‹ Vie du R.P. Louis Sellier de la Compagnie de JésusChapitre 28 sur 44 · CHAPITRE XXVT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVT

Retour du P. Sellier à Saint-Acheul. — Retraite à l'institution de Boulogne. — Mission à Hangest-sur-Somme. — Congrégation des dames de la Croix de Saint-Quentin. — Retraite aux Orphelines d'Elbeuf. — Instructions dans différents villages. — Trait de la vengeance divine.

Au mois d'août 1856, l'unique province de la Compagnie de Jésus en France ayant été partagée en deux, celle de Paris et celle de Lyon, le P. Sellier, qui par sa naissance appartenait à la première, fut rappelé par son provincial. Son départ causa de vifs regrets, surtout aux personnes qu'il dirigeait; mais sa charité tendre et compatissante n'abandonna pas le soin de celles qui recouraient encore à ses lumières et à ses décisions. Les nombreuses lettres qu'il leur écrivit depuis son retour attestent la suavité de sa direction. Toutes renferment des avis précieux, propres à ranimer la confiance, à dissiper les doutes des âmes craintives, et à les fixer dans la voie sûre de la paix, de l'abandon et de l'obéissance.

Après avoir donné les exercices de la retraite aux frères de Saint-Jean-de-Dieu, à Lyon, vers la fin de septembre , le P. Sellier quitta le Midi au mois d'octobre 1850, et les supérieurs le renvoyèrent à Saint- Acheul, où il était connu, aimé, estimé, et où, par conséquent, sa présence pouvait être plus utile que partout ailleurs. C'est là qu'il établit le centre de ses

courses apostoliques; là que s'écoulèrent les dernières années de sa vie. il y remplit les fpnetions de missionnaire tant que ses forces le lui permirent, et celles de père spirituel et de confesseur jusqu'à sa mort.

Nous ne pouvons entrer dans le récit de toutes les œuvres que le zèle inspira au P. Sellier pendant plus de douze années encore, c'est-à-dire jusqu'à l'âge de soixante-dix-sept ans, que la perte de la vue et les infirmités le retinrent enfermé dans l'intérieur de la maison de Saint-Acheul. Ce délail serait immense, et nous entrainerait inévitablement dans la monotonie et dans de fastidieuses redites. Nous nous contenterons de citer en note (1), par ordre de date, les lieux

(1) 183G. Deux retraites à Saiut-Ricquier : la première au petit séminaire^ la seconde à l'Hôtel-Dieu. De là à Boulogne, dans l'institution de M. Haifreingue.

1837. Retraite à la cathédrale d'Amiens , ensuite à Saint-Leu; missions à Hangest-sur-Somme et à Hennencourt. Retraites au pensionnat du Sacré-Cœur d'Amiens^ à la Trappe de Mortagne pour les prêtres interdits; aux sœurs de la Sainte - Famille d'Amiens, aux religieuses du Sacré-Cœur de Paris et du Sacré- Cœur de Charleville. Retraites aux pensionnaires du Sacré- Cœur de Charleville, ensuite aux orphelines d'Elbeuf, au petit séminaire de Séez.

1838. Retraite de religieuses à Saint-Paul-aux-Bois , au petit séminaire de Laon, au petit séminaire de Beauvais. Carême à Buironfosse, dans le Soissonnais. Tout le mois de mai employé à ériger des chemins de croix dans diverses paroisses du diocèse de Soissons. Retraite de première communion au petit séminaire de Saint -Ricquier. Au mois de septembre, retraite de la Sainte-Famille, puis à Boulogne, chez les Ursulines; à Abbeville, dans un couvent du même ordre; à Beauvais, au Sacré- Cœur'. Pour la seconde fois, aux orphelines de la Providence, à Elbeuf. Prédication à Rubempré.

1839. Retraite du petit séminaire de Saint-Omer; mission au

qu*il a évangélisés dans le diocèse d'Amiens et dans les diocèses limitrophes, celui d'Arras surtout, et d'extraire de nos mémoires les traits qui offrent le plus d'intérêt et d'édification.

Portel pendant le Carême. Du Portel à Long jusqu'au milieu de la semaine avant le dimanche des Rameaux. De là à Citerne pour l'érection d'un chemin de croix, puis à Gueschart, à Marconne, à Tœufles, à Tours (Somme). Ensuite à Tours (Indre-et- Loire) et à Conflans pour la retraite des élèves du Sacré-Cœur. A Amiens, retraite des sœurs de la Sainte-Famille; k Amiens et à Beauvais, celles des religieuses du Sacré-Cœur; à Saint- Quentin, celle des religieuses de la Croix; à Saint- Ricquier, celle du petit séminaire; à Noyon, celle aussi da petit séminaire; mission à Étaples.

