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travaux $e poussèrent avec une nouvelle activité : mais, quelque ardeur qu'on pût y mettre, il s'en fallait de bciiucoup qu'ils fussent terminés, lorsque arriva le 3 novembre, jour lixé pour l'ouverture du petit séminaire. Ce fut, en l'absence de l'évoque (I), le premier des vicaires généraux, M. Cotlu, qui célébra la messe du Saint-Espril, et prononça le discours usité dans ces sortes de cérémonies. L'auditoire l'enlendil avec joie paraphraser ce passage d'Isaïe : Etends V enceinte de ton pavillon; développe les voiles de tes tentes... Le lieu est trop étroit. Faites -nous une enceinte que nous puissions habiter (2). Il en fit l'application au nouvel établissement, et présagea ainsi SCS destinées futures, et le nombre prodigieux d'élèves qui devaient dans la suite obliger Saint-Acheul d'ajouter sans cesse constructions à constructions, de s'étendre et de s'agrandir chaque année, pour contenir la multitude toujours croissante de ses enfants. La fc'le se termina par un repas auquel avaient été invités les principaux membres du clergé et quelqiies amis des plus zélés de la société renaissante. Parmi eux se trouvait un respectable vieillard (ô), autrefois élève des Jésuites au collège d'Amiens : il
(1) Mgr de Manclolx ressentait les premières atteintes de la longue maladie qui l'enleva trois ans après.
(-2) Dilata locum tentorii lui , et pelles tabernamlorum tuorum ex!cnde ( Is. liv, 2). — Anguslus est milti Iccus : fac sputium rnihij. ut habilem (Id., xlix,20).
(3)M.GensseDumini,i)èredeM"ic LeSellyeretdeMM. Achille et Victor Gensse.
venait confier son pclit-fils (1) à leurs successeurs. « Voilà cinquante-deux ans, dit-il, que j'ai vu bannir de leur nnaison vos Pères, dont j'étais l'élève : il n'est pas besoin de vous dire quelle fut alors notre douleur. Je les vois rétablis, je mourrai content. » A ces mots, les larmes coulèrent de ses yeux en abondance.
On peut à peine se former une idée de l'encombrement qui eut lieu durant ces premiers jours. Qu'on se figure un pensionnat rempli d'élevcs, et en même temps d'ouvriers de toute espèce. Point de salle d'étude disposée, point de classes préparées, point de réfectoire, trop peu de lits; et au milieu de ce chaos, plus de cent quarante enfants à loger, à nourrir, à occuper. La plupart passaient la nuit sur des matelas étendus à terre; et chacun des maîtres avait dans sa chambre deux ou trois élèves couchés de la sorte. Cet état de choses se prolongea encore pendant près d'un mois. Mais malgré le désordre qui devait, ce semble, en cire la suite, surtout dans un établissement naissant, on peut dire que les attentions des maîtres, et l'exeellent esprit des élèves suppléèrent à tout, et firent supporter avec joie des privations qui, dans d'autres circonstances, eussent pu avoir de fâcheux résultats.
Il est juste de nommer ici ceux des maîtres qui composaient le collège en celte première année. La
(1) M. Acliille Le Sellyer, avocat et ancien professeur à Ja faculté (le Droit de Paris, trop connu et trop Càlimé pour qu'il soil nécessaire de faire son éloge.
plupart étaient les élèves du P. Sellier, et avaient puisé à son école le dévouement si nécessaire dans les fondations, et qui exerça une si heureuse influence sur les années suivantes. C'étaient le P. Nicolas Jennesseaux (I), supérieur; le P. Sellier, d'abord préfet des études, et bientôt après père spirituel du pensionnat, charge qu'il conserva presque autant d'années qu'en a compté le petit séminaire, et qu'il exerça avec un succès proportionné à son insatiable soif du salut des âmes; le P. Jean -Nicolas Loriquet (2), maître des novices (5), et professeur de rhétorique; Louis Debussi, diacre, professeur d'humanités; Emmanuel Bayard, diacre, professeur de troisième; Achille Guidée, sous-diacre, professeur de quatrième, et premier préfet de santé; Roch Legrand (4), professeur de sixième; P. Louis Leleu,
(1) Vie du P. J. Vo.rin, Notice du P. Jeimesseaux, p. 203.
