‹ Vie du r. p. Xavier de Ravignan de la Compagnie de Jésus (volume 3)Chapitre 15 sur 19 · LE TROISIEME AN DE PROBATION · texte numérisé non relu

LE TROISIEME AN DE PROBATION

donnent trop souvent à ceux qui viennent chercher en nous la vie.

« Et nous mourons ainsi nous-mêmes à notre vocation sainte, toute surnaturelle, spirituelle et divine.

« Et que dire du terme après le départ?

« Le religieux est un ouvrier en voyage : il n'a point ici-bas de demeure permanente. Les lieux, les jours, les heures ne lui appartiennent pas : il va et se dévoue au service du maître. Mais il lui faut bien quelque lieu de refuge et de repos : il faut un terme au moins momentané, un but qu'on ait atteint pour recommencer encore. Où les trouver? N'est-ce pas uniquement dans l'oraison et dans l'asile sacré de la vie intérieure?

« Dans le cours de la route, comme à la fin du chemin, après le travail et la fatigue d'une pesante journé(% où revenii', où se reposer, à qui s'adresser, si ce n'est au maître bien aimé qu'on sert uniquement et qu'on veut servir toujours ? Il est le meilleur ami de l'àme, son consolateur et son soutien. Sans le vouloir quitter, on avait pris ses ordres au départ. Au retour, api es la tâche faite, après les heures données au soin de la vigne, o Seigneur! o maître! je viens à vous pour vous offrir ma peine, vous tout remettre et tout donner! J'allais, je travaillais pour

ICO CIIAPITKE VII.

\oiis; il est jusU', et c est nioii Ijcsoiii, de me reposer en voiis-iiièiiic dans la paix de la prièi-e et de votre saint anionr.

« Les forces alors se réparent ; on retourne à la source, à la vie pour s'y désaltérer et s'y nourrir. On oublie beaucoup, car Dieu veut qu'on ouLslie, et Ton garde seulement le souvenir de la pensée, de la destination sainte qu'il imprima dans notre âme; on sent qu'on doit vivre et agir pour Dieu, souHrir aussi, car Dieu en vaut la peine.

« Sans ce recueillement intérieur et cet amour de la prière que le livre des Exercices doit nous faire désirer et pratiquer avec tant d'ardeur, je ne conçois pas, je l'avoue, un esprit religienx, un esprit apostolique.

« Je verrai un homme qui se meut, des paroles qui se prononcent, nue mani qui écrit, une action c[ui presse et fatigue, certaines choses qui ressemblent au bien, qui parfois auront j^aru le produire. Mais je tiens à la main le livre des Exercices, et je me dis : L'homme de ce livre, l'homme qui sait prier comme l'enseigne ce livre, Celui-là est l'enfant de notre bienheureux Père, le religieux de la Compagnie, Tapùtre dans la sphère déterminée par l'obéissance. »

Le troisième an achevé, il fallut revenir en France.

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