CHAPITRE XXIIÏ
Missions de Fressenville , de Bvoye, du Mesnil-Saiut-Firmiii et de Plainville. — Conversions remarquables.
De retour à Saint-Acheul, le P. Sellier consacra son temps, comme toujours, soit à donner des retraites, soit à entendre les confessions. Il y resta jusqu'au mois d'octobre, époque où il recommença ses courses apostoliques. Il fut alors appelé à Fressenville pour disposer la population à gagner l'indulgence du jubilé. Cette paroisse de douze cents âmes, située à huit ki-
lomètres d'Abbeville, était depuis dix-huit mois privée des secours de la religion. L'âge et les infirmités de son pasteur ne lui permettaient plus de remplir les fonctions de son ministère. La foi cependant était vivante dans le cœur des habitants, et leurs heureuses qualités les rendaient propres à recevoir avec fruit la divine semence. Mais, par suite du défaut d'instruction et de culture, ils perdaient insensiblement l'habitude d'entendre la messe le dimanche; ils profanaient ce saint jour par le travail et par des divertissements dangereux : ils avaient cessé de fréquenter les sacrements; et déjà les vices, que la pratique des devoirs religieux peut seule écarter, commençaient à s'introduire parmi eux. Mais l'heure de la divine miséricorde était arrivée pour ce bon peuple. Le 0 octobre était le jour fixé par }iW l'évêque pour l'ouverture de la mission de Fressenville. Quelque temps auparavant, le P. Sellier fit prendre les devants au P. iJoullé, qui lui avait été assigné pour collaborateur. Le P. Boullé fut accueilli avec des transports extraordinaires de joie et de respect, qui lui parurent du plus heureux augure. Le P. Sellier, de son côté, ne tarda pas à venir joindre son compagnon. Dès les premiers jours les instructions furent suivies avec la plus édifiante assiduité. On remarqua cependant que les femmes seules se présentaient au tribunal de la pénitence. Étonnés de cette singularité, les Pères en recherchèrent la cause, qu'ils n'eurent pas de peine à découvrir. Elle tenait au genre de travail auquel se livraient les hommes. En s'y employant toute la jour-
née, ils pouvaient à peine suffire à gagner ce qui était rigoureusement nécessaire pour leur subsistance et pour celle de leur famille , de sorte qu'il leur était impossible de se confesser pendant le jour. Le dévouement des Pères trouva aisément le remède au mal. On annonça en chaire que les hommes seraient admis au saint tribunal pendant la nuit, et les femmes pendant le jour. Dès ce moment, et surtout le dimanche suivant, l'église fut presque remplie d'hommes qui se préparaient pour la confession. C'était un redoublement de fatigue pour les deux missionnaires : ils ne restèrent pas au-dessous de leur tâche. Jour et nuit ils étaient à l'œuvre, sans prendre d'autre repos que quelques moments de sommeil, de minuit à quatre heures du matin. Un oubli de soi-même aussi complet fit une vive impression sur les habitants; et un jour, touchés de compassion pour le P. Sellier qu'ils voyaient harassé de fatigue, ils se retirèrent tous vers le milieu de la nuit, dans la crainte que l'homme de Dieu ne se couchât pas un seul instant. Mais dès quatre heures du matin , ils étaient tous rendus à l'église ; et le P. Sellier en y entrant fut très- surpris d'y trouver autant de monde qu'il en avait laissé la veille au soir. Ce fut un spectacle touchant de voir l'ardeur que beaucoup de personnes déployèrent pour la conversion de leurs concitoyens. Les filles pressaient leurs parents de ne pas manquer cette heureuse occasion de se réconcilier avec Dieu ; les mères conduisaient ellesmêmes leurs enfants, quoique déjà grands; des pères de famille , non contents d'envoyer aux instructions
tous ceux qui dépendaient d'eux, travaillaient la nuit pour pouvoir y assister eux-mêmes. Un ouvrier couvreur surtout se distingua par son zèle à remplir cette espèce d'apostolat. Appelé à travailler dans une maison où l'on ne paraissait pas disposé à profiter de la grâce, il fit si bien par ses exhortations, qu'il parvint à amener au confessionnal du P. Sellier toutes les personnes de cette maison. Le maire, joignant l'exemple aux paroles, seconda efficacement l'action des missionnaires, et contribua à ramener bien des habitants à la pratique de leurs devoirs. A toutes les messes, on voyait bon nombre de fidèles approcher de la sainte table : chaque dimanche environ deux cents, et le dernier jour jusqu'à cinq cents.
