‹ Vie du R.P. LacordaireChapitre 91 sur 195 · MU II K T · texte numérisé non relu

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regardant la plaine à ses pieds, désigna l'emplacement de son premier monastère en faisant le signe de la croix, ce qui fait que les habitants appellent encore cette place le Signe-Dieu. Le 15 juillet, jour de saint Henri, « le petit patron » du Père, comme il disait, il célébra la messe dans l'église de Fanjeaux, avec une chasuble qui avait appartenu au couvent de Prouille. Dès ce jour, il conçut la pensée d'acheter quelques ares de terrain où co monastère était situé et d'y bâtir une chapelle commémorative, dont il lui fut donné do pouvoir poser la première pierre ^ Dans ce même voyage de 1852, qui ne fut qu'une suite de pieux pèlerinages, le Père s'était rendu de Toulouse à Muret, où fut livrée la fameuse bataille si sobrement et si éloquemment racontée dans la Vie de sain f Dominique. La chapelle où priait le Saint durant l'action qui décida du sort des catholiques, a été conservée telle qu'elle était au treizième siècle, et le Père voulut y otï'rir le saint sacrifice. On ne le ferait pas connaître tout entier, si l'on négligeait ces traits de caractère.

Dès le premier jour, il s'attacha àSorèzeaveciine sorte de passion, renonçant à tout pour cette œuvre, non-seulement auprovincialat de son Ordre, mais à la prédication et par conséquent à la reprise de ses conférences sjir In vie chrétienne, connue aussi à la composition d'un grand ouvrage sur la Religion, par le((U(^l il aurait aimé à couronner sa vie. S'enfermer .à Sorèze, ce n'était pas sortir de sa vocation, (jui avait toujours été l'évangélisation do la j(M\noss(\ S(Milem(Mit, il so donnait là aux jtMun^s

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gens SOUS uno autre forme, et ce qu'il avait vu des ' hommes ne lui laissait aucun regret d'avoir à passer avec des enfants le reste de sa vie.

C'était là une résolution bien grave, et ce qui a suivi a prouvé, je crois, que ce fut une faute. Mais l'illusion que se fit alors le Père honore sa mémoire. Il croyait utile à la province dominicaine de France qu'il cessât de la gouverner, pour bien constater qu'il n'était pas un homme nécessaire, et que la restauration des Frères Prêcheurs dans notre patrie n'était pas son œuvre, une œuvre personnelle et viagère, mais l'œuvre de Dieu. Et cela lui semblait désirable, non pour l'etfet extérieur seulement, mais pour l'essor intérieur de l'œuvre. « les hommes sont faits de telle sorte, écrivait-il, que l'absence de ceux-là mêmes à qui ils doivent le plus est une sorte d'émancipation dont ils ont besoin pour ne pas se croire inférieurs à ce qu'ils sont "réellement ^ » Depuis longtemps il nourrissait au dedans de lui cette pensée. Dès 1845, frappé de l'extrême difficulté de mener de front le gouvernement et l'apostolit, il songeait sérieusement à déposer le fardeau de l'autorité afin de pouvoii*, dans l'humble position d'un simple religieux, se vouer tout entier au ministère évangélique. A cette époque, il pria le MaKre général d'accepter sa démission et do nommer le P. Jandel à sa place. Mais le secret ne fui point gardé à la Minerve. Le P. Lamarche, membre du Conseil de l'Ordre, en informa le P. Jandel, qui, sans délai, de concert avec les plus anciens relii>-ieux, conjura

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le GéïKÎral de conserver à la tête des dominicains français l'homme que la Providence avait visiblement suscitt* pour fonder une œuvre aussi difficile et qui seul pouvait en assurer le succès. La démission du P. Lacordaire ne fut point acceptée. Mais, depuis, neuf ans s'étaient écoulés ; les fondements de la restauration dominicaine paraissaient assez atî'ermis pour que le développement en pût être abandonné à d'autres mains. La Province était adulte; il était temps, semblait-il, qu'on la vît marcher seule et faire la pleine expérience des institutions de l'Ordre. Le provincialat du P. Lacordaire expirait au 15 septembre 1854. 11 s'agissait d'appliquer pour la première fois la règle qui défère à l'élection le choix du Provincial et qui défend de nommer celui qui sort de charge. Le P. Danzas fut élu. C'était le successeur que souhaitait le P. Lacordaire.

Parvenu au terme d'une administration qui avait duré quatorze ans, ce dernier devait rendre compte au chapitre provincial, assemblé à Flavigny, de l'état de la Province confiée à ses soins. 11 le fit avec simplicité. Dans le cours de ces quatorze années, cinq couvents avaient été fondés :

Le premier dans la ville de Nancy, en 1843 ; Le second cà Ghalais, près de Grenoble, en 18 14 ; Le troisième à Flavigny, dans le diocèse de Dijon, en 1848;

Le quatrième à Paris, en 1849 ;

Le cinquième à Toulouse, en 1853.

