‹ Vie du R.P. Louis Sellier de la Compagnie de JésusChapitre 7 sur 44 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

Le P. Sellier professeur à l'école secondaire de l'Oratoire, et au pensionnat du faubourg Noyon.

Après sa retraite, le P. Sellier, qui n'était pas encore prêtre, fut renvoyé par le P. Varin au pensionnat de l'Oratoire, remis désormais entre les mains des Pères de la Foi, sous le titre d'école secondaire. Le P. Jennesseaux eut la direction de cet établissement; mais appelé ailleurs bientôt après, il fut remplacé parle P. Bruson (2). On confia au P. Sellier la

(1) Qui me séparera de la cliarité de Jésus-Christ. (Rom., VIII , 35. )

(2) Vie du P.J. Varin, Notice sur le P. Charles Bruson, p. 281 .

charge de professeur de rhétorique et de mathématiques. Outre le supérieur et le P. Sellier, voici les noms et les emplois de ceux qui composaient cette maison: P. Gayet, ministre et procureur; P. de Sambucy, professeur de seconde; P. Varlet, de troisième; P. Fauveau, de quatrième; P. Trouvelot, de cinquième; P. Loriquet, de sixième, et préfet des études; P. Hecquet, surveillant.

Ce pensionnat prit de rapides accroissements, et dès le commencement de l'année 1805, il comptait plus de deux cents élèves, et jouissait d'une réputation justement méritée.

Les succès que le P. Sellier avait obtenus chez M. Bicheron furent les mêmes à l'Oratoire. Le temps de la classe était pour ses élèves un temps délicieux, tant il avait l'art de la rendre intéressante et de piquer leur attention! Outre les classes de rhétorique et de mathématiques, il était encore chargé de certains emplois accessoires, comme de faire des catéchismes aux élèves, de les préparer à la première commu- Jiion. Les supérieurs le désignèrent aussi pour prononcer au mois d'août 1803 le discours pour la distribution des prix. Le sujet de ce discours était la prééminence de l'éducation publique sur l'éducation privée. Il déploya dans cette circonstance une supériorité de talent qui lui valut les éloges les plus flatteurs. On rapporte que M. le vicomte de Bonald, présent à la distribution des prix, où il devait couronner son fils 3Iaurice, élève de troisième, aujourd'hui cardinal et archevêque de Lyon, admira des pages entières de ce

discours composé à la hâte. D'après ce profond philosophe, le P. Sellier était trempé pour devenir un génie.

Nous avons raconté dans un autre ouvrage (1) comment, dans le cours de l'année ISOi, des tracasseries furent suscitées par la malveillance aux établissements des Pères de la Foi, que l'on accusait calomnieusement de menées politiques contraires à la sûreté de l'État. Un décret même fut rendu qui supprimait tous leurs établissements en France. Il était [impossible que l'école secondaire de l'Oratoire ne ressentît pas le contre-coup de ces persécutions. Nous en trouvons la preuve dans une pièce conservée aux archives de l'évêché d'Amiens, et signée, le :24 mai 1804, par le supérieur et les directeurs de cet établissement. Ils y déclarent qu'ayant appris qu'on les dit en union ou relation avec M. Clorivière (i) et la société qu'on lui attribue, ils n'ont jamais eu, et n'ont absolument aucune union ni relation avec 31. Clorivière, ni avec la société dont on le dit le chef; ils déclarent de plus être attachés d'esprit et de cœur à la personne de Sa 3Iajesté l'Empereur des Français, et qu'ils inspirent ces senti-

(1) Vie du P. J. Varin, chap. 14 , p. 89.

(2) La société dont il est ici question est, nous n'en doutons pas, la société du Sacré-Cœur formée par le P. de Clorivière pendant la révolution , et à propos de laquelle il avait été incarcéré au mois de mai 1804, ainsi que nousl'avons raconté Vie du P. J. Varin. p. 67, et Notice sur le P. Clorivière, p. 256. Cette société était en effet totalement étrangère à celle de laFoi dont le P. Varia était le chef en France.

ments aux jeunes élèves confiés à leurs soins. Cette déclaration est certifiée en tout conforme à la vérité par Mgr Jean-Chrysostome de Villaret, alors évèque d'Amiens, Beauvais et Noyon, et transféré en 1804 à l'évéché de Casai.

Cependant, grâce à la prudence du P. Varin et à ses actives démarches, cet orage s'apaisa. Il crut néanmoins qu'il était sage d'abandonner à Amiens l'école secondaire de l'Oratoire, et de la transférer dans un des faubourgs de cette ville près de la porte de Noyon. Au mois d'octobre 1804, les classes s'ouvrirent dans la maison occupée depuis par les sœurs de la Sainte- Famille. A cinq minutes de distance était une autre maison destinée aux plus jeunes élèves sous la direction du frère Louis Leleu (1). Le P. Varin nomma le P. Charles Leblanc (!2) supérieur de ce collège, dans le gouvernement duquel il fut merveilleusement secondé par le P. Sellier. Celui-ci enseignait la rhétorique, comme il l'avait fait précédemment, et toujours avec le même succès. Au reste , ni la Société de la Foi, ni la ville d'Amiens, ni le pensionnat ne perdirent rien dans cette translation. Ce fut au faubourg Noyon le même empressement des parents pour envoyer leurs enfants dans la nouvelle école, et parmi ceux -ci une régularité plus grande encore. Ce pensionnat offrit bientôt un spectacle difficile à rencontrer dans une maison d'éducation, celui d'une jeu-

(1) Depuis P. Leleu, mort à Vaunes le 1 août 1849. Voyez Vie du P. J. Vai-in. ^j. 105.

(2) Vieyu P. J. Varin , Notice suiie P. Charles LehJanc, p. 159.

nesse qui portait si loin rémulation de la vertu et du travail, qu'il fallut plus d'une fois y mettre des bornes. L'amour de la prière et même de la mortification animait ces bons jeunes gens; et si la vigilance des maîtres n'avait eu les yeux ouverts sur ces pieux excès, on eût eu lieu de craindre des indiscrétions; mais la docilité des élèves surpassait encore leur ferveur. L'esprit de la maison était parfait; c'était en réalité le beau idéal d'un pensionnat chrétien: piété sincère, attachement cordial aux maîtres, régularité constante, charité et union entre tous. Cet établissement a compté parmi ses élèves, entre plusieurs autres que l'on pourrait citer, Më^ de Bonald, qui, après avoir fait sa troisième à l'Oratoire, accompagna ses maîtres au faubourg Noyon, et y suivit les cours de seconde et de rhétorique; M. l'abbé Crémery, mort vicaire général d'Amiens; M. Leraillé, aujourd'hui vicaire général, officiai et curé de Saint-Remi, de la même ville; M. l'abbé Michel, curé de Saint- Vulfran d'Abbeville, etc.

Page 1