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vivre sous tous les régimes ; mais il y a un régime qui lui est tout naturel et où sa subsistance exige moins de miracles de la part de Dieu. Quand je jette les yeux sur l'histoire de ces dix-hiiit derniers siècles, je suis frappé d'une chose : c'est que, partout où le despotisme civil a fermement prévalu, le Christianisme véritable, c'est-à-dire catholique, s'est à peu près éteint. Le Bas- Empire a amené pour conclusion finale le schisme grec, tandis que l'Eglise occidentale, se fortifiant sous le régime très-agité des peuplades barbares et de la féodalité, a maintenu son indépendance et sa vie. Avec la diminution des libertés publiques de l'Europe , commencée dès le quinzième siècle, une partie de l'Occident s'est détachée du Saint-Siège ; le reste a langui sous les étreintes du Gallicanisme, puis du Joséphisme et du Césarisme. En Chine, au Japon, en Russie, dans les Etats musulmans, c'est le despotisme consolidé qui arrête toute propagation de la foi catholique, tandis qu'on la voit renaître en Angleterre et s'étendre dans les Etats-Unis d'Amérique. Que ipeut une force spirituelle là où toute manifestation en est îmj)ossih le ^ Sans doute elle peut produire des martyrs, mais, outre que les martyrs sont une exception, un miracle réel, les martyrs ne meurent après tout que pour conquérir la liberté de la foi. On dira que la liberté de la foi peut exister sans la liberté politique. (Quelques jours peut-être. Mais longtemps? Yen a-t-il (les exonples] La servitude politicjue ronge les âmes : elle les alfaihlit jusque dans l'ordre religieux ; elledonn*^ 1<^ vertige de l'idolâtrie à Bossuet lui-même. 11 se forme un «'piscopat làclio of ndorat'^nr du pouvoir, <|ui trans-
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met au reste du clergé une timidité mêlée d'ambition, double poison d'où sort la bassesse et bientôt l'apostasie \ »
Cette page de Lacordaire ne sera pas réfutée.
En s' exilant ainsi spontanément de la chaire à cinquante ans, dans la plénitude de sa force et de sa gloire, le Père ne donnait-il pas un admirable exemple ? Ses conférences de 1852 étaient préparées, son plan était fait ^. Mais, en remontant dans la chaire de Notre-Dame comme si rien n'était arrivé, il eût semblé peu ému, en vérité, de la révolution qui venait de s'accomplir, et il ne se résignait pas à être jugé de la sorte, ayant toujours tenu par-dessus tout à l'intégrité du caractère. «Je veux, « écrivait-il, avec la grâce de Celui qui tient les cœurs « dans sa main, me garder pur de tout ce qui peut com- « promettre ou affaiblir en moi l'honneur du chrétien ^. » Ce soin jaloux, ce vigilant souci de l'honneur chrétien restera l'un des traits les plus glorieiLx de la physionomie morale du P. Lacordaire.
D'autres considérations s'ajoutaient à celle-là : l'impossibilité 011 était le Père d'accepter désormais une solidarité quelconque avec Mgr Sibour, qui, par les gages qu'il
i 25 décembre 1847.
Comme commentaire de ce passage, voir les Recherches de M. Gérin sur V Assemblée de 1682. Voir aussi l'attitude de l'épiscopat en Anijlelerre sous Henri YIII, en Suède sous Gustave Vasa.
Comment, après cela, peut-on regarder la monarchie absolue comme plus favorable à la liberté du bien que la Constitution d'AuLileterre ou celle des Etats-Unis d'Amérique ? La question est là. Elle est résolut' l)ar l'histoire. Rien de plus entêté qu'un fait.
- Lettre à M"" Swetchine, 24 novembre 1851.
'• A M"" Swetchine, rt mai IS.")?.