‹ Vie du R.P. Louis Sellier de la Compagnie de JésusChapitre 17 sur 44 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Maison du Blamont.

Pendant toute la durée de son séjour au petit séminaire de Saint -Acheul, le P. Sellier ne cessa de favoriser de tout son pouvoir les vocations ecclésiastiques. Son zèle pour la gloire de Dieu l'y poussait fortement. D'un autre côté Saint-Acheul portait le titre de petit séminaire : il devait soutenir ce titre, et justifier l'attente du diocèse, qui n'avait d'autre ressource que cet établissement pour préparer de nouvelles recrues au grand séminaire. Admettre dans l'intérieur de Saint-Acheul tous les aspirants à l'état ecclésiastique était une entreprise doublement inexécutable ; le local et les fonds manquaient également. En effet, pour les y recevoir, il aurait fallu refuser la plupart des élèves payants, et priver ainsi la maison du seul moyen qu'elle eût de donner l'instruction et l'éducation aux jeunes ecclésiastiques, puisque le diocèse, jusqu'en 18^5, n'accordait aucun subside, et que presque tous les candidats au sanctuaire appartenaient à des familles peu aisées. On se résolut donc à exécuter sans délai un projet formé par deux des Pères dans un pèlerinage à Notre-Dame d'Albert au mois de juillet 1815 : celui de se procurer une maison où l'on pût réunir ces élèves, et les recevoir à un prix de pension moins élevé que celui de Saint-

Acheul. On prit à loyer la maison si connue depuis sous le nom de Saint-Joseph du Blamont. On y reçut à la rentrée des classes autant d'élèves que le local pouvait en contenir, environ quatre-vingts. Cette succursale de Saint -Acheul fut placée sous la direction du P. Sellier, qui s'intéressait vivement au bien du diocèse d'Amiens, et dont le zèle ne reculait devant aucune bonne œuvre. On lui donna pour le seconder le P. Maxime Debussi, encore simple sous -diacre. On continua toutefois d'admettre dans l'intérieur de Saint-Acheul un certain nombre d'élèves ecclésiastiques, ceux surtout qui se distinguaient par leurs vertus, leur bonne conduite et leurs talents. Mais au mois de décembre 1818, la maison du Blamont fut violemment attaquée; et à son occasion un orage terrible éclata contre Saint-Acheul. Ce qui servit de prétexte à l'accusation , c'est que les élèves ecclésiastiques, placés au Blamont, avaient à part les classes de cinquième, de quatrième et de troisième, tandis que ces mêmes classes se faisaient à Saint-Acheul pour les élèves laïques, ou réputés laïques. C'était donc, disait-on, deux établissements, deux petits séminaires distincts. De là grand émoi parmi les nombreux ennemis de Saint-Acheul. Jl ne s'agissait de rien moins que de réunir dans une des deux maisons, le Blamont ou Saint-Acheul, tous les élèves ecclésiastiques, de reconnaître cette seule maison comme petit séminaire , et de fermer l'autre ou de la faire passer sous la main de l'Université. Pour renverser le fondement de l'accusation, qui pouvait

paraître plausible, surtout aux yeux d'une administration hostile, il fallait changer sur-le-champ le mode d'existence du Blamont, refondre ensemble cette maison et celle de Saint-Acheul, et disposer tellement l'état des personnes et des choses, qu'il devînt impossible de n'y pas voir un seul et unique établissement. Ce fut le parti auquel on s'arrêta. Sans perdre un seul moment, on se mit à l'œuvre; et cette grande opération fut terminée en moins d'une matinée. Des chariots furent retenus ; longtemps avant le jour, ils commencèrent à transporter de Saint- Acheul au Blamont, et du Blamont à Saint Acheul les literies et les malles de tous ceux qui devaient changer de domicile. Cent cinquante élèves ecclésiastiques revinrent à Saint-Acheul, et cédèrent le Blamont à autant d'élèves des classes inférieures. La translation des effets fut achevée dans la matinée; celle des élèves se fit dès le lever du soleil ; et avant midi il fut vrai de dire que les deux établissements n'en faisaient qu'un, dont les classes élémentaires étaient au Blamont, et les autres, à partir de la sixième, à Saint-Acheul, sous une direction unique, mais placées dans des maisons différentes. C'est ce que le recteur de l'Académie, 31. Dijon, et M. le comte d'Allouville, préfet de la Somme, furent appelés à constater, et ce qu'il leur fut impossible de ne pas reconnaître. Ainsi fut apaisée celte tempête qui avait failli renverser Saint-Acheul (1). Depuis

(l) En 1821 on reprit le projet d un pensionnat spécial pour les élèves ecclésiastiques ^ et il fut placé dans la maison dite

lors, les classes élémentaires furent définitivement fixées au Blamont, et la maison reçut une direction en rapport avec l'âge de ceux qui l'habitaient exclusivement. Plus tard, en 1822, les bâtiments en furent achetés. On les augmenta notablement, et on les appropria de manière à satisfaire à toutes les exigences. Une chapelle vaste et commode y fut construite sous l'invocation de saint Joseph, et cette maison fleurit et prospéra jusqu'à l'époque des ordonnances du 16 juin 1828. Après la suppression du petit séminaire, l'établissement du Blamont subit diverses vicissitudes. Depuis 185G, il est devenu un refuge dirigé par les dames du Bon-Pasteur d'Angers.

Page 1