(2) Vie du P. J. Varin, p. vi et 81.
(3) Durant ces premières années qui suivirent le rétablissement de la Compagnie en France, il n'avait pas été possible, vu la pénurie des sujets^ d'établir pour tous un noviciat en règle. Un certain nombre de jeunes Jésuites, en même temps qu'ils suivaient quelques exercices propres au novictat, étaient appliqués au travail de l'enseignement et de la surveillance. C'était pour eux une position critique, difficile, inconciliable avec un état régulier. Aussi, dès que les circonstances le permirent, on forma un noviciat selon les constitutions et l'esprit de saint Ignace. Ce noviciat fut placé à Montrouge près Paris, et confié à la direction da P. Jean-Baptiste Gury, mort père spirituel à Dôle le 6 mai 1834.
(4) Rocb Legrand, né le 16 août 1793, entré dans la Compagnie de Jésus le l^^ novembre 1814, et mort à Lyon le 12 avril 1835.
professeur de septième, président de la salle d'étude; Jean-Baptiste Cailleux (1), sous-diacre, professeur de huitième, second préfet de santé; Maxime Debussi (2), diacre, et François Hallu (3), rhétoriciens et surveillants. Les principaux frères coadjuteurs étaient: François Suc, Amand Croquet, Firmin Heigny, Maximilien Faucon, Louis Crétin, Célestin Dequesnes.
Les professeurs aidaient dans leurs fonctions les deux surveillants, et cette disposition se perpétua jusqu'au mois d'octobre 1818. Ainsi, durant les quatre premières années, au travail des classes se joignait pour eux le travail plus fatigant encore d'une surveillance partagée entre tous, et s'étendanl à tous les lieux de la maison, comme à toutes les heures du jour et de ia nuit. Leur zèle les rendit supérieurs à ces fatigues, et, par une protection particulière de la Providence, leur santé n'en parut pas notablement altérée.
Mais c'était peu de s'occuper ainsi des autres , s'ils se fussent oubliés eux-mêmes, s'ils eussent négligé le soin de leur propre perfection : oraison, examens, lecture, tous les exercices spirituels recommandés par l'Institut étaient remplis avec fidélité. On suppléa, du moins en partie, aux autres pratiques du noviciat,
(1) Jean-Baptiste Cailleux, né le 14 mai 1784, entré dans la Compagnie le 18 octobre 1814, et mort à Angers le 21 septembre 1851.
(2) Maxime Debussi. Voyez Vie du P. Van'/i , p. 397.
(3) François Hallu. Voyez à la fin du volame.
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par des conférences sur le sommaire des constitutions. Elles commencèrent dès le mois de novembre, et elles eurent lieu d'abord trois fois par semaine; dans la suite, le défaut de temps força de les réduire à deux. Tous étaient censés novices, tous aussi y assistaient, excepté pourtant les prêtres, à raison du surcroît de travail que leur donnaient les prédications et les confessions. Outre ces conférences, qui se faisaient dans la soirée, il y avait tous les quinze jours, selon la règle , une exhortation domestique à quatre heures et demie du matin, avant le lever des élèves : c'était le seul moment de la journée oîi l'on pût réunir toute la communauté.
Dès cette première année, se montrèrent, du moins dans leur germe, la plupart des moyens imaginés pouf contribuer au maintien de l'ordre et de la discipline, à l'émulation et au succès des études, aux progrès de la piété et à la pureté des mœurs, au bien-être physique des élèves, enfin à la pompe des cérémonies religieuses ou littéraires, et même de ce qu'on peut appeler fêtes de famille. Ainsi l'on vit naître le chant des cantiques , les leçons de musique qui donnèrent naissance à l'orchestre, le corps des enfants de chœur, les charges diverses confiées aux élèves. On vit commencer les grandes promenades, les pèlerinages, les retraites annuelles des élèves, les édifiantes processions du saint Sacrement, la solennité des premiers vendredis de chaque mois en l'honneur du sacré Cœur de Jésus, la méditation, le mois de Marie, les congrégations de la sainte Vierge
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et des saints Anges, et autres institutions, qui, les années suivantes, prirent de nouveaux déveioppements, à mesure que le nombre des élèves s'accrut, et amena de nouveaux besoins.
