‹ Vie du r. p. Xavier de Ravignan de la Compagnie de Jésus (volume 3)Chapitre 13 sur 19 · LE TROISIÈME AN DE PROBATION. H · texte numérisé non relu

LE TROISIÈME AN DE PROBATION. H

loiité, du jugement inéaie, dans le dépouillement des penchants inférieurs de la nature, dans inie connaissance plus profonde, dans un amour plus grand de Dieu; de cette sorte, après avoir fortifié dans son âme, après y avoir fait pénétrer plus avant encore celte vie véritablement spirituelle, il pourra mieux aider les autres à s'avancer dans les mêmes voies pour la gloire de Dieu et de Notre-Seigneur.

«Voilà ce que. nous nommons dans la Compagnie /a tfoisièinc année de probation, la dernière année de préparation et d'épreuve.

« Il passe Lien vite ce temps d'un saint repos qui ne reviendra plus. J'en ai joui, il ne me sera plus donné d'en jouir avant ma mort ; et, quel que soit le nombre des années que Dieu nie réserve encore sur cette terre, l'année du repos ne s'y retrouvera plus pour moi.

<( Alors la grande carrière des Exercices durant tout un mois est encore parcourue; alors la prière, la méditation, se prolongent ; Tespril de l'Ins'itut, les condilions de l'apostolat, la pauvreté, la souffrance, l'obéissance, tout ce qui constitue les devoirs tlu religieux est de nouveau étudié, a]:)profondi. Quekjues catéchismes faits à des petits enfants, quelques missions dans les campagnes viennent seulement inlei'rompre la solitutle et servir comme

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(le préludes aux ministères les plus cliers pour un cœur (l'apùtre. Je me reporte avec bonheur, je l'avoue, à ce temps où il me fut donné d'évangéliser quelques pauvres populations des montagnes ; je l'ai bien souvent regretté depuis; bien souvent l'apostolat des grandes villes a contristé mon esprit et fatigué mon cœur; et la jeunesse, que j'ai le ])onheur de voir si souvent rassemblée autour de la chaire sacrée, me pardonnera ce souvenir et ce regret, quand je lui dirai, dans toute la sincérité de mon âme, qu'elle ne m'a jamais donné que des consolations. »

Estavayer était bien choisi pour un lieu de retraite : la maison est située sur le bord même du lac de Neuchâtel, dont les eaux viennent baigner les murs du jardin ; et les yeux se reposent à l'horizon sur les chaînes du Jura qui bordent la Franche- Comté. Mais dans cette belle solitude, le P. de Ravignan se félicitait surtout d'être sous la main du P. Godinot . Il vénérait ce digne vieillard, à la fois si ferme et si doux, également consommé dans la science de la vie spirituelle et des règles propres à notre Compagnie. Il voyait en lui une copie de saint Ignace, et jusqu'à la fin il a gardé, comme une relique, une pauvre petite image signée de son nom. Il ain-a pour l'heure de sa mort une relique encore

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j^Ius précieuse de ce maître vénéré. Quand il venait à Estavayer s'agenouiller au prie-dieu du P. Godinot, devant son crucifix de cuivre et de bois, il n.e savait pas que la Providence lui réservait cette sainte image du Sauveur, pour rendre son dernier soupir en la baisant une dernière fois.

Le P. dellavignan se hâta, sous une direction si sûre, d'entrer dans les Exercices ; il devait y rester trente jours ; oserai-je dire qu'il n'en est plus sorti ? C'est durant ce mois béni que lui vint d'en baut una grâce insigne, le don de l'intelligence du livre inspiré à Manrèse. A dater de cette époque, ce livre devint son maïuiel et valut pour lui toute une bibliothèque. Il en lut plein, et pour rendre sa pensée et la notre, je l'appellerai le fils des Exercices, car c'est bien par eux f[u'il a été formé luimême et par eux qu'il a fait tout le reste.

Après cette grande retraite où il avait vaqué seulement à l'oraison, il employa les saints loisirs de la solitude à de pieuses études sur les Exercices et sur les Constitutions. Ces deux objets vont bien de front, non-seulement parce qu'ils procèdent d'une môme origine, mais encore parce qu'ils tendent par les mêmes moyens à la même fin. Dans les Exercices est l'idée mère de l'Institut, dans l'Institut est la mise en œuvre des Exercices.

Le P. de llavignan a laissé des travaux considérables sur ce double objet, faits à Estavayer. D'abord il composa, sous ce titre Ciisiis liistiliili , un grand nondjre de véritables thèses sur les points les plus importants et les plus pratiques de l'Institut. Oiï reconnaît dans leur rédaction la touche du jurisconsulte et du théologien. En outre, il entreprit sur les Exercices tout un ouvrage qui contient : le commentaire du texte original, texte si laconique et si fécond; le plan détaillé d'une retraite de trente jours, avec l'explication des règles et des métliodes , le développement des sujets, et l'indication de toutes les lectures à faire et de tous les avis à donner.

Le P. Godinot avait trouvé son disciple si avancé à \ école du cœur, qu'il ne craignit pas de le donner aux autres pour maître, en se déchargeant en partie sur lui de la direction générale de la grande retraite. Cette commission tout exceptionnelle ne surprit personne, excepté celui qu'elle désignait. C'est à cette occasion qu'il fit le travail dont nous venons de parler. Citons-en quelques lignes toutes pleines de sa reconnaissance pour l'auteur du livre qu'il devait expliquer et faire mettre en pratique :

« Nous sommes nés à Manrèse.

