M. VEUILLOT SUR LE COUP DETAT
chrétien : elle invitait les préfets à faire cesser le dimanche les travaux publics.
Voilà tout ce qu'avait fait pour la Religion le pouvoir dictatorial quand s'ouvrit le scrutin du 20 décembre.
Le lendemain de la victoire, le 26 décembre, l' Univers disait :
« La France rejettera le Parlementarisme comme elle a rejeté le Protestantisme, ou elle périra en essayant de le VOMIR... Lorsqu'on a vu, il y a vingt jours, crouler soudainement la tribune et la presse, quelques-uns disaient : C'est le triomphe de la force. Nous répondions : C'est le triomphe du bon sens. Nous avons entendu des blessés du 2 décembre s'écrier : Y a-t-il encore une nation française ? Oui, il y en a une, et la voilà, et c'est la même qui fut toujours : une nation sensée, qui ne se laisse pas toujours piper aux fictions, aux paroles vaines, aux modes étrangères. Elle ne veut pas que la liberté l'empêche de remplir son grand rôle dans le monde... Cette nation-là, tant pis pour vous, dissidents et abstenants, si vous n'en êtes pas ou si vous n'en êtes plus! Vous n'êtes dans son sein qu'un petit nombre de ijédants et de faux sages ^ contre qui elle est en lutte perpétuelle et qui serez vaincus. Le Peuple a trouvé un homme dont le nom lui rappelait moins encore des triomphes militaires qu'une éclatante victoire de l'autorité et de l'unité contre vos idées folles et vos prétendus principes de liberté. Il a dit à cet homme : « Mes ora- « teurs me fatiguent ; débarrasse-moi, gouverne-moi . » Sept millions de voix à l'homme du 2 décembre, vingt
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jours après qu'il a mis le scellé sur la tribune et sur la presse, dispersé l'Assemblée, crevé comme une bulle de savon toute la puissance du libéralisme ! ... Le Peu- [)le casse, annule, jette au vent toute la théorie révolutionnaire et parlementaire de 1789. Il 7nt au nez des tribuns humiliés. Il est las de ces assemblées déhbérantes dont la composition est nécessairement le résultat de la corruption et de l'intrigue, las de ces lois faites par des gens qui n'y entendent rien. Le Peuple en a assez ; il n'en veut plus, il demande un chef. »
Oui, la France, au 2 décembre, demandait un chef; oui, elle voulait être gouvernée. Mais était-ce la France (]ui éprouvait ce besoin d'insulter du pied M. Mole, M. le duc dcBroglie, M. Berryer, M. Thiers, le général Ghangarnier, le général de la Moricière, M. dcFalloux, Alexis de Tocqueville, les uns proscrits, les autres il terre et désarmés ? Et pourtant c'étaient bien eux évidemment que l' Univers insultait ainsi ; car enfin ces pédants, ces faux sages, ces faiseurs de lois qui n''y entendaient rien, en qui se personnifiaient-ils? Voilà ce que Lacordaire était condamné à entendre, à entendre avec un bâillon dans la bouche. Voilà le langage qui se prolongeait en de longs échos dans les rangs du clergé comme l'expression la plus pure de l'opinion catholique en France. Et cela, non pas un jour, mais tous les jours. Et cela a duré huit ans j ! C'est le devoir de
l Même après la guerre d'Italie, et jusqu'à la suppressiou de VUnivers en 1860. Je ne parle pas de ce qu'a dit l'Univers ressuscité: cela est étranger à la biographie du P. Lacordaire.