L'ébranlement se communiqua même aux paroisses voisines d'où l'on venait entendre les instructions du P. Sellier, et Dieu bénissait visiblement la parole de son serviteur.
Le zèle des jeunes filles pour le chant des cantiques fut encore un des moyens dont Dieu se servit pour assurer le succès de la mission. On en avait réuni jusqu'à quatre-vingts qui chantaient avec beaucoup d'ensemble et de goût. Le P. Sellier crut qu'il trouverait aisément dans ce chœur de cantiques des éléments pour former une congrégation de la sainte Vierge, et il communiqua son projet aux habitants : mais quelle fut sa surprise, lorsqu'il vit que presque aucune de ces filles devenues si pieuses, si zélées ne se présenta pour se faire inscrire ! C'est qu'elles avaient
conçu une si haute idée de cette consécration d'ellesmêmes à Marie, que, dans leur pensée , toutes celles qui la faisaient promettaient par là même de ne pas se marier. Un mot d'explication donné par le P. Sellier fît tomber ce préjugé. Dès lors toutes les fîlles voulurent entrer dans la congrégation; et l'on n'éprouva plus d'autre embarras que celui du choix à faire parmi tant d'aspirantes.
La première communion des enfants termina la mission. Cette cérémonie fut si touchante, que les Pères ne se lassaient pas d'admirer et de bénir la puissance de la grâce. Tout dans ces enfants respirait la candeur, l'innocence et la piété : ils fondaient en larmes en approchant de la sainte table. Les parents de leur côté pleuraient de joie et de bonheur. Le concours des fîdèles fut si prodigieux, qu'on voyait hors de l'église autant de monde que dans l'intérieur, et qu'elle ne cessa d'être remplie depuis le matin jusqu'au soir.
Cependant le moment de départ était venu. La joie des habitants avait été vive à l'arrivée des Pères qu'ils ne connaissaient pas encore et qu'ils n'avaient pas vus se dévouer pour le bien de leurs âmes : qu'on juge de leur douleur quand il fut question de se séparer. Ils avaient conçu pour le P. Sellier tout l'amour et toute la vénération qu'inspirent les saints ; et ils le voyaient près de les quitter pour jamais. Aussi les larmes coulaient de leurs yeux ; et les principaux chefs de famille s'étant rendus auprès du P. Sellier, ne purent, en l'abordant, lui adresser d'autres paroles
que cette interrogation si éloquente dans sa simplicité : Eh quoi ! monsieur Sellier, est-il donc vrai que vous allez nous abandonner? Leurs larmes ne leur permirent pas d'en dire davantage. Le bon Père, profondément ému , ne put leur répondre que quelques paroles embarrassées , et il se déroba à cette scène déchirante. Comme le vent soufflait avec violence , et qu'il tombait une pluie froide, le P. Sellier engagea ces bons villageois à ne pas l'accompagner à son départ. Ce fut en vain : ils ne le quittèrent que fort loin du village, où ils rentrèrent désolés de la perte qu'ils faisaient, et pleins d'anxiété pour l'avenir. Ils ne se laissèrent cependant ni abattre ni décourager. Résolus de n'épargner aucun sacrifice pour obtenir un curé, ils firent d'activés démarches en ce sens, malgré les graves difticultés qui semblaient s'opposer à leurs désirs, et Dieu leur vint en aide : il ne pouvait pas, disait le P. Sellier, refuser de bénir des efforts accompagnés d'un retour au bien si éclatant et si sincère. En effet Ms^ l'évêque (1), apprenant qu'il y avait à vingt kilomètres de Fressenville une paroisse dont les habitants se montraient indignes des soins de leur pasteur, donna aussitôt l'ordre à celui-ci de se transporter à Fressenville , où il fut reçu avec un enthousiasme qu'il est impossible de décrire. Ce bon prêtre en fut lui-même si touché, que, voulant adresser quelques paroles à ses paroissiens en arrivant parmi eux, il ne put s'expliquer que par ses larmes ; et dans ses
(1) Mgr de Ghabons.
