LOI DR 1850 SUR L'ENSEIGNEMENT
faire pour précipiter ce mouvement, et de se prêter loyalement jusqu'au bout à l'expérience de la forme républicaine, tant qu'elle ne serait pas devenue incompatible avec l'ordre dans la liberté.
Je passe rapidement sur les trois années de la présidence de Louis-Napoléon Bonaparte. Dans cette phase de sa vie, le Père, sous le point de vue politique, ne fut que spectateur, mais spectateur attristé, de la lutte des partis. Il avait l'Empire en perspective au bout de cette lutte, et l'Empire n'était pas son idéal de gouvernement. Gela le rendit injuste pour presque tous les actes de la coalition monarchique durant cette époque, et notamment pour la loi de 1850 sur la liberté de l'enseignement secondaire. C'est dans l'écrit suprême dicté par le Père sur son ht de mort qu'il faut chercher à cet égard son jugement définitif, jugement éclairé par une expérience de onze années. Ecoutons-le :
« On touchait alors à l'un des plus grands événements pohtiques et religieux qui se fût réalisé depuis l'édit de Nantes. La révolution de 1848 avait enfin éclairé une notable portion de la bourgeoisie française ; et elle avait entendu que trois cent mille hommes d'esprit no 'suffisent pas pour gouverner une nation de trente-quatre millions d'hommes, si elle n'est pas préparée d'en haut par des lois qui s'imposent à la conscience, et y créent, avec le respect de Dieu, le respect de Thomine lui-même. Cette lumière était tardive, mais elle s'était faite ; et elle permit à M. le comte de Falloux, Ministre de l'instruction j)ublique et des cultes, de présenter à l'Assemblé législa-
LOI DH 1850 STR L'EN SEIGNEMKNT. ir,]
tive un projet de loi sur la liberté d'enseignement, élaboré par une commission qu'il avait nommée lui-même, et qui révélait, par sa composition seule, le progrès des esprits. On y voyait M. de Montalembert à côté de M. Cousin, M. l'abbé Dupanloup à côté de M. Thiers, M. Laurentie en face de M. Dubois, les noms catholiques mêlés aux noms universitaires, et tout un ensemble d'hommes honorables mais rapprochés de loin, et qui indiquait que la raison, la logique et l'équité allaient enfin traiter cette suprême question. En elîét, tous ces hommes, si divers d'origine et de croyance, parvinrent à s'entendre sur le principe et le mode de la liberté d'enseignement, sans même excepter de son bénéfice les ordres religieux ; et la loi fut adoptée le 15 mars 1850, à une grande majorité, après que la France eut gémi quarante ans sous le monopole d'une institution laïque. Il avait fallu trois révolutions pour briser cette servitude, comme au seizième siècle il avait fallu trente-six ans de guerres civiles et religieuses pour arriver à l'édit de tolérance et de pacification qui fut la gloire de Henri lY , encore plus que ses victoires. I-a loi sur la liberté de l'enseignement a été l'édit de Nantes du dLx-neuvième siècle. Elle a mis fin à la plus dure oppression des consciences, établi une lutte légitime entre tous ceux qui se consacrent au sublime ministère de l'éducation et de l'enseignement, et donné à tous ceux qui ont une foi sincère le moyen de la transmettre saine et sauve à leur postérité. La foi n'est pas un sentiment dénué d'expansion, une sorte de trésor occulte et avare qu'on garde pour soi dans le secret de son cœur. C'est au contraire