1840. Retraite du pensionnat du Sacré-Cœur à Amiens ; mission à Bernieullcs; plantation de croix à Étaples; missions à Berk, à Barly et Fosseux; plantation de croix à Bernieulles ; mission à Henu ; retraites aux Ursulines de Boulogne, au pensionnat des Ursulines, et à celui de M. Haffreingue; missions à Thory, à Beaucamp-le-Vieil ; à Amiens, retraites de la Sainte- Famille et des Ursulines; missions à Parenty, à Hucqueliers, à Thiembronne. — Dès cette année, le P. Sellier se croyait au terme de sa vie apostolique. «Dans quelques jours, écrit-il (Retraite de 1840), je pars pour reprendre le cours de mes missions dans le diocèse d'Arras. Selon toute apparence, cette année sera la dernière. Mes forces s'en vont; mes organes s'usent , l'ouïe se perd : Fiat voluntas Dei in me , per me, super me. Amen (1). » Le bon Père continua cependant encore pendant huit ans ce laborieux ministère.

1841. Missions à Ambleteuse (célèbre par son ancien port, et qui, sous le premier empire, a joué un rôle lors du campement de la Grande-Armée dans ces parages), à Selles et Brunembert, àDesvres; retraite au collège de Montreuil-sur-Mer ; exercices pour la confirmation à Desvres ; plantations de croix à Ambleteuse, à Parenty, à Desvres, à Saint-Quentin. A Amiens, re-

(1) Que la volouté de Dieu se fasse, en moi, par moi, sur moi. Ainsi soit-il.

Nous commencerons par la retraite donnée dans le mois de décembre 1836 aux élèves de l'institution du vertueux abbé HatTreingue à Boulogne-sur-Mer. Une particularité digne de remarque, c*est que la piété et

traite pastorale; plantation de croix à Long. Retraites de la maison de détention de Glermont-Oise ; de la Sainte-Famille, à Amiens; des religieuses de la Croix, cà Saint-Quentin ; des religieuses du Sacré-Cœur, à Amiens; des Ursulines, à Valenciennes; mission de Wimille et d'Audinghem.

1842. Retraites du collège de Mouscron en Belgique; du pensionnat du Sacré-Cœur à Lille; missions à Rety, à Coulomby, à Vieille -Église , à Fressin; plantation de croix à Coulomby; érection de chemin de croix à Audinghem; plantation de croix à Wimille, à Bonningues-les-Ardres ; première communion à Fiennes; petite mission à Long; érection de Chemin de Croix à Noyon; retraite pastorale à Amiens ; retraites au Bon-Pasteur et à la Sainte-Famille d'Amiens; retraites aux Frères des Écoles chrétiennes de Saint-Omer, au grand et petit séminaire d'Arras, aux religieuses de la Croix à Saint-Quentin, aux professeurs du collège de Dohem; missions à Ergny et à Acquin; retraites au collège et à Thôtel-Dieu de Montreuil-sur-Mer.

1843. Missions à Wissant, à Saint-Folqiiin et au Transloy; plantation de croix à Saint -Folquin; retraite et bénédiction d'une chapelle à Quelmes; plantation de croix à Acquin; retraite et première communion à l'hôpital de Calais; plantation de croix à Wissant; prédications diverses à Wimille, à Bernaville, à Abbeville; confessions dans les retraites du Bon-Pasteur, de la Sainte- Famille d'Amiens, et des religieuses de la Croix de Saint-Quentin; retraite des professeurs du petit séminaire de Saint-Ricquier; missions cà Dohem, à Frencq et à Cormont.

A la fin du mois de juin de cette année , le bruit de la mort du saint homme se répandit dans le diocèse d'Arras, et parvint même jusqu'à Abbeville. En divers lieux on sonna son trépas, et on chanta des services pour le repos de son àme. «Puissent, s'écrie- t-il en se rendant compte de ces circonstances, puissent ces prières prématurées servir à ma conversion! N'est-ce pas une voix de plus qui me crie : Prépare- toi, il en est temps? 0 Marie ! espoir des mourants, aidez -moi puissamment dans cette re-

la ferveur, qui furent le fruit de la retraite, se soutinrent pendant toute Tannée, que les sacrements

traite à me mettre en l'état où vous désirez que je sois pour paraître avec confiance devant le souverain Juge, qui est votre Fils. Ainsi soit-il (1). »

1844. Retraite aux élèves du collège de Dohem; missions à Louches, à Bourthes; Carême à Bapaume. De nouveau à Bapaume au mois d'avril ; retraites aux religieuses hospitalières de Moiitreuil-sur-Mer, aux élèves des Ursulines de Saint-Omer à celles d'Amiens; aux Frères Maristes de Saint-Pol; aux Frères et des Écoles chrétiennes de Saint-Omer; aux religieuses Glarissesdu Haut-Pont et aux Ursuliaes de Saint-Omer; missions à Gremarest et à Audrehem.

