CHAPITRE XXXIV
Dévotion du P. Sellier envers la passion de Notre -Seigneur, le sacré Cœur de Jésus, le très -saint Sacrement, la sainte Vierge et les saints.
L'amour dont brûlait pour Dieu le cœur du P. Sellier était la source d'où découlaient les sentiments d'une piété vive et toujours également soutenue, d'abord envers la passion de Notre -Seigneur Jésus- Christ. Tous les vendredis et samedis, à moins que ses occupations ne le lui permissent pas, il faisait en méditant longuement l'exercice du chemin de la croix. A Monldidier, il y associait les élè\es de bonne volonté dans la chapelle du collège, à la récréation du goûter, et l'on y affluait, attiré par l'onction de ses paroles. Il avait introduit cet usage au petit séminaire de Saint-Acheul, où les élèves qui le désiraient étaient autorisés à se livrer à cette sainte pratique les mêmes jours et à la même heure.
Le P. Sellier ne séparait pas de la dévotion aux
soaffrances du Sauveur la dévotion envers son adorable Cœur. Nous avons vu dans le cours de la vie du saint homme ses eiforts constants pour propager la connaissance et l'amour de ce divin Cœur partout où il avait été appelé à exercer le saint ministère. C'était du reste une de ses maximes que, dans les vues de la divine Providence, cette dévotion renfermait le remède propre aux maladies morales que le jansénisme et l'esprit janséniste avaient répandues dans la société. Il disait un jour à un de ses confrères, mais avec cet accent de conviction qui n'appartenait qu'à lui : « Attachez-vous à la dévotion au sacré Cœur : tout est là pour nous. Remerciez bien le bon Dieu, s'il vous donne cet attrait, et conservez -le précieusement. »
« Oh! que c'est bien avec raison, s'écriait-il en 1825, la veille même de la fête de cet adorable Cœur, que c'est bien avec raison que l'Apôtre appelle cette science (la connaissance et l'amour de Notre Seigneur) la science des sciences, la science suréminente. Ah! quand donc la posséderai -je? Que j'en suis encore loin ! Parfois la bonté divine daigne me laisser entrevoir comme par une fente quelque chose de ce sanctuaire, je veux dire de l'intérieur de Jésus. Le peu que j'en vois passe comme un éclair; mais cela suffit pour m'arracher ce cri : Oh! que de merveilles, ô mon Dieu! Quel chef-d'œuvre de votre sagesse et de votre miséricorde! Divin Cœur de Jésus, qui peut vous comprendre? Vous êtes le trésor du ciel; vous êtes aussi le nôtre. C'est demain la solen-
nité de ce divin Cœur ; que je serais heureux si je pouvais puiser quelques gouUes de ferveur à cette source, à cet océan de tous les dons parfaits ! »
Dans sa retraite de 4817, après avoir consacré le premier vendredi de septembre au sacré Cœur de Jésus et au Cœur immaculé de Marie, il ajoute : «Que tous les saints et saintes du ciel et de la terre , en particulier sainte Térèse, sainte Marie-Madeleine, saint Jean l'Évangéliste, saint Longin et le bon larron leur rendent mille et mille actions de grâces. Je leur offre toutes les prières ; les communions, les amendes honorables, les bonnes œuvres qui auront lieu aujourd'hui dans tout l'univers catholique, aujourd'hui et à l'avenir jusqu'à la consommation des siècles. Puisse le nombre des dévots au sacré Cœur augmenter chaque jour! Puisse cette dévotion devenir universelle, s'étendre dans toutes les villes, dans tous les hameaux, non-seulement de la France, mais de l'Europe , mais de tout l'univers ! »
C'est surtout au pied des autels et en présence du très-saint Sacrement que se manifestait son amour pour Notre -Seigneur. Il suffisait de le voir à l'église pour être excité au respect et à la dévotion. Sa figure, son attitude témoignaient qu'il se sentait en la présence de Dieu. « Souvent, écrit un des témoins de ses dernières années, je l'ai trouvé à genoux au pied de l'autel, sans aucun appui, se tenant ferme comme aurait pu le faire un homme dans la force de l'âge. Il était tout absorbé en Dieu , et ne semblait pas s'apercevoir qu'on passât près de lui. On eût dit que, selon
le mot de l'Apôtre, il voyait des yeux du corps le Dieu invisible (1).