^t La retraite de trente jours de notre bienheureux

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Père nous enfanta dans son cœur; elle nous enfante réellement deux fois dans notre vie, avant nos prenuers et avant nos derniers vœux.

« Saint Ignace en avait fait l'expérience sous la coiifliiite inunédiate de l'Esprit-Saint.

« Il écrivit son admirable livre des Exercices, et nous Ta légué comme le type créateur du religieux de la Compagnie.

'( Il voulut, par une loi sacrée, nous obliger à nous rentireles Exercices familiers ; nous devonsles manier avec dextérité, comme les armes spirituelles les plus propres au combat de chaque jour, et pour notre propre sanctiiication et pour celle des Ames cpii iious sont confiées.

« () mon bienheureux Père! votre œuvre est sage, elle est douce, grande et profitable : l'Esprit de Dieu vous inspira.

« Heureux celui cpii aime et goûte ce livre inspiré à notre Père! il y trouvera un fonds inépuisable de consolation, une source féconde de bien, le remède por.r tous les îuaux, fussent-ils les plus grands cpie puisse subir une amr religieuse,

« O mon ame! entre généreusement dans la carrière! ne crains pas, ne refuse pas le combat !

« Sors de ton repos; cxeicc-toi ; tu soufb'iras, mais tu vaincras; viens, relève un peu la tè!e pour

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fixer tes regards au Ciel et pour })rier; tu trouveras la paix, la paix amère du moins.

« Eh quoi ! ordonner, régler selon Dieu toute sa vie par la victoire remportée sur ses penchants et sur ses peines, n'est-ce donc rien ? N'est-ce rien que l'ordre divin restitué dans son âme et gardé comme la })lus noble et la plus précieuse conquête ? Elle vaut tout son prix de labeur et de douleurs, de larmes et de sang répandus.

« Ordonner et régler selon Dieu toute sa conduite, toute son existence, ù mon bienheureux Père! telle est la fin de vos Exercices.

« Ainsi le viiicat seipsiun est mis en pratique.

« Ainsi la délibération, la détermination, sont libres, la raison et la volonté affranchies.

« Ainsi Dieu est le maître de l'Ame; il y établit l'ordre et la paix , mais par la lutte et par la croix.

« Père, voilà tout ; et vous serez content, ce but une fois obtenu par vos enfants. Certes, je le conçois, c'est bien assez, c'est tout pour l'àme !

« L'édifice est construit, le temple élevé en l'honneur et à l'image de Jésus crucifié,

« Jésus, venez! »

Le P. deRavignan, avec la simplicité d'un novice, écrivait fidèlement le résumé des conférences et

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des avis du P. (iodinot. Dans ces nombreux extraits, je ne choisis qu'une seule note, remarquable parce qu'elle est personnelle. On verra que le sage instructeur modérait alors l'austérité de son disciple. « Un jour de février i834, le P. Godinot me dit, à propos d'un certain froissement qui pouvait avoir été produit par un avis touchant la régularité et la modestie : Ce que je vais vous dire est le truit de sérieuses réflexions et d'expériences faites depuis bien des années. Par la fermeté, la sévérité, ou par un ton d'autorité, on pourra obtenir la régularité extérieure et certains résultats en gouvernant les hommes. Mais un avancement vrai et solide dans la vertu, ime disposition favorable au service de Dieu et au bien de la vie religieuse, on ne j)eut les espérer qu'en gagnant les cœurs et en leur faisant aimer, dans la direction , ce cpi'on veut obtenir d'eux. »

En relisant les lettres du P. de Ravignan datées de cette époque, on sent encore la paix qu'il goûtait en les écrivant. « ?>'os jours, y disait-il, se succèdent et se ressemblent en coulant doucement, non sans entendre le bruit lointain des orages. IVIais une grande partie des heures se passe dans la prière et dans de saints exercices. Nous demandons à pouvoir sauvcu" beaucoup d'âmes, à nous en rendre dignes.

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Je songe à mon Ame, aux provisions à faire pour le reste de la carrière, et m'occupe de temps à autre, non saiis consolation, à exercer un peu de ministère auj)rès des bons paysans suisses. » Il répondait vers la fin de son troisième an à ^l. Gossin :

« ]\îon Lien cher et ancien collègue, nous sommes morts au monde, il est vrai, mais au monde qui n'est pas vous. Des amis comme vous ne peuvent être oubliés, et on tient toujours à eux, in visceriùus Christi, puisqu'une même foi, une même charité, sont les liens les plus forts.

« A ous avez bien , ce me semble, la meilleure part : vie retirée, occupée, indépendante et tranquille. \os vœux sont modérés et conformes à la volonté divine. Eh 1 mon Dieu 1 pourquoi se fatiguerait-on à poursuivre ime biillante fortune? Heureux sommes-nous de comprendre la vanité de toutes choses ! bénissons-en Tun et l'autre le Seigi]eur du fond de notre àme.

« Ici, nous sommes tranquilles; est-ce pour longtemps.' Dieu le sait, cela lîous suffit; enfants cliers au cœur d'un bon père, quelle sollicitude aurions-nous? Vous pouvez croire que notre contentement est toujours le même. Priez pour que nous profitions bien de notre sainte vocation. »

Lue autre lettre éciite le j juillet va nous trans-

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