1845. Missions àMametz, à Âchicourt, à Zutkerque; retraite aux pensionnaires des Ursulines d'Aire; retour de mission à Mametz; retraite à Maricourt à l'occasion de la fête du Saint- Scapulaire, laquelle se célèbre solennellement dans cette paroisse; Plantation de croix cà Crémarest; missions à Licques et à Ecques.

1846. Missions àFléchin, à Offekerques, à Golembert; érection de chemins de croix à Licques et à Saint-Folquin ; ouverture du mois de Marie chez les Ursulines d'Aire ; érection de chemins de croix à Ecques et à Fléchin ; plantation de croix dans le cimetière de Boncourt; première communion à Fiennes; érection du chemin de la croix à Offekerques; missions à Nédonchel et à Verchocq»

1847. Missions àBailleul-aux-Gornailles, à Œuf, à Blangermont , à Nuncq ; retraites à l'hôpital et au petit hôpital de Montreuil-sur-Mer ; retour de mission et plantation de croix à Nédonchel et à Verchocq ; missions à Érin , célèbre par le séjour qu'y a fait le vénérable serviteur de Dieu Benoît-Joseph Labre; à Béalencourt, Maisoncelle, et à Fiennes.

, 1848. Missions à Blangy, à Pénin, à Gaucourt, à Fiers, à Neuvireuil.

1849. Missions à Rhieux, à Gouchy. De cette dernière paroisse le P. Sellier écrit que, la mission terminée, il compte

(1) Retraite de 1843.

continuèrent à être fréquentés, de telle sorte que, le dernier dimanche de l'année scolaire, on vit jusqu'à cent cinquante élèves approcher de la sainte table : résultat qu'on n'avait jamais obtenu jusqu'alors.

Le serviteur de Dieu était depuis longtemps attendu à Hangest-sur-Somme , sa patrie, où le pasteur et son troupeau désiraient vivement la grâce d'une mission. Il s'y rendit au mois de mars 1857. L'opinion qu'on avait de sa vertu, son zèle pour le salut des âmes, le bonheur que tous se promettaient d'entendre une voix connue et aimée, avaient favorablement disposé les esprits. Aussi dès le premier sermon il enleva l'admiration et gagna le cœur de tous ses auditeurs. La suite répondit à ces heureux commencements, et le succès dépassa toutes les espérances. A peine le missionnaire et son compagnon avaient-ils séjourné trois semaines au milieu de ce peuple, que le pays changea de face. Les mœurs furent renouvelées. Dix à douze hommes au plus, sur une population de douze cents habitants, refusèrent obstinément de se réconcilier avec Dieu et de s'approcher des sacrements. C'est ainsi que le bon Père eut la consolation de devenir encore une fois prophète dans sa patrie.

retourner à Saint-Acheul probablement pour n'en plus sortir, les fonctions du saint ministère lui devenant toujours plus difficiles, à raison de sa surdité. Nous le voyons cependant encore donner une retraite au mois de novembre 1849 à Torphelinat agricole de Merle (diocèse de Beauvais), fondé par M. Bazin. La dernière mission prècliée par le saint homme et dont nous retrouvions des traces, est celle de Saint- Germain de Pont- Audemer (Eure) pendant le carême de 1851.

Parmi les œuvres accomplies vers le même temps le P. Sellier, nous devons signaler la réforme d'une maison d'éducation pour les jeunes personnes établie à Saint- Quentin, et qui tombait en décadence. Après s'être fait autoriser par les évêques, dont le concours était nécessaire, le P. Sellier, de concert avec le P. Dutems (I), son confrère, avait appelé quelques religieuses d'une congrégation dite de la Croix, qui étaient avantageusement connues dans le midi de la France par leurs succès dans l'éducation de la jeunesse. Elles consentirent à se charger de la direction de cette maison , qui dès lors n'a cessé de prospérer.