Un jour, un homme de qualité d'Amiens accompagna à Saint-Acheul sa femme, qui désirait se confesser au P. Sellier. Le mari était nonchalamment assis lorsque le Père arriva. La foi profonde avec laquelle il adora le saint Sacrement avant et après la confession impressionna si vivement cet homme, que dès le lendemain il vint lui-même prier le Père de le réconcilier avec Dieu.
Un novice de Saint-Acheul qui désirait avoir une grande dévotion au très-saint Sacrement, demanda à ce saint vieillard ce qu'il fallait faire pour l'obtenir. Jl ne lui indiqua qu'un de ces moyens substantiels dont les hommes de Dieu pénètrent seuls l'immense portée, et dont sans doute il avait éprouvé lui-même l'efficacité : Mon cher frère, croyez, et vous aurez beaucoup de dévotion au saint Sacrement. 11 ne lui dit pas autre chose.
Celte foi, ce respect envers l'auguste Sacrement de nos autels se manifestaient surtout dans la célébration des saints mystères. Voici comment il expriiuait luimême la haute idée qu'il avait conçue de cette action sublime. « La sainte messe! Il n'y a rien, il n'est pas même possible de rien concevoir de supérieur ni de comparable au saint sacrifice : Fide nec attingi potest. Je ne dois craindre qu'une seule chose, c'est de n'avoir pas assez de foi pour ce redoutable mystère, qui est
(l) Invisibilem tanquam videm suslinuit . (Heb., xi,27.)
en effet le complément et l'abrégé des merveilles de Dieu... Comment se fait-il que Dieu m'ait choisi pour me faire ministre de ce divin mystère? Je ne devrais être occupé 1° qu'à ranimer ma foi, afin d'en mieux comprendre l'excellence; S** qu'à me purifier, afin de l'offrir plus dignement; et je dois faire ces deux choses autant par reconnaissance pour ma vocation , ayant été et étant encore un si grand pécheur, que pour l'honneur de Dieu, qui est d'autant plus glorifié par ce sacrifice, qu'il est offert avec de plus saintes dispositions. Je demanderai souvent une augmentation de foi à cette intention, o
Le P. Sellier trace ensuite quelques règles que, malgré leur étendue, nous croyons devoir reproduire pour l'utilité et l'instruction des âmes pieuses.
« l'* Faire toutes mes actions, surtout l'oraison et la récitation du bréviaire, le mieux possible, comme préparation habituelle.
« ^° Partager ma journée en deux, comme saint François de Borgia : le matin jusqu'à midi, pour rendre grâces à Dieu, et à chaque heure produire des actes d'amour, de louanges, d'adoration, etc., en union avec ceux de la très -sainte Vierge, des anges et des bienheureux du ciel. Depuis le dîner jusqu'à l'oraison du lendemain, pour me préparer à célébrer. Avant la sainte messe, pour préparation prochaine :
u I. Me rappeler les quatre fins du sacrifice : 1° rendre à la Majesté divine le culte suprême ; 2° reconnaître tous les bienfaits dont elle nous comble, et
moi en particulier; 5° obtenir pardon et miséricorde; 4° recevoir tous les secours spirituels et temporels tant pour les vivants que pour les morts.
« II. Invoquer les trois adorables personnes de la sainte Trinité, et demander à chacune d'elles une grâce particulière : au Père, la foi qu'il a inspirée aux patriarches; au Fils, la pureté qu'il a trouvée en sa sainte Mère et la contrition de mes péchés; au Saint-Esprit, la charité dont il a embrasé les apôtres et les martyrs.
« III. M'adresser ensuite, r à la sainte Vierge, et lui demander qu'elle me fasse part des dispositions où elle était quand elle a conçu et enfanté le Verbe divin ; 2° aux neuf chœurs dès anges, pour obtenir les sentiments de respect et d'amour dont ils sont pénétrés envers l'auguste Sacrement de nos autels; 5° aux apôtres et à tous les saints prêtres qui sont au ciel, et leur demander la grâce de célébrer les redoutables mystères comme ils l'ont fait étant sur la terre.
a IV. Je m'adresserai en particulier à mon bon ange et à l'ange gardien de l'autel sur lequel je dois célébrer, pour les prier de s'unir ensemble afin d'écarter les malins esprits et de porter ce sacrifice au trône de l'Eternel. J'offrirai, en dédommagement de mon indignité et de mes mauvaises dispositions, toutes les messes, toutes les communions et toutes les bonnes œuvres qui ont eu lieu et qui auront lieu jusqu'à la fin des siècles. Je désavouerai et je détesterai d'avance toutes les distractions, tous les manquements qui pourraient m'arriver durant la célébra-
tion des saints mystères; et mon intention est de les convertir en autant d'actes d'amour aussi parfaits que ceux qu'a produits la très-sainte Vierge étant au pied de la croix.
