PROGRAMME DU PERE
férents au succès d'une éducation qui ne veut rien omettre de ce qui convient à l'homme pour ne rien perdre de lui. Les forces du corps sont la condition d'une vie bien pondérée, et les grâces ne sont inutiles ni à l'éloquence qui veut persuader, ni à la bonté qui veut plaire, ni au chrétien qui veut porter dignement toute l'œuvre de Dieu dans sa personne, la présenter sans orgueil comme sans honte au respect de ses semblables.
« Sorèze, dans la vaste ordonnance de sa discipline, a pourvu à la distribution de tous ces éléments. Ce n'est ni un cloître voué à l'enseignement exclusif du grec et du latin, ni une caserne dédiée aux sciences comme au seul moyen libéral et progressif de culture, ni une académie d'agrément propre à former déjeunes héritiers aux honneurs et aux plaisirs des salons : c'est une école où la Religion, les lettres, les sciences, les arts, c'est-à-dire le divin, le vrai, le réel, le beau et l'aimable, se partagent les heures d'un jeune homme, afin de jeter en lui les fondements si difficiles et si complexes d'une vie d'homme. On peut être homme sans doute à moindres frais, il suffit pour cela de croir'c, de travailler, d'obéir et de se commander à soi-même : mais ce qui suffit à tout homme pour être homme, s'il le veut, ne suffit pas à ceux qui ont reçu le privilège de boire à la coupe étroite et amère du savoir. Infortunés et soumis à de grands devoirs sont les princes de ce monde, et tous ceux-là sont princes qui ne peuvent être hommes (ju'en étudiant et en sachant ! Où les autres sont réglés par la foi toute simple, par la nécessité absolue du travail et la tradition de l'honneur paternel, ceux-là sont contraints de sonder avec la raison les
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mystères du ki grâce, de suivi'e l'humanité pas à pas dans le dédale douloui'eux de son histoire, de ravii- à la nature ses secrets les plus profonds, d'assouplir enfin leur came et leur corps dans un apprentissage long- et périlleux. Malheur et honte à ceux qui n'en profitent pas, à ceux qui, après avoir tant reçu de Dieu et de la société humaine, languissent inutiles, ne se souciant d'honorer ni leur intelligence, ni leur cicur, ni leur fortune, ni le souvenir de leur éducation ! »
Décliargé d\i gouvernement du grand (Jrdre le 15 septembre 1854, le Père consacra le reste des vacances à l'École de Sorèze. Elle avait de bons professeurs, qu'il garda. Le nom du nouveau directeur en amena d'autres fort distingués, qui lui demeurèrent fidèles jusqu'à la tin. Beaucoup d'entre eux étaient laïques et le Père eut toujours pour eux des égards tout particuliers. C'était pour lui une maxime dans le gouvernement des collèges du Tiers-Ordre, que, si la discipline doit être tout entière entre les mains des religieux, il convient non-seulement d'admetii'e, mais de rechercher le concours des laïques dans les fonctions de len^ignement, « afin de rompre l'isolement où se trouve le clergé pour la propagation des sciences et des lettres. » Une fois sa résolution prise, le Père, comme toujours, avait pris imnK'diatement en gré sa tache nouvelle, si contraire qu'elle lut à ses goûts d'étude et de solitude. « Notre collège e?t bien beau, écrivait-il, je m'y plais infiniment. J'en ai déjà ranimé la vieillesse par des réparations bien placées. Je m<* réjouis d'y recevoir les élèves qui doivent y rentrer l-'
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18 de ce mois. Je suis comme im père de i'amille qui a embelli la demeure de ses en Laits et qui attend avec impatience l'heure de les en faire jouir '. »
Le Père n'apportait à Sorèze aucun esprit d'utopie, aucun système d'éducation qui lui fût personnel. Sous ce rapport, je l'ai dit, il ne voyait rien à fonder, peu à réformer, tant les méthodes d'instruction en usage lui semblaient consacrées par des siècles d'expérience. Il n'y avait pas à revenir là-dessus selon lui, et c'est pourquoi il ne tint pas du tout à maintenir ce qui subsistait à Sorèze des innovations introduites dans le plan d'études généralement usité jusqu'alors par les Bénédictins du dixhuitième siècle. « 11 avait, dit le P. Chocarne, un goût tellement prononcé pour le simple, le net et le rangé, que l'entrecroisement des heures et des exercices dans le système bénédictin lui souriait médiocrement. 11 avait aussi ses souvenirs de lycéa. Quelque douloureux qu'ils fussent à son cœur comme chrétien, il tenait à s'appuyer, comme maître d'école, sur une expérience positive et personnelle ; il aimait à dire : « A Dijon, l'on faisait ainsi. » A Sorèze comme à OuUins, il voulut donc qu'on en revînt purement et simplement au \ Km d'études consacré par la tradition générale.
La rentrée se fit. Le Père dit aux élèves qu'il voulait faire revivre à Sorèze trois choses : la discipline, le travail, les moiurs.
Sur la discipline, il s'expliqua d'une manière très-simple, très-droite, très-familière, mais attachante et per-
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suasive, appuyant des considérations d'un ordre élevé de traits d'histoire qu'il racontait à ravir et que ceux qui l'avaient entendu n'oubliaient plus. Quia mieux parlé que lui de la surveillance et de l'obéissance au Règlement ? « Surveiller, c'est veiller sur quelqu'un. L'on ne veille que sur ce qu'on aime ; surveiller, c'est donc, avant tout, un acte d'atïéction ; voilà le vrai sens de la surveillance. La surveillance, c'est le contrôle exercé par l'amour, c'est la préservation procurée par la tendresse. Vos maîtres sont au milieu de vous comme des pères et des mères, dont la sollicitude est toujours en éveil pour vous préserver, pour prévenir la faute, afin de n'avoir point k la punir. — Obéir, c'est vaincre. Est-ce que la volonté n'est pas la faculté centrale de l'àme, celle qui met tout en jeu ? Eh bien ! l'obéissance identifie la volonté de l'homme à celle de Dieu; en nous rendant toutpuissants sur nous-mêmes, elle nous fait participants de la puissance même de Dieu pour vaincre le mal : Vir ohediens loquetur victorias ^ — Que parlez-vous des minuties du Règlement? « Gomment, dit un jour Napo- « léon à M. Emerj, supérieur de Saint-Sulpice, com- « ment, vous, qui êtes un homme d'esprit, pouvez- vous « imposer à vos élèves je ne sais quelles vétilles ? — « Sire, repartit M. Emery, Votre Majesté n'ignore « pas qu'il y a de petites choses qui contribuent à faire « les bons soldats; il y en a aussi qui font les bons prc- « très. » Messieurs, nous sommes à une époque où la noblesse, c'est le travail. Gentilshommes, vous n'avez
» Proi'., XM, 28.