La retraite donnée en 1857 aux orphelines de la Providence d'Elbœuf mérite une mention spéciale, à raison des bénédictions extraordinaires que Dieu se plut à y répandre. La maison était nombreuse et réclamait les plus urgentes réformes. L'irrégularité dans la conduite, l'oubli des convenances les plus ordinaires étaient à l'ordre du jour. Un front fier et allier, des regards hautains et dédaigneux ne manifestaient que trop l'orgueil de l'esprit et les dérèglements du cœur. On conservait si peu d'espoir de voir s'améliorer un pareil état de choses, que les religieuses appelées afin de rétablir l'ordre dans celte maison , se disposaient à abandonner l'œuvre commencée. Mais là où le mal avait abondé,

(1) Éloi Dutems, né le 1" décembre 1786, entré dans la Compagnie de Jésus le 16 septembre 1814, et mort à Saint- Acheul le 28 mars 1830.

là aussi la grâce et la miséricorde surabondèrent. Après avoir été longtemps attendu en vain, le P. Sellier arriva enfin à l'improviste, et lorsqu'on ne l'espérait plus. Le même jour, et sans que les élèves en fussent informées, il commença les exercices. Il le fît avec cette force et cette onction que Dieu met sur les lèvres de ses serviteurs. Les esprits furent frappés en entendant un langage qui leur était comme inconnu. L'élonnement fit place à la crainte des jugements de Dieu. Bientôt on vit les yeux se baisser vers la terre, les têtes se courber peu à peu, et les larmes commencer à couler. La grâce avait triomphé de ces cœurs rebelles. Le résultat de la retraite fut tel, qu'il n'y eut aucune des retraitantes qui ne voulût faire une confession générale; et presque toutes, de leur propre mouvement, demandèrent publiquement au réfectoire pardon des fautes qu'elles avaient commises et des scandales dont elles s'étaient rendues coupables. Ces fruits de bénédiction se sont soutenus; et l'année suivante, le P. Sellier retourna dans la maison pour affermir le bien opéré par la retraite.

Pendant le mois de mai 1858, notre infatigable misssionnaire donna des instructions tour à tour dans quatre villages différents que nous nous abstiendrons de nommer. Dans le premier, la Providence, en même temps qu'elle fit éclater ses miséricordes, voulut, par un coup signalé de sa justice, frapper d'une salutaire terreur les pécheurs impénitents. En effet le P. Sellier, parlant un jour de la mort, de ses incertitudes,

de ses terreurs, ajouta entre autres choses et comme en hésitant, mais d'un ton de voix grave et solennel: « Quant aux pécheurs qui diffèrent leur conversion au moment de la mort, que leur arrivera-t-il? Je n'en sais rien; mais ce que je sais, ce qu'une expérience souvent répétée en plus d'un endroit m*a appris, c'est que s'ils résistent à la grâce que Dieu leur offre en ce moment, la mort ne tardera pas à frapper subitement quelqu'un d'entre eux et à jeter les autres dans l'épouvante: et plaise à Dieu que ce soit pour leur conversion!» Or, le jour même du départ du Père, un blasphémateur, homme perdu de mœurs, et qui n'était venu au sermon que pour le tourner en dérision, conçut et exécuta un affreux projet qui ne pouvait être inspiré que par l'enfer. Il remit un ilacon à une malheureuse avec laquelle il entretenait des relations criminelles: « Voici, lui dit-il, un breuvage qui te donnera des forces pour travailler et que tu prendras demain de grand matin. C'est du vin distillé. » Il se garda bien d'ajouter qu'il l'avait largement saturé d'acide nitrique. La jeune fille reçoit la potion sans rien soupçonner. Cependant, par un sentiment louable, elle croit devoir destiner ce breuvage à son père. Celui-ci étant allé aux champs plus tôt que de coutume, ce fut la mère qui déboucha le vase où était renfermée la liqueur, pour la boire en compagnie de sa fille. A peine l'a-t-elle portée à ses lèvres qu'elle se sent le palais en feu, et les gencives brûlées. Heureusement qu'elle n'avala pas le poison . tout son mal se borna à quelques douleurs dans la

bouche, et il en fut de même de la fille, qui reçut ainsi la récompense de sa piété filiale. Pendant ce temps-là que devenait l'infâme auteur de cet affreux guet-apens? Persuadé que son funeste projet était réalisé, il courait seul dans les champs et les bois, hurlant comme une bête féroce, violemment agité par les remords de sa conscience , et par la crainte des châtiments qui ne pouvaient manquer de Tatteindre. Enfin , ne pouvant plus supporter le tourment qu'il ressentait intérieurement, et ne prenant conseil que de son désespoir, il se donna la mort à lui-même en vomissant mille blasphèmes. Cette mort effrayante produisit une impression non moins vive que les instructions du Père. Le dimanche suivant le curé profita de la terreur dont les esprits étaient frappés. Il prit pour texte de son instruction ces paroles de la sainte Écriture : Nolite errare : Deus non irridetur : Ne vous y trompez pas : on ne se joue pas de Dieu. (Gai. VI, 7. ) Il rappela en même temps les paroles et les menaces du missionnaire. Tous les assistants, et en particulier les parents du misérable suicidé, en furent émus jusqu'aux larmes, et tremblèrent à la vue du terme fatal où aboutissent l'impiété et la dépravation.