lettres au P. Sellier, il ne cessait de se répandre en éloges sur leur docilité et leur bon esprit. La preuve la moins équivoque des admirables dispositions dans lesquelles les avait laissés la mission, c'est qu'ils s'imposèrent des sacrifices pécuniaires considérables vu leur pauvreté, soit pour loger le précédent curé, âgé et iniirme, soit pour procurer à leur église un mobilier plus décent et plus convenable.
Au jubilé de Fressenville succéda sans interruption celui de Broyé, dont les résultats, moins consolants, ne doivent pas cependant être passés sous silence. Broyé est une paroisse du diocèse de Beauvais sur les confins de celui d'Amiens et dans les environs de Breteuil. Le P. Sellier fit l'ouverture du jubilé le 2 novembre 1829 ; et presque en même temps il commença les mêmes exercices au Mesnil-Saint- Firmin et à Plainville. Malgré les travaux pénibles auxquels se livra l'homme de Dieu, il n'obtint d'abord aucun résultat sensible. On venait l'écouter avec assez d'intérêt et d'assiduité : mais le confessionnal demeurait désert. Avant de couronner son zèle. Dieu ménageait à son serviteur une rude épreuve. Un jour qu'il se rendait à Plainville monté sur un cheval fougueux, le coursier saisi d'une frayeur soudaine jeta son cavalier au loin, et le laissa dangereusement blessé. Réduit à se traîner péniblement dans des chemins boueux, et par un temps pluvieux et froid, le bon Père arriva enfin au village. iN'écoutant que son zèle, et suivant l'exemple de saint François Régis, qu'il se proposait pour modèle dans ses missions, il se mit
aussitôt à prêcher et à confesser. Mais le soir en visitant sa plaie, il la trouva si fort envenimée, qu'il ne crut pas pouvoir sans imprudence rester sur le théâtre de la mission , et qu'il prit le parti de retourner à Saint-Acheul. Quelques jours de repos suffirent pour le mettre en état d'aller rejoindre le P. Céleyrette . qui lui avait été donné pour compagnon. Celui-ci avait obtenu quelques succès à Plainville : le P. Sellier lui laissa le soin de continuer le bien commencé dans cette paroisse. Quant à Broyé, dont la population s'était jusque-là montrée sourde à la voix de la grâce, il s'en chargea lui-même. L'insensibilité des habitants de Broyé avait sa source dans un fonds d'incrédulité causé par la lecture des mauvais livres et des journaux irréligieux répandus alors de toutes parts, et dans un esprit d'indépendance et d'orgueil qui les mettait souvent en opposition soit entre eux, soit avec leur curé. Il régnait même une mésintelligence prononcée entre le pasteur et ses ouailles. A ces obstacles venait se joindre le froid rigoureux de cet hiver de 1829 qu'on n'a pas oublié. Pour triompher de semblables difficultés, les moyens ordinaires étaient insuffisants. La justice de Dieu intervint d'une manière terrible. Quatre personnes furent frappées de mort subite. Ce fut d'abord un homme signalé par son irréligion , qui plaisantait publiquement sur la con- ^ fession : Rien ne presse , disait -il, il sera toujours temps au moment de la mort. Le soir même du jour où il avait tenu ces sortes de propos avec le plus d':^fronterie, il fut saisi d'un malaise extraordinaire'; eV"^
la nuit suivante il mourut d'une attaque d'apoplexie foudroyante, sans avoir eu le temps de se reconnaître. Le second trait de la justice divine ne fut pas moins tragique. Celui qui en fut la victime était un homme qui professait la plus scandaleuse indifférence pour la mission. Il affectait de paraître ignorer ce qui se passait, et s'il en entendait parler, il ne s'en exprimait qu'avec mépris. Revenant dans sa voiture d'un village voisin, où il avait assisté à une noce, il laissait aller son cheval au hasard. Tout à coup l'animal se cabrant lança son maître hors de la voiture, et une des roues écrasa le malheureux sur la place. On ne nous a pas transmis les circonstances des deux autres morts ; mais ces coups réitérés de la vengeance céleste frappèrent les plus endurcis d'une salutaire terreur ; et dès ce moment on vit de nombreux retours.
