LE PÈRE S'EXILE DE LA CHAIRE
donnait à la politique du moment, semblait faillir à la Reliprion qu'il représentait ' ; puis la crainte, s'il passait le carême à Paris, de compromettre par l'inexorable sincérité de son langage l'existence encore si précaire de l'ordre de Saint-Dominique en France. Lacordaire savait trop de quoi ses ennemis étaient capables, et la dictature ne lui laissait aucune sûreté.
« J'ai traversé, depuis vingt-deux ans, disait-il, des épreuves sans nombre où j'aurais dû périr cent fois ; mais cette protection du Ciel ne me dispense pas de recourir à sa bonté. Je ne puis plus demeurer aux prises avec des passions inépuisables, et la retraite est un bouclier dont j'ai acquis le droit de me couvrir. J'ai la certitude qu'aucun parti ne me soutiendra jamais, parce que jamais je ne donnerai de gages à un parti humain. J'ai aussi cette autre certitude que, demeuré à une place trop visible, je prêterai toujours le flanc aux attaques de mes ennemis par la naïveté de mes impressions et la hardiesse de mes discours. La nature même de mon auditoire, composé d'àmes jeunes, entraîne la mienne ; je me rajeunis sans cesse au feu de leur contact, et, toute préparation arrêtée m'étant impossible, je ne puis jamais répondre de m'asservir à une prudence qui me glacerait... J'aurai beau vieillir, ma parole subsistera dans sa fougue naïve et sans art.
« Voilà les motifs de ma détermination : il me semble que j'ai toujours été averti par Dieu des bonnes heures.
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