CHAPITRE IV
Pensées de vie religieuse. — Vocation à la Société des Pères de la Foi. — Première retraite à Paris.
En même temps que Louis travaillait avec zèle à l'éducation religieuse et littéraire des jeunes gens confiés à ses soins et à ceux de ses collaborateurs, l'esprit de piété croissait et se fortifiait en lui. Les sacrements que depuis son retour à Dieu il avait fréquentés d'abord de mois en mois, puis de quinze en quinze jours, et enfin de huit en huit jours, l'affermissaient de plus en plus dans la pratique de la vertu. La prière faisait ses délices ; et souvent des larmes abondantes coulaient de ses yeux dans son action de grâces après la communion ou dans ses communications avec Dieu.
Ce fut alors aussi que la grâce lui fit entendre un appel plus prononcé vers la Compagnie de J'ésus. Dès sa première jeunesse il avait ressenti de l'attrait pour cette société religieuse, qu'il ne connaissait que bien imparfaitement. Les éloges donnés en sa présence à l'institut de saint Ignace, ses entretiens avec le vénérable M. Demachy, son oncle, qui conservait le plus doux souvenir de ses années d'études sous la conduite des Pères de la Compagnie de Jésus, avaient inspiré à Louis la plus haute estime pour les enfants de saint Ignace. Il lui arrivait souvent de se dire à lui-même,
ainsi qu'il l'a raconté depuis : « Je n'ai pas beaucouj^ de goût pour la vie religieuse telle que je la vois pratiquée dans un trop grand nombre de communautés ; mais si jamais la Compagnie de Jésus se rétablit, mon bonheur serait d'en faire partie. » Quand il formait ce vœu, il le regardait comme une chimère dont l'exéculion ne lui paraissait pas devoir se réaliser, la Compagnie étant alors anéantie. 11 n'avait de rapports avec Sucun des anciens Jésuites, si ce n'est aNcc le P. Triboulet, qui donnait de temps en temps des retraites aux élèves du collège d'Amiens. Le zèle de cet homme apostolique augmentait encore l'estime de Louis pour le corps auquel il avait appartenu. Mais il le voyait exerçant le saint ministère comme les autres ecclésiastiques de la ville, et sa position n'offrait rien qui pût justifier l'espoir du rétablissement d'un ordre religieux contre lequel s'élevaient tant d'injustes préventions.
Toutefois, dans le courant de l'année 1799, Louis entendit parler d'une association qui s'était formée en Allemagne sous le nom de Sacré-Cœur de Jésus (1), laquelle avait pour fin de faire revivre l'institut de saint Ignace. Il sentit alors se réveiller tous les désirs de sa première jeunesse. La grâce parla de plus en plus à son cœur. Nous en trouvons un témoignage dans un de ses écrits du 8 juillet 1799, où, à propos du saint Nom de Jésus, il se rend compte à lui-même des sentiments qu'une vocation possible à la Compa-
(1) Vie du P. J. Varia ^ de la Compagtiie de Jésus ^ chap. 3 , p. 8 et suiv.