Vers la fin de la mission , le P. Sellier voulut en consolider les heureux effets par l'établissement d'une congrégation de la sainte Vierge. Il y éprouva de grandes difficultés causées par le respect humain et par l'opposition qu'il rencontra dans ceux qui n'avaient pas profité de la mission. Il en triompha néanmoins, secondé par le zèle et la piété d'une jeune personne qui n'était âgée que de dix-neuf ans. Son père, riche propriétaire, remplissait alors les fonctions de maire. Cette vertueuse demoiselle se sentant intérieurement appelée à la vie religieuse, et n'ayant que de l'éloignementpour le monde, mettait tout son bonheur dans les pratiques de la vie chrétienne. Elle
supportait avec une patience angélique les contradictions qu'elle avait à essuyer pour pouvoir vaquer à ses exercices de dévotion. Vivant dans une union continuelle avec Dieu , auquel elle s'était consacrée par le vœu de virginité perpétuelle, chaque jour elle donnait à la méditation et à la prière tout le (emps dentelle pouvait disposer. Une vertu si pure, jointe au rang qu'elle occupait dans la société, semblait la désigner au choix du P. Sellier comme une présidente accomplie. 11 la choisit en effet, et l'autorité qu'elle se concilia, surtout auprès des jeunes personnes, fut un des moyens dont Dieu se servit pour conserver les fruits de la mission.
Nous devons, en terminant, mentionner deux conversions remarquables qui furent regardées comme une preuve éclatante de l'efficacité des prières du fervent missionnaire. Nous en tenons le récit de la bouche même de M. Bazin , agriculteur et industriel distingué, habitant le Mesnil-Saint-Firmin.
Les deux personnes dont il s'agit ici étaient placées dans des conditions bien différentes, mais n'avaient ni l'une ni l'autre rempli aucune pratique religieuse depuis leur première communion. M. Bazin, qui voyait l'influence que pourrait exercer dans le pays leur retour à Dieu , les recommanda d'une manière particulière aux prières du saint homme, dès qu'il fut question de donner une mission dans ces parages.
L'un, M. Ribel, capitaine de cavalerie, s'était retiré à Broyé, après avoir fait toutes les campagnes
de l'Empire. Il réunissait à la loyauté et à la valeur, apanage ordinaire du soldat français, une rare intelligence, et une activité extraordinaire qu'il avait mises à la disposition de M. Bazin. M. Ribet se trouvait au Mesnil, lorsqu'il apprit que des Jésuites devaient venir y donner une mission. A ce mot de mission prèchée par des Jésuites, il sentit se réveiller toutes les préventions que, depuis Tâge de quatorze ans, il avait puisées au milieu des camps, et qui étaient alors si généralement répandues. Il demande donc l'autorisation de quitter je Mesnil avant l'arrivée des missionnaires, ne voulant pas, disait- il, se trouver en présence d'hommes qu'il n'aurait jamais consenti à recevoir chez lui, et qu'il regardait comme les plus mortels ennemis de la France. Mais Dieu avait entendu les prières de son serviteur. Dans des vues de miséricorde sur ce pauvre pécheur, il permet que des obstacles imprévus le retiennent jusqu'à la nuit, et enfin l'empêchent de partir. M. Ribet était assis auprès du feu, lorsque entra le P. Sellier, et l'impression qu'il éprouva fut plus vive, au dire de M. Bazin, que celle qu'il aurait ressentie à l'arrivée de tout un régiment de Cosaques fondant à l'improviste. Il se borne à offrir sa place à un prêtre respectable, qui venait de faire trente-deux kilomètres à cheval dans des chemins de traverse, par un froid très-rigoureux, et en grande partie pendant la nuit; il n'a du reste pour lui pendant le repas que les égards commandés par la simple politesse. Après le souper néanmoins il ne put s'empêcher de prendre
part à la conversation. Le Père, comprenant qu'il s'agissait de gagner une âme à Dieu, sut la rendre intéressante.
