‹ Vie du R.P. LacordaireChapitre 66 sur 195 · LOI DE 1850 SUR L'ENSEIGNEMENT · texte numérisé non relu

LOI DE 1850 SUR L'ENSEIGNEMENT

tout ensemble le plus profond et le plus comniunicatif des sentiments de l'homme. Le repousser en lui, en déshériter ses enfants, le contraindre même à les vouer à une incroyance précoce, n'est-ce pas un supplice contre nature qui surpasse tous ceux que les tyrans ont inventés contre leurs victimes ; et lorsqu'on vient à réfléchir que ce supplice était iuflig-é dans un puys catholique aux familles chrétiennes, on ne peut qu'admirer la patience inexplicable d'un si grand peuple, et admirer aussi cette main de Dieu qui fit choir successivement trois dynasties, pour amener enfin M. Thiers à défendre du haut de la tribune cette liberté qu'il nous avait refusée, en disant autrefois : « L'éducation, c'est l'empire. »

« Oui, c'est l'empire; mais, lorsque le monopole n'existe plus, lorsque la concurrence est ouverte entre tous, croyants et incroyants, c'est l'empire donné au plus digne, au plus dévoué ; et puisqu'il faut toujours qu'il y ait lutte ici-bas entre le bien et le mal, entre l'erreur et la vérité, quoi de plus juste que de leur dire : Combattez et règne qui peut ! Comme l'édit de Nantes fut pendant un siècle l'honneur de la France et le principe fécond de l'élévation intellectuelle et morale de son Eglise, ainsi la loi sur la liberté d'enseignement sera-t-elle la borne sacrée où nos dissentiments, au lieu de se résoudre en haine et en oppression, ne se livreront plus qu'une guerre légitime, d'où sortira le progrès naturel de la société. Si une main téméraire, quoique puissante (ju'clle iX\i, osait un jour toucher à cette borne plantée d'un commun accord au milieu de nos discordes et de nos révolutions, qu'elle sache bien (|ue Louis XIV, dnns touto sa gloire.

LACORDAIRE HOMMK POLITlQrE. V,^

n'a 1-évoqué l'édit de Nantes qu'en déshonorant son règne, en préparant le dix-huitième siècle et la ruine de sa maison. Il y a des points dans l'histoire des peuples qu'on ne doit plus remuer. L'édit de Nantes en était un : la loi sur la liberté d'enseignement en est un autre ' . »

Voilà ce que fut l'homme politique dans Lacordaire, Je n'ni point voulu scinder ce récit de la plus délicate phase de sa vie :j'ai voulu qu'on l'embrassât toute d'une seule vue. J'ai voulu qu'on vît le Lacordaire de 1848 tout entier, qu'on le vît tel qu'il fut, confiant, simple, désintéressé, dévoué, sincère, conséquent ; qu'on le vît dans toute la virginité de son âme, dans toute l'unité, dans toute l'intégiité de son caractère. Ce n'est point du tout un homme politique, c'est un moine. Il ne connaît pris les hommes, c'est vnii ; mais il les aime, mais il les sert, mais il est prêt à donner son sang pour eux, pour son pays, pour l'Eglise, prêt à donner plus que son sang, comme saint Paul, qui eût voulu être anathème pour les juifs ses frères ~. Ce n'est pas de gloire qu'il s'agit pour lui, c'est d'immolation chrétienne.

Et croyez-vous que le moine oubhàt sa vocation, qu'il s'effaçât derrière le républicain du lendemain ? Il n'en

' Notice.

L'édit de Xaiites a été une transaction, par conséquent un fait essentiellement politique. C'est à ce point de vue que le Père se place pour le juger. Henri IV nVntendait pas le moins du momie décréter l'indifférence en matière de religion; il entendait seulement tarir la source des guerresciviles pour cause de religion, et il y réussit. Louis XIV, au contraire, souleva les Cévennes en révoquant l'édit df son aiVul.

* Êpitrf at(x Romains, ix, 3.

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