« Comme tout ceci est un peu long, je fais cette convention avec la très-sainte Vierge, que, pourvu que je renouvelle explicitement toutes ces intentions une fois par mois, je serai censé les avoir répétées chaque jour par la récitation du Memorare ou du Suh tuum.
« Outre les intentions particulières que j'ai chaque jour en offrant îe saint sacrilice, j'aurai encore les intentions suivantes pour chaque jour de la semaine :
« Dimanche, en l'honneur de la sainte Trinité, invoquer les saints apôtres pour l'Église;
a Lundi, en l'honneur du Saint-Esprit, invoquer saint Ignace pour les défunts;
« Mardi, en l'honneur de l'Incarnation, invoquer sainte Anne pour la Société;
« Mercredi, en l'honneur de la Sainte-Enfance, invoquer saint Joseph pour les novices;
« Jeudi, en l'honneur du saint Sacrement, invoquer sainte Térèse pour mes parents;
« Vendredi, en l'honneur du sacré Cœur de Jésus, invoquer sainte Marie- Madeleine pour mes pénitents ;
«Samedi, en l'honneur du très-saint Cœur de Marie, invoquer le bienheureux Alphonse et mes saints patrons pour la maison.
«Comme la plus belle préparation est une sainte vie, je m'appliquerai à puriiier sans cesse mon cœur par une grande fidélité à la grâce, par un sincère détachement de toutes choses, et par le fréquent usage du sacrement de pénitence. Dans le commencement de ma prêtrise, j'allais à confesse tous les jours; à Saint-Acheul, deux fois par semaine; ici, moins souvent. Je ferai en sorte, en quelque endroit que je sois et autant que je pourrai, de reprendre l'ancienne habitude de me confesser au moins deux fois par semaine.
« Je relirai au moins une fois chaque année Lanciniis ou le cardinal Bona, De Sacriflcio Missœ , afin de me renouveler dans les saintes pratiques qu'ils indiquent. »
Ces sentiments du saint prêtre se reflétaient dans sa conduite à l'autel. Il semblait que pendant la célébration des saints mystères il jouissait de la présence sensible de Jésus-Christ dans TEucharistie, tant le feu divin dont son cœur était embrasé rejaillissait sur son visage et se communiquait aux assistants. Au collège de Montdidier, nous a écrit un des élèves de celte maison, le P. Pierre Cotel , on se disputait le bonheur de le servir à l'autel, pour être témoin du charmant spectacle qu'il donnait alors sans le savoir. Car jusque dans ses mouvements extérieurs on remarquait une ardeur toute céleste : il ne semblait plus maître de lui-même; il souriait, il pleurait, il poussait de tendres soupirs, et quelquefois les larmes qui coulaient silen-
cieusement de ses yeux étaient si abondantes, que les linges de l'autel en étaient tout mouillés. »
« J'ai ambitionné le bonheur de lui servir la messe, nous écrivait le 11 juillet 1854 un de ses confrères, prêtre (1); je l'ai obtenu un jour. Il y aura bientôt quinze ans, et l'impression que m'a faite sa foi ne s'est pas encore effacée. »
Mais en aucun moment du saint sacrifice il ne paraissait plus embrasé que lorsqu'il tenait entre ses mains l'adorable hostie, ou qu'il prononçait ces paroles du Canon ; Cum ipso, et per ipsum et in ipso , etc. On l'entendait alors soupirer avec ardeur, et il ajoutait : Oui , mon Dieu , pour votre plus grande gloire !
Aussi ne pas célébrer était pour lui la plus sensible des privations; et il ne pouvait s'y décider, quoi qu'il dût lui en coûter. On l'a vu pris par la fièvre à la suite d'une laborieuse mission, après s'être couché sans prendre de nourriture, partir malade le lendemain à deux heures du matin, parcourir une distance de dix-sept lieues , dont sept sur un mauvais cheval , et attendre ainsi jusqu'après midi pour pouvoir monter au saint autel : Après la messe , dit-il, je me trouvai remis de toute fatigue , quoique j'eusse fait ces dix-sept lieues à jeun depuis près de vingt quatre heures , et que la fièvre m'eut affaibli.