Le lendemain, au lieu de s'absenter, comme il l'avait projeté, M. Ribet se sentit attiré vers le P. Sellier; et il prenait plaisir, chaque fois que l'occasion s'en présentait, à se rencontrer avec lui. Il put bientôt apprécier les éminentes qualités du bon Père, et le soir il chercha à prolonger le plus longtemps possible la conversation qui suivit le souper.
M. Bazin avait remarqué avec plaisir cet heureux changement, et il ne fut pas moins étonné, lorsque le matin M. Ribet lui dit avec sa franchise habituelle qu'il a éprouvé pendant les deux dernières nuits une agitation extraordinaire, qu'il n'a pu fermer l'œil, que jamais, durant toutes ses campagnes, il n'a ressenti de pareilles émotions; continuellement il a été poursuivi de la pensée de se confesser au P. Sellier; mais il n'ose le faire, et il ne saurait d'ailleurs comment s'y prendre. M. Bazin le rassure, le conduit à la chambre du Père, auquel il raconte ce qui vient de se passer, et il les laisse seuls. M. Ribet ne quitta le Père qu'après avoir fait une confession générale, et dit en sortant qu'il était plus facile de se confesser qu'il ne le pensait. La confession terminée, le P. Sellier lui remit un chapelet qu'il l'engagea à ■conserver pendant le reste de sa vie, l'assurant que, s'il le récitait chaque jour, il répondait de son salut. Le capitaine en prit l'engagement, et tint parole. On le voyait souvent le matin ou le soir, en quelque lieu
qu'il se trouvât, récitant pieusement son chapelet. Les plaisanteries, les sarcasmes de ses amis ne purent jamais lui faire abandonner cette armure salutaire qui lui paraissait une défense plus assurée que ne l'eût été son sabre sur le champ de bataille. Se trouvant un jour dans une réunion d'hommes irréligieux, il leur tint tête pendant quatre heures consécutives; et l'un d'eux s'étant permis de dire, qu'on nous pardonne l'expression , que le chapelet était une bêtise, il n'hésita pas à tirer le sien de ^sa poche et à le montrer hardiment, ajoutant ces paroles : « Pour moi, depuis l'époque de la mission, je le récite souvent plusieurs fois par jour; et je ne m'en sens pas plus bête. »
. Il fit plus : non content de donner l'exemple de la lidélité à toutes ses obligations religieuses, il exerça auprès des habitants une espèce d'apostolat, s'efforçant par ses entretiens de les ramener à la pratique du bien , et d'apaiser leur antipathie contre le curé. Il ne manquait pas d'assister aux offices de l'Église. Arrivé le premier dans le lieu saint, il en sortait le dernier, et il avouait ingénument qu'il n'y avait jamais de distractions. M. Ribet a continué depuis à remplir avec exactitude les devoirs de la religion, et il mourut quelques années après dans les sentiments les plus chrétiens.
La seconde conversion, due également aux prières du saint missionnaire, fut celle de M. Caussin, notaire à Plainville. Il n'avait eu de rapports avec le Père que pendant des repas de famille et dans des
conversations où il n'était point question de matières religieuses. 11 fut, comme M. Ribet, touché parla grâce, et demanda à se confesser au moment où l'on s'y attendait le moins. Il jouait aux caries après le souper en présence du Père, lorsque tout à coup s'adressant à celui-ci i « Mon Père, lui dit-il, si vous voulez monter dans votre chambre et prier pour moi, aussitôt que ma partie sera terminée j'irai vous trouver et je me confesserai. »
Il alla en effet joindre le Père quelques instants après, et fit une confession générale avec les sentiments de la plus vive contrition. Il eut des luttes à soutenir pour s'élever au-dessus du respect humain , et pour surmonter les difficultés qu'il rencontrait dans sa position. Mais, fidèle à suivre les avis qui lui furent donnés, il persévéra jusqu'à la fin; et, quoique frappé inopinément parla mort. Dieu lui ménagea assez de temps pour pouvoir se confesser à ses derniers moments.