Onllins et Sorèze appartenaient nn Tiers-Ordre ensei-

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p-nant, qui avait son existenco propre, parfaitemont distincte de celle du grand Ordre.

Les ressources étaient- venues du travail des Frères, du patrimoine de quelques-uns d'entre eux, et pour une très-faible part, des dons pieux qui leur avaient été (bits. Il est reranrqunl)le que les personnes étrangères à l'Ordre n'avaient jamais été que poiu^ très-peu dans ses ressources. Dès le début de son œuvre, à l'occasion de la succession de R.équédat, lo P. Lacordaire s'était posé deux règles dont il ne s'est jamais départi : l'une de laisser aux religieux, avnnt leur profession, une pleine el entière liberté de cœur dans leur testament ; l'autre, de ne point accepter ce qui serait fait pour eux au préjudice notable de leurs proches, mais de les induire à respecter tout ensemble les droits de la famille et l'honneur de l'Ordre.

Le succès des Pères de la nouvelle province de France avait été considérable. La plupart de nos grandes villes, Paris, Lyon, Bordeaux, Marseille, Toulouse, Lille, Metz, Nancv, Orléans, Rennes, Gaon, Blois, Dijon, (îrenoble, Strasbourg, Clciiiiont, Montpellier, Toulon, des villes étrangères, telles (|U(^ Liège, Genève et Rome, 1111 giaiid nombre de bourgs et de paroisses de la campagne, avaient revu, après ciiKiuante ans d'absence , la livrée des tils de Saint-Domini(|ue ; et, presque partout, des fi'uits de grâce avaient attesté (pie leurs ctîbrts étaient assistés de l'esprit de Dieu, le seul (pii owwo lésâmes, les éclaire et les convertisse. Les études, bien qu'elles ireiissent |)as encore ac(|uis tout b^ur (lt''vel()ppement.

avaient liauchi cependant les premières dilticultes d'une école renaissante. Sans doute ces heureux commencements laissaient encore à désirer, soit pour le nombre des ouvriers apostoliques, soit pour la maturité des dons naturels et surnaturels. Alais la génération choisie qui se Ibrinait à l'ombre des noviciats permettait d'espérer une moisson de jour en jour plus abondante et moins imparfaite ; en même temps que le zèle des anciens religieux puur leur avancement dnfis la vie intérieure et pénitente donnait l'espoir que toutes les générations dominicaines, les plus jeunes et celles (]ui avaient précédé, les prcniièies et les dernières, marciieraient ensemble sous la croix de Jésus-Christ, dans l'étroit sentier du progrès spirituel.

« Je vous remercie, disait le Pèie en finissant, et j(^ remercie en vous toute la Province de ratîéction (]u"ell'' m'a montrée, atïéctionqui m'a constamment soutenu dans les épreuves inséparables d'une fondation. A Rome, en Piémont, en France, nous avons vécu comme des frères ; nous avons brisé, par notre union dans les plus dures traverses, les efforts d'un ennemi dont nous avons connu les coups sans connaître son nom. La mort, en moissonnant parmi nous les meilleurs et les plus chers, nous a légué des vertus (|ui eussent été notre exemple et nofr(^ joie si elles eussent marché dcn'ant nous, mais qui ont été notre force auprès de Celui qui nous les a retirées de devant les yeux. Nous avons beaucoup perdu, mais nous avons beaucoup retrouvé : gr;îces aux morts et grâces aux vivants, nous pouvons aujcurd'hui rompre les lange?i d(^ notre berceau et, (jUoi(pie si jeunes encore, soi'tir des

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lietis d'une autorité (jui a duré quati'e lois le lempi (jue lui accordeut nos constitutions. J'eusse dû, en abdiquant le pouvoir, vous rendre l'obéissance plus douce en la pratiijuant moi-même : c'eût été, ce semble, le plus heureux pour moi, le plus utile pour vous. Mais, sans que je l'aie cherché, une nouvelle mission, qui se rattache à la première, m'éloigne loin de vous. Je l'accepte de Dieu, soit (|u"il veuille en elfét fonder p ir nos mains le Tiers-Ordre enseignant, soit qu'il ait d'.iutres desseins impénétrables à nos courtes pensées. Je m'éloigne sans vous quitter, priant Dieu de me bénir avec vous, de maintenir dans vos maisons et dans vos 'cœurs, la paix, l'union, l'observance, la soumission filiale à l'autorité, l'esprit de nos saints, la vie apostolique, de vous faire croître enfin comme les étoiles du ciclel le sable de la mer ^ »

' Rappurt iiu chapitre provincial de Flavigiiy, 15 septembre 1834.

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