Dans une autre circonstance^ il avait fait un voyage de quatre-vingts lieues en quarante heures environ, et
(1) Le P. Victor Hassenforder.
passé deux nuits en voiture. N'ayant pu dire la messe le second jour, parce que la diligence ne s'arrêtait pas assez longtemps, il demeura à jeun le jour suivant jusqu'à une heure après midi, pour pouvoir se procurer cette consolation.
Après Jésus-Christ Notre-Seigneur, le premier objet de la dévotion du P. Sellier était sans contredit l'immaculée mère de Dieu. On ne peut exprimer l'affection qu'il portait à cette Reine du ciel. Il ne tarissait pas, quand la conversation tombait sur les louanges de Marie. Dans ses journaux de retraite , on ne trouve pas une des méditations où il ne s'exhale en effusions de tendresse, de piété, de confiance. Le nom de cette bonne mère se présente à chaque instant sous sa plume; et c'est toujours avec de nouvelles expressions pour rendre la vivacité de son amour : « 0 Marie! vous que j'appelle cent et mille fois ma mère, et qui l'êtes plus que je ne puis l'exprimer ni même le penser,... bénissez -moi, bénissez cette retraite, mais d'une bénédiction que rien ne puisse effacer ni altérer : Gr atlas Deo et Mariœ et omnibus sanctis. Amen (1). »
« 0 Marie! écrit- il ailleurs, vous le refuge des pécheurs, vous la ressource des affligés, jetez sur votre pauvre et indigne esclave un regard de pitié. Convertissez-moi cette fois. Je vous ai coûté bien des ennuis ; cela ne durera plus longtemps : Doce me or are (2). Je vous demande cette grâce non pour moij
(1) Retraite de 1835.
(2) Enseignez-moi à prier.
mais pour la gloire de votre cher Fils et la vôtre (1).
Il aimait à rapporter à la protection de Marie le bienfait de sa vocation à la vie religieuse : « Je me suis demandé à moi-même, écrit-il le 26 août 18:25, qui m*avait obtenu celte faveur incomparable. La réponse n'a pas été très-difficile. C'est à la très-sainte Vierge que je suis redevable de tout. Je puis dire qu'elle a fait pour moi plus que pour saint Stanislas et pour saint Louis de Gonzague. Ils étaient des anges, et moi j'étais un démon. Puis-je oublier jamais que c'est à cette tendre mère que je dois cette guérison miraculeuse qui m'a sauvé de l'enfer à l'âge de dix à onze ans? Depuis cette époque, on dirait que Marie m'a adopté pour son enfant, et que, malgré mes déloyautés, elle a voulu à toute force m'avoir au service de son divin Fils. J'ai eu beau m'engager dans les voies tortueuses de l'iniquité, Marie m'en a arraché; cent fois j'ai failli me perdre corps et âme, Marie a été mon salut. »
Quand le P. Sellier examinait les candidats qui se présentaient pour entrer dans la Compagnie, il leur demandait surtout s'ils avaient de la dévotion à la sainte Vierge, si c'était d'elle qu'ils croyaient tenir leur vocation, ne regardant pas comme une vraie vocation celle où la sainte Vierge n'intervenait pas.
Dans les dernières années de sa vie, il a été surpris plusieurs fois prosterné devant une statue de Marie, exposée aux environs de sa chambre. Il commençait
(1) Retraite de 1842.
alors par s'assurer, autant que possible, qu'il était seul, prêtant l'oreille, et regardant autour de lui, quoiqu'il eût perdu presque entièrement la Yue, Puis s'agenouillant, ou plutôt se prosternant, il baisait respectueusement, et la tête découverte, la partie du plancher la plus voisine des pieds de la sainte Vierge, et il se relevait promptement dans la crainte d'être aperçu.