Nous indiquerons en particulier l'usage de la visite au saint Sacrement après le repas, et la consécration annuelle à l'Immaculée Conception.
La visite au saint Sacrement avait lieu deux fois par jour. Les élèves de bonne volonté étaient autorisés à se détacher des rangs, en sortant du réfectoire, pour aller visiter Notre-Seigneur. Un d'entre eux lisait la visite au saint Sacrement et celle à la sainte Vierge, tirée du livre de saint Alphonse de Liguori. La lecture terminée, chacun se retirait, sauf ceux qu'une dévotion plus fervente retenait quelques instants de plus aux pieds du Sauveur.
Dès cette première année s'introduisit aussi la pieuse coutume, toujours conservée depuis, de faire, le jour de la Conception de la sainte Vierge, 8 décembre , fête patronale de la maison , l'acte solennel de consécration à Marie conçue sans péché. Cet acte (1),
(1 ) Voici en quels termes cette formule était conçue : « Au nom du Père, du Fils^ et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il. « Très-sainte et immaculée Mère de Dieu, auguste Marie, en finissant ce beau jour, si cher à votre Cœur, puisqu'il est destiné à honorer celui de tous vos privilèges auquel vous attachez le plus de prix, jaloux de vous témoigner notre reconnaissance, et de resserrer, s'il est possible, les liens qui nous attachent à vous comme à la plus tendre des mères , nous venons renouveler à vos pieds la protestation solennelle que nous faisons et souscrivons chaque année en l'honneur de votre Immaculée Conception. Recevez, ô Vierge Mère, ce faible hom-
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après avoir été prononcé par le supérieur, en présence et au nom de tout le pensionnat, était déposé aux pieds de la sainte Vierge, et signé par les maîtres d'abord, puis par les congréganistes , et enfin par ceux des élèves qui le voulaient, c'est-à-dire par presque tous.
Notons encore l'usage d'exposer à l'église, depuis Noël jusqu'à la Purification , l'image de Jésus enfant, et l'empressement avec lequel un grand nombre d'élèves portaient à la crèche le fruit des sacrifices qu'ils
mage de vos enfants , qui reconnaissent qu'après Dieu ils vous doivent toutes les faveurs dont le Ciel ne cesse de les combler.
« C'est, pleins de confiance en vos bontés, que, réunis tous ensemble, maîtres et élèves, et confondus dans un même sentiment d'amour et de gratitude, nous nous faisons un devoir, avec les souverains Pontifes, avec les plus célèbres docteurs, avec tout ce que l'Église a jamais eu de plus saint et de plus éclairé, de reconnaître et d'honorer, parmi tous vos titres, celui de Vierge immaculée, et conçue sans la tache du péché originel. Nous déclarons solennellement adhérer à cette pieuse croyance, et être prêts à la défendre jusqu'au dernier soupir.
« En conséquence nous nous dévouons entièrement et irrévocablement au culte de Marie conçue sans péché, nous lui consacrons toute la suite de nos années , mais spécialement le temps de notre éducation, le choix d'un état de vie et le dernier moment qui doit décider de notre éternité. Daignez, 6 Vierge immaculée , ô vous la plus tendre de toutes les mères , daignez accepter cet acte solennel de notre dévouement. Bénissez nos travaux, afin qu'ils ne tendent qu'à la gloire de votre divin Fils. Bénissez tous vos serviteurs , tous vos enfants réunis dans cet asile : obtenez-nous à tous la grâce de vivre et de mourir dans votre amour et dans l'amour de votre divin Fils, Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ainsi soit-il. »
s'imposaient. Ces desserts, ces friandises de tout genre étaient, à la fin de la quarantaine, ^endus à l'encan , et on en distribuait le prix aux pauvres.
