‹ Vie du R.P. LacordaireChapitre 8 sur 195 · D O N 0 !•• A U S T I O II I · texte numérisé non relu

D O N 0 !•• A U S T I O II I

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RELiyUIT.

: \ M- lie la Tour du l'iii. 1^ janvier 1843.

INCIDENT Ai: COLLÉGl': DE NANCY. 3:1

Les catholiques avaient eu le bon goût de ne point emboucher la trompette, et par leur attitude d'une réserve parfaitement digne, ils pouvaient revendiquer leur part entière des succès de la station. Mais le Père se faisait illusion lorsqu'il mandait à M'"" Swetchine que Nancy lui était acquis, autant qu'une réunion d'hommes peut l'être à un homme.

Il put le voir, quand il eut pris possession delà maison dont il se proposait de faire le berceau de la province dominicaine de France. Ceux qui avaient d'abord supporté, mais à titre d'accident et pour cinq mois, le froc du prédicateur, ne se résignaient point du tout k son élection de domicile à Nancy, avec l'arrière-pensée, non dissimulée, d'y établir un couvent. La presse anti-cléricale s'émut, les journaux de Paris tonnèrent; le Garde des sceaux interpella de nouveau le Goadjuteur, qui refusa nettement de voir un légitime sujet d'inquiétude dans la réunion projetée de trois prêtres portant l'habit de Saint-Dominique, et déclina d'ailleurs toute participation à une mesure à prendre contre Lacordaire, quelle qu'elle pût être.

Les choses en étaient là, quand sur l'invitation foi-melle du Proviseur de Nancy, le Père vint, le 2 juillet, prêcher officiellement dans la chapelle- du collège, à l'occasion de la confirmation donnée aux élèves de l'établissement. Le Recteur de l'Académie était présent. Tout parut d'abord s'être passé à souhait ; le Père avait prêché en surplis; il avait commenté, en l'appliquant à son jeune auditoire avec une onction pénétrante, la parabole du Bon Samaritain : au moment où il descendait de chaire, le Proviseur vint dans la sacristie lui sen-er la main et

LACORDAllU-;. n. 3

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le remercier avec l'accent le plus cordial. Mais, clans l'intervalle du jour de l'invitation au jour de la prédication, la tribune législative avait retenti d'une dénonciation nouvelle de M. Isambert contre l'illégale multiplication des couvents, dont ce député rendait le Gouvernement de plus en plus responsable.

La veille de la prédication de Lacordaire, les inspecteurs généraux de l'Université arrivaient inopinément à Nancy. Le surlendemain, la feuille républicaine du lieu, le Patriote de la Meurthe, s'indignait d'un si dangereux rapprochement entre l'Université et la Congrégation. Ce mot était un sobriquet de parti, un des cris de haine du temps contre les catholiques. Deux jours après, le journal démocratique changeait de note : il mettait l'Université hors do cause et il accusait uniquement Lacordaire. Il disait « qu'un moine audacieux et passionné s'était introduit dans le collège de Nancy, pour embaucher les élèves, pour les détacher de leurs familles, pour les enrôler sous la bannière de Saint-Dominique. » Il reprochait à ce moine d'avoir « indignement tr.dii la confiance de l'Université et la mission qu'il avait reçue d'EUe; d'avoir donné aux élèves une sorte d'encouragement à aimer les vices (pii s'olFi-ent sous do. grandioses apparences ; enfin d'avoir présenté sous un aspect odieux les institutions du [)ays, les principes professés au sein des familles, l'organisation elles doctrines de l'Université. »

Hi<Mi (le tout cola n'avait le moindre fondement. Dans le discours du Père, TUniversité n'avait pas même été iioniinèo : aucun»' allusion n'av.ait étiî faite à son enseignement ; pas un seul mot n'avait été dit de l'Ordre de

INCIDENT ai: Collège de nanc.v. 3-,

Saint-Dominique ; pas un seul contre les institutions du pays. Disons plus : il n'y avait pas eu une seule parole blessante contre qui que ce fût ou quoi que ce fut. On voudra bien convenir au reste que ni la cérémonie de la confirmation, ni la parabole du Bon Samaritain, ne se prêtaient de près ni de loin à une prédication ag'ressive. Mais ce qui était vrai et ce qui est resté inexpliqué, c'est que le Recteur, qui avait assidûnient suivi la station dominicaine à la cathédrale, qui avait trouvé bon que les élèves du collège y eussent des places réservées, qui, informé à l'avance de l'intention où était le Proviseur d'inviter le Père à prêcher au collège, avait approuvé cette invitation, le Recteur, dis-je, le lendemain du sermon, intima par écrit au Proviseur l'ordre de fermer cà Lacordaire les portes du collège, et de ne pas permettre à l'aumônier de le recevoir, même comme ami.

Le procédé était vif ; Lacordaire le sentit comme il le devait : il démentit immédiatement, par la voie des journaux, le récit mensonger du Patriote, et il demanda réparation de l'acte du Recteur au Ministre de l'instruction publique. Il fit on même temps connaître, dès le premier jour, que, si justice lui était refusée par le Gouvernement, il la demanderait aux tribunaux, en citant devant eux, comme diffamateur, l'auteur de l'article inséré dans le Patriote.

Les termes de la loi sur la diffamation étaient décisifs : la condamnation du journal était inévitable. Or le contrecoup d'une telle condamnation atteignait indirectement le Recteur, derrière l'acte duquel s'abritait uniquement la feuille incriminée. Derrière le Recteur, tout le monde

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entrevoyait le Ministre; car, en tout ceci, le Recteur évidemment n'avait fait qu'obéir. Sans doute, à l'arrivée (imprévue comme toujours) des inspecteurs généraux, il leur avait été fait part de la prédication dominicaine, indiquée pour le lendemain au collège royal ; et, sous le coup des récentes objurgations du député Isambert, ils avaient bLàmé le Recteur de son imprudence et lui avaient suggéré le moyen tel quel dont il usa pour la réparer. Ne fallait-il pas à tout prix mettre le Ministre à couvert d'une interpellation devant les Chambres ? Voilà ce que les avocats auraient mis en lumière, s'il y avait eu procès.

Mais tel était alors l'état des mœurs publiques en France, qu'un prêtre qui faisait un procès, fût-il dans le cas de la plus légitime défense, paraissait manquer essentiellement aux devoirs de son ministère. Quand il prit le parti de poursuivre le Patriote, Lacordaire avait voulu surtout réagir contre un si absurde préjugé. «En défendant ainsi mon honneur, disait-il, peut-être serai-je utile à celui des autres : soit de ceux qui soutfrcnt injustement, comme moi dans cette cause, soit de ceux à qui j'épargnerai, pour l'avenir, de semblables injures, en leur montr.ml, par mon exemple, à demander justice et à l'obtenir. » Mais ces paroles n'avaient pas d'écho au delà du cercle assez restreint des jeunes catlioliques. Tous les vieux liochaient la tête, jugeant imprudente au premier chef une poursuite judiciaire qui allait précipiter contre la robe doiiiinicaine (et contre le clergé, solidaire de ce procès) toute une meute de révolutionnaires et d'incrédules. La condamnation du Patriote, disait-on, loin d'imposer aux passions anti-cléricales, ne pouvait

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