A l'exemple de tous les vrais serviteurs de Marie , le P. Sellier affectionnait tout particulièrement la pratique du chapelet, et s'en acquittait avec la plus touchante piété. Les novices de Saint-Acheul appelés auprès du saint homme pour lui faire quelques lectures, ou pour l'aider dans son travail ou dans sa correspondance, se disputaient la faveur de le réciter avec lui, et avaient recours à mille petites ruses pour se supplanter les uns les autres auprès du vénérable Père, qui, de son côté, était heureux de leur procurer cette satisfaction. « Souvent, dit l'un d'eux, en récitant mon chapelet avec lui, je me trouvais rempli d'une dévotion extraordinaire ; surtout quand je le voyais incapahle d'articuler les mots par suite de la violence de ses émotions. »
On se rappelle encore une exhortation sur la sainte Vierge qu'il adressa à la communauté de Saint-Acheul la veilîe de l'Assomption 1852 : « C'est, dit un de ses auditeurs, la plus touchante que j'aie jamais entendue. Le Père était inspiré : à certains moments ses paroles, on le sentait, partaient d'un cœur transporté et hors de lui. Il fut même forcé de s'interrompre
un instant pour respirer. La pensée mère de cette conférence était celle-ci : Il n'y a point de pays qui ait été autant que la France l'objet de la prédilection de 3Iarie. Passant en revue tous les royaumes qui avaient, ce semble, plus de droits à la tendresse de la sainte Vierge, l'Italie, et l'Irlande, il montrait que cependant ces contrées avaient été moins aimées. Il rappelait ensuite tous les crimes, toutes les profanations, tous les sacrilèges, toutes les horreurs de la révolution, et ft\isait voir que la France s'était rendue plus criminelle que toutes les nations de l'univers, qu'elle en avait plus fait pour être privée du bienfait de la foi que tant d'autres à qui ce bien avait été ravi, et qui ne l'avaient pas retrouvé. « Pourquoi donc, ajoutait-il, la France, par une protection spéciale et tout exceptionnelle, a-t-elle été préservée de cet affreux malheur? — Pourquoi? Ah! c'est que Marie aime la France. Le peuple français est le peuple choisi, privilégié de Marie. — Mais enfin pourquoi l'aime-t- elle de préférence? — Parce qu'elle le veut. — Mais il ne le mérite pas. — N'importe : elle lèvent; ne m'en demandez pas davantage. » C'est à ce moment surtout qu'éclatèrent les transports d'amour du pieux enfant de Marie.
Dans les objets de sa dévotion, le P. Sellier n'avait garde d'oublier les saints. Parmi ceux dont il aimait à réclamer l'assistance, nous trouvons fréquemment les noms des saints apôtres Pierre et Paul, de saint Joseph, des saints de la Compagnie de Jésus, de saint Louis, roi de France, un de ses patrons, de saint
Firmin, premier évéque et patron du diocèse d'Amiens; de sainte Pulchérie, dont Dieu s'est servi pour glorifier le mystère de l'Incarnation; du bon larron, de sainte Térèse et de sainte Madeleine, à cause de leur amour tendre pour Notre-Seigneur Jésus-Christ. Nous trouvons notamment dans sa retraite de 1808 un élan de dévotion remarquable envers sainte Térèse : «0 Térèse! ô sainte Térèse! s'écrie-t-il, vous savez combien la conquête de votre cœur a coûté au bon Jésus! Puisqu'il veut avoir le mien, eh bien! qu'il l'ait. De mon côté, je le lui donne de toute l'étendue de mes puissances et de ma liberté. Dites-lui donc que maintenant c'est son bien ; que c'est à lui de le garder. »
Chacune de ses retraites, nous en avons déjà fait la remarque, commence toujours par une invocation affectueuse à certains saints dont il réclame la protection pour tout le temj s de ses exercices; et tous les jours avant le résumé de sa première méditation, on lit une nouvelle invocation adressée à quelques-uns de ces bienheureux amis de Dieu.
Deux de ces invocations placées, l'une en tète de sa retraite de 4824, l'autre qui commence celle de 1842, feront connaître l'objet qu'il se proposait, et l'esprit dans lequel elles étaient conçues :
« Je consacre cette retraite à ma bonne mère, l'immaculée Vierge Marie ; à saint Joseph, son digne époux; à saint Louis, le plus cher de mes patrons; à saint Ignace, le père et le patriarche de la Société à laquelle j'ai le bonheur d'appartenir malgré mes
fautes et mon indignité qui va toujours croissant; à sainte Térèse , en qui j'ai toujours eu une confiance spéciale; à mon bon ange, à qui j'ai tant d'obligations: et je les conjure tous pir les entrailles de Notre- Seigneur Jésus -Christ de s'intéresser au salut de mon âme : car sans un secours tout-puissant du Ciel, il me semble que je suis perdu. J'aurais beau faire pour peindre l'état de langueur où je suis tombé, il me serait impossible de l'exprimer. »
« A la très-sainte et très-auguste Trinité, — sous la protection de l'immaculée Vierge Marie, Fille trèschérie du Père, Mère sans tache du Verbe incarné, Épouse élernellement bénie du Saint-Esprit; des bienheureux apôtres Pierre et Paul, de saint Michel archange, de saint Jean -Baptiste, de sainte Rosalie, dont on fait aujourd'hui la fête; des saintes Perpétue et Félicité. »