Nous n'avons pas besoin de le faire remarquer , la plupart de ces industries, celles surtout qui avaient pour but d'inspirer ou d'entretenir la piété, avaient pour auteur le P. Sellier, ou trouvaient en lui un ardent promoteur. La Providence se servit aussi pour répandre le bon esprit dans la maison d'une trentaine de jeunes gens solidement vertueux, presque tous anciens élèves du collège de Montdidier, où ils avaient été formés par le P. Sellier. Depuis deux ans, dispersés en différentes maisons d'éducation, l'innocence, et même la foi de plusieurs avaient subi de rudes épreuves. Ils n'en devinrent que plus fermes dans la pratique du bien. A la première apparition de cette Compagnie de Jésus dont l'ombre leur avait paru si belle à Montdidier, ils étaient accourus à Saint -Acheul, où ils retrouvaient leur bien -aimé P. Sellier; et leur ferveur, encore animée par les obstacles qu'ils avaient eus à combattre, égalait la joie qu'ils avaient de se voir réunis après tant de périls. Ce furent eux qui levèrent au milieu de leurs condisciples l'étendard de la vertu, et qui leur donnèrent cette première impulsion, souvent décisive pour la destinée d'un établissement. Leur charité industrieuse , les insinuations de leur zèle, l'autorité de leurs exemples, contribuèrent incessamment à établir dans toute la maison la régularité , l'amour du travail, la subordination et une piété franche, qui
semblait n'attendre plus qu'une étincelle pour devenir aussi vive qu'elle était sincère.
Cette étincelle fut la retraite annuelle que donna le P. Sellier. L'esprit apostolique qu'il déploya dans cette première retraite lit sur ses jeunes auditeurs la plus profonde impression. 11 faisait trois instructions par jour; il confessait en outre presque tous les élèves; de sorte qu'il ne sortait du confessionnal que pour monter en chaire, et ne descendait de chaire que pour entrer au confessionnal. Dieu bénit visiblement les travaux de l'homme de Dieu.
On vit des élèves baigner de larmes leurs pupitres (1) pendant et après les instructions. Parmi plusieurs conversions frappantes, aucune ne fit plus de bruit que celle d'un jeune homme qui, après avoir passé quelque temps dans un séminaire, s'étant insensiblement refroidi, avait abandonné l'état ecclésiastique, et s'était jeté dans un lycée pour y remplir les fonctions de maître d'étude. Fatigué d'une vie où il ne pouvait trouver la paix du cœur, il s'était décidé à entrer à Saint-Acheul , dans le désir d'examiner sérieusement sa vocation, et de se mettre en état de la suivre. La retraite fit de lui un autre homme. L'année suivante, il rentra au grand séminaire d'Amiens; et, ordonné prêtre deux ans après, il devint un zélé ministre des autels.
Enfin cette retraite, qui dura huit jours, et qui se
(l) La retraite ne se donnait pas à l'église, mais dans une vaste salle d'étude.
termina le jour de la Purification de la sainte Vierge, fut singulièrement remarquable par les fruits de sanctiticalion qu'elle produisit dans presque tous les cœurs. Deux mois après, la ferveur s'était conservée si vive et si générale, que le P. Sellier, à son retour d'une mission à Soissons, où ses supérieurs l'avaient envoyé, était dans l'admiration à la vue des grâces abondantes que le Ciel prodiî^uait à celte pieuse jeunesse. Quand un élève arrivait à Saint-Acheul, venant ou de la maison paternelle, ou d'une maison d'éducation, il se croyait transporté dans un autre monde. Saisi en entrant, et comme embaumé par la bonne odeur des vertus, il ne voyait que bonté dans ses maîtres, charité dans ses condisciples, dans tous, régularité, piété, édification. Touché d'un spectacle si nouveau , il laissait à la porte ce qu'il avait apporté d'indévotion, d'insubordination, d'habitudes vicieuses, quelquefois même jusqu'aux défauts de caractère; il marchait à la suite des autres, se laissait entraîner au torrent, étonné lui-même du changement qui s'était opéré presqu'à son insu dans ses idées et dans ses affections. Tels furent les fruits consolants de cette première retraite.