Au mois de novembre 1858, le P. Sellier fit un voyage à Notre-Dame de Liesse pour remplir une mission qui lui avait été confiée. Sa dévotion à Marie lui suggéra l'heureuse pensée de profiter de son séjour à Liesse pour faire sa retraite annuelle sous la protection et comme sous l'aile maternelle de la

Vierge immaculée. Écoutons -le nous rendre compte des dis}30sitions et des sentiments que lui inspira la vue du sanctuaire vénérable consacré à la Mère de Dieu.

« C'est par un etfet tout particulier de la divine Providence que je me trouve en ce moment à Liesse, lieu chéri de l'auguste Mère de Dieu, lieu de bénédictions, où celle Reine du ciel a si souvent signalé son pouvoir et sa tendre charité envers les malheureux...

« Sans doute, tous les endroits de la terre sont favorables à quiconque cherche Dieu dans la simplicité de son cœur; partout le Seigneur écoute nos prières, partout aussi sa divine Mère se montre mère de miséricorde, partout elle est le refuge des pécheurs, la consolation des affligés. Il est cependant des lieux qu'elle semble affectionner davantage, des lieux où elle se montre plus propice; et on ne peut douter que la chapelle de Liesse ne soit de ce nombre. Je dois donc regarder comme une faveur insigne la grâce qui m'est accordée cette année. Le bon Maître s'est servi d'un petit incident pour m'amener ici. Sans doute, ô divin Sauveur, vous avez eu vos desseins en cela; vous avez voulu me conduire aux pieds de la statue si révérée de votre Mère, afin que je puisse obtenir d'elle un plus puissant secours. Cette retraite sera peut-être la dernière de ma vie: que je serais heureux si, favorisé d'un secours plus puissant, je la faisais de manière à réparer le vice et l'inutilité de tant d'autres retraites et à faire mes provisions pour

Péternité! car voilà les deux fins que je dois me proposer,

« Le premier sentiment qui doit m'animer, c'est la reconnaissance : A Domino et Maria factum est istud (i). Quand je repasse ma misérable vie, de combien de traits où plutôt de miracles de la bonté divine, ne la trouvé -je pas marquée? Or, ces prodiges de charité, de prédilection exercés envers moi, c'est-à-dire envers la plus indigne des créatures, à qui en ai-je l'obligation? A vous, ô tendre Marie... Que ma main se dessèche avant de cesser d'écrire, de tracer ces sentiments! que ma langue s'attache à mon palais avant de cesser de les publier ! C'est à vous que je dois d'être échappé à l'enfer dès mon bas âge; à vous que je dois ma vocation au sacerdoce, ma vocation à la Société de Jésus. Aujourd'hui vous voulez me donner une nouvelle preuve de celte affection si tendre, si continue, en m'appelant dans un lieu où tant de faveurs célestes ont été accordées en votre nom, et que vous aimez au point de dire : Elegi et sanctifi-^ cavi locum istum , ut sit nomen meum ihi in sempiternum,et permaneant oculi mei et cor meum ibi cunctis diebus (2). Daignez donc ô pitty ô dulcis Virgo (5) , daignez bénir cette solitude dans laquelle

(1) c'est l'œuvre du Seigneur et de Marie.

(2) J'ai choisi ce lieu et je l'ai sanctifié, afin que mon nom y soit à jamais, et que mes yeuN et mon cœur y soient toujours attachés (.II Parai, vu, 16).

(3) 0 bonne, ô douce Vierge!

je vais entrer : faites que je la passe comme une préparation à la mort. Puis-je la mettre sous une autre protection que la vôtre? Jamais je ne fais de retraite sans vous la consacrer; mais pour celle-ci, elle vous appartient d'avance; je vous la dédie, je la consacre à votre cœur immaculé et percé de douleur. J'invoque aussi saint Joseph, votre chaste et digne époux; saint Martin, saint Stanislas Kostka, saint Louis, mon glorieux patron; saint Ignace, dont je suis l'indigne fils; saint François Régis, saint François Xavier, sainte Térèse, sainte Philomène et mon saint ange gardien. »

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