s'a})ercevoir que cette ligne de conduite, honorable pour lui, n'était point du tout profitable au journal. En etïët, cela donnait à VEre une allure vague et incertaine : on n'y abordait rien avec vigueur ; les collaborateurs se décourageaient. Lacordaire comprit bien vite (jue les choses ne pouvaient durer ainsi : après plusieurs tentatives, restées infructueuses, pour sortir sans éclat de cette impasse, il finit par déclarer catégoriquement qu'il ne pouvait demeurer plus longtemps sous le poids d'une responsabilité qui l'écrasait. Gela se passait à la fin d'août 1848. Les collaborateurs ne crurent pas que ce dût être la mort du journal. A leur prière, le Père en céda la propriété à M. Justin Maurice, qui, à partir du 2 septembre, en confia la direction à M. l'abbé Maret. Ainsi fut close la vie publique du Père^
M. Veuillot, à cette date, appréciait la situation avec équité, lorsqu'il écrivait ceci : « UÈre nouvelle est appelée à faire un bien que les autres feuilles catholiques ne peuvent pas faire : sa parole pénètre en des régions où leurs paroles ne pénètrent pas. Le réveil du sentiment religieux a tiré, en ces derniers temps, du sein des partis autrefois hostiles à l'Église, et en lire chaque jour, pour eu faire des catholiques, des hommes naturellement plus avancés, plus progressifs (juo leurs fi-ères. Ces hommes
' L'Ère eut conliv elle le cours îles évéïicinoiils (le 15 niiii, les journées (le juin, le 10 (Itccmliro) et celui de ropiiiioii. La répulilique modérée, liomiôte, cliiVticiiiie, était le rêve de quolqucs hommes; mais la France était toute ou anarchiste ou monarchiste. L'Ki'c, abandonnée de ^rs aKonnés, grevée d'une dette énorme, fut vendue par liKlin Mnnrire a M. di- la Rochejaquclein, au mois d'avril 1819.
JU(iEMENT DE M. VKUlLLoT. UT,
n'avaient pas de journal; ils en ont un, eto^eùt été, selon nous, un malheur véritable que cet organe leur fût enlevé ; car il a leur confiance, que des journaux plus anciens, marchant dans des voies non pas contraires mais différentes, ne peuvent pas avoir. I;e P. Lacordaire, en fondant VÈre nouvelle le lendemain de la révolution de février, a donc fait une homie œuvre. Il était naturel qu'il en j^'-ardàt la direction jusqu'à ce que l'œuvre fût définitivement établie. Aujourd'hui il peut se décharger de ce fardeau sans inconvénient, et peut-être vaut-il mieux qu'il s'en décharge, tout en conservant au journal qu'il a créé sa prédilection. » (Univers, 2 septembre 1848.)
Le Père, à son tour, était dans le vrai quand, faisant son examen de conscience sur les six mois qui venaient de s'écouler, il disait à madame Swetchine : « En me jetant dans le feu, je me suis bien un peu brûlé, mais si je m'étais abstenu tout à fait, c'eût été une prudence voisine de l'égoïsme ^ » Et à M. Cartier : « S'il y a eu faute de ma part, il n'y en a eu qu'une, celle de me jeter, dans un moment terrible, plus en avant que ne le permettait le cours naturel de mes convictions ; mais ce sont de ces fautes que Dieu pardonne, parce qu'elles viennent du désir de faire le bien dans la tempête -. »
Toutefois, en quittant VÈre nouvelle, Lacordaire s'exagéra peut-être les égards qu'il devait à ses collaborateurs, et il eut le tort de ne se pas faii-e tout de suite.
' l."3 septembre 1848.
- 17 septembre 1848.
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