‹ Vie du R.P. Louis Sellier de la Compagnie de JésusChapitre 20 sur 44 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Congrégation des Frères de Saint -Joseph.

Vers cette époque le diocèse d'Amiens vit commencer une œuvre à l'établissement de laquelle le P. Sellier contribua très-activement. Je veux parler de la congrégation des Frères de Saint-Joseph. Elle avait pris naissance en 1822, dans le diocèse d'Arras, aux environs de Boulogne, et reconnaissait pour son fondateur et son père M. Lardeur de Latteignant, originaire du même pays. Ce pieux laïque, plein d'un zèle ardent, chercha des hommes capables de le seconder

dans le bien qu'il méditait; il les trouva dans les rangs inférieurs de la société, et les jugea plus propres que d'autres à servir d'instruments à la divine Providence. Les liens qui le retenaient dans le monde ne lui parurent pas un obstacle invincible à l'accomplissement de ses vœux. Déjà depuis plusieurs années sa vertueuse épouse n'était plus que sa sœur : ses enfants habitaient Saint-Acheul ou le Sacré-Cœur. Rien non plus ne l'empêchait d'espérer le moment où il lui serait permis de se consacrer totalement à Dieu; et le sacerdoce que le P. Sellier, son directeur, lui avait fait envisager comme un moyen de faire quelque chose de plus grand pour sa gloire, devint le premier objet de ses désirs. Il demanda donc et obtint de Rome les facultés nécessaires pour le recevoir du vivant même de M""^ Lardeur.

Lorsqu'il eut des compagnons, ou plutôt des disciples, il s'appliqua à les former aux vertus chrétiennes, en attendant qu'il pût les initier aux vertus religieuses. Il ne leur découvrit pas d'abord le but où il voulait les conduire; leur faiblesse eût été peutêtre effrayée d'avoir à prendre des engagements, et surtout des engagements perpétuels. Ce ne fut qu'après une sorte de noviciat assez long qu'ayant quitté en 1824 le diocèse d'Arras, dont l'évêque lui était peu favorable, pour venir avec eux habiter provisoirement le village de Longueau, tout près de Saint- Acheul, il s'ouvrit à ceux qui lui parurent les plus fermes et les plus courageux sur le projet d'ériger, selon l'institut de saint Ignace et sous le nom de saint

Joseph, une congrégation, dont la fin serait de faire pour les campagnes ce que les frères des Écoles chrétiennes faisaient pour les villes. Le P. Sellier entra dans ses vues avec cette ardeur de zèle qui le portait à tout ce qui pouvait procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes. L'exercice du ministère lui avait fait sentir la nécessité de procurer aux écoles de garçons dans les campagnes des secours analogues à ceux que les sœurs de la Sainte -Famille rendaient pour les écoles de filles. 11 aida donc M. Lardeur de tout son pouvoir dans la formation des frères ; plus tard même, il travailla à la rédaction de leur règle. D'après le plan projeté, on devait 1'^ ouvrir une maison pour recevoir des jeunes gens du monde, qui, après s'y être formés à la science et à la piété, iraient remplir où ils seraient appelés la double fonction de maîtres d'école et de chantres d'église; on devait 2° former aux mêmes fonctions ceux des frères de la nouvelle congrégation qui auraient les dispositions convenables; on devait 5*^ établir des pensionnats pour donner une éducation chrétienne à des enfants qui, faute de talents, ou de goût, ou de fortune, ne seraient pas jugés propres à faire ce qu'on appelle des études. Mais les deux premiers points rencontrèrent de sérieux obstacles dans les mœurs du siècle et l'esprit de cette époque. Le second surtout, après quelques essais infructueux, fut entièrement abandonné. Comment en effet de jeunes religieux laissés seuls à eux-mêmes, absolument isolés dans les bourgs et les villages, environnés de pièges de toute espèce,

se seraient-ils soutenus contre le torrent des exemples, et contre leurs propres passions? Plus d'une vocation en effet y fit un triste naufrage.

M. Lardeur ne s'opiniâtra point à lutter contre des circonstances fâcheuses et indépendantes de sa volonté. Sans renoncer absolument au projet de former des maîtres d'école laïques, il se borna sagement aux pensionnats, jusqu'à ce que des temps plus favorables lui permissent de faire mieux. Il acheta donc en 1825 une partie de l'ancienne abbaye de Saint- Fuscien, située à qualre kilomètres de Saint-Acheul, et la mit en état de recevoir des élèves. Ce fui alors que les frères de Saint -Joseph prirent, avec l'agrément de l'évêque d'Amiens, un habit particulier, et parurent de véritables religieux. Sous les yeux de leur père spirituel, le pensionnat ne tarda pas à s'accroître; il mérita la confiance d'un bon nombre de familles, et prospéra au point de servir d'asile à tous les enfants que des raisons particulières ne permettaient pas de garder à Saint-Acheul.

Le P. Sellier , secondé par d'autres Pères du petit séminaire, donna au nouvel établissement tous les secours qui pouvaient favoriser ses succès: instructions, retraites, confessions, conseils sur la tenue matérielle et morale du pensionnat, sur la surveillance, sur les études. On admit dans les classes de Saint-Acheul ceux des frères qui avaient besoin de s'instruire, ou de fortifier leurs connaissances, surtout dans les mathématiques et les sciences naturelles. Enfin, pour satisfaire aux vœux de quelques

parents, M. Lardeur introduisit à Saint-Fuscien des classes élémentaires de latin, qui, après la catastrophe de Saint- Acheul en 1828, prirent de l'extension, et formèrent un cours presque complet d'études. Le pensionnat primaire de Saint-Fuscien subsiste encore aujourd'hui sous la direction du vénérable M. Lardeur.

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