CHAPITRE PRECHER
Toutefois, si loin du {"ovcr paternel, celui-ci se trouvait encore (mi fanùlle : il avait rejoint dans la pension son frère aîné, et le filleul et le parrain demeuraient contiés à la tutelle de madame de Mel de Saint-Céran, leur grand'mère maternelle, bonne maman parexcelienc(>, quant à la tendresse et quant à la piété.
La pension qui réunissait les deux frères, située (ra])ord au bout de la rue du (-lierclie-Midi, sur le boulevard des Invalides, et jilus tard à l'Estrapade, était dirigée par M. l'abbé Hiuiot , depuis curé d'une paroisse de Paris et chanoine de la métropole. On n'y comptait qu'une vingtaine d'élèves ; mais dans ce groupe d'enfants il y avait plusieurs célébrités en germe. Piapprochement bizarre ! le nom de Feutrier se rencontra près du nom de Ravignan ; qui pouvait prévoir aloi's les jeux de la politique et les représailles de la Providence ?
Du reste, Gustave sut bien, au milieu de ses condisciples, choisir ses amis : chez lui le tact avait devancé l'expérience. Une pure et franche affection unit aussitôt deux enfants dont les familles étaient unies elles-mêmes par toutes les convenances et par toutes les synq:)athies. C'est en souvenir de cette intimité passée en héritage, qu'un jour?sî. le mar(|uis de Dauipiei're écrira la première
iiolicc sur raiicicn ami de son père. Le P. de lla- Nignan eut !e privilège des amiliés durables : on s'attachait à lui comme il s'altaclinit aux autres ; or, il aimait sans retoui- et se dévouait sans réserve. On verra ses camarades d'enfance presqiîe tous devenir deux fois ses amis, en devenant ses iils spirituels, et sans cesser de le tutoyer avec la familiarité d'autrefois, l'entourer jus([u'à la Un de leur culte reconnaissant. L'amitié, cpiand la religion la consacre, est immortelle comme la charité.
A son début dans la pension, le cadet fut natu-' rellement placé sous la haute protection de l'aîné. Tous les élèves apprenaient ensemble les éléments de la langue latine, sans être répartis en classes distinctes et graduées. L'ardeur du nouvel écolier l'éleva bientôt au-dessus du niveau commun, et le dernier en âge se trouva le premier en mérite. Le professeur, déconcerté de ce progrès intempestif cpii dérangeait l'économie des études, crut pouvoir l'imputer à une pression fraternelle exagérée, et Gustave, fort innocemment, fit gronder IIip[H)lylc bien innocent lui-même.
Du reste, l'enfant portait volontiers dans le j(Mi l'entrain qu'il avait pour l'étude, l n dimanche, il hit invité avec son frèi'e chez la céîèbie madame llecamier, amie de sa famille. \a\ attendant l'heure de la
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table, comiiic il courait dans les jardins, il se précipita dans une pièce d'eau : un domestique dut réparer en toute hâte la toilette endommagée.
La Providence avait ménagé dans Paris une ressource à Penfant de P>ayonne. Sa grand'mère veillait sur le dépùt de la familUî absente. Madame de Mel de Saint-Céran peut bien être louée par ses œuvres. Elle était de ces Ames préparées pour les jours d'épreuves, que la persécution rend plus fidèles et plus dévouées, qui consolent l'Église en délrcsse et persévèrent auprès du tombeau où le Seigneur sommeille jusqu'à l'aurore de la résurrection. Notre terre de France est fertile, on le sait, en femmes réparatrices, ainsi qu'en hommes au zèle apostolique ; en vérité, il ne faut rien moins pour expier nos torls, réparer nos désastres, neutraliser le mal par le bien et l'emporter enfin dans la balance de Dieu, C'est madame de Sainl-Céran, aidée de quelques amies dignes d'elle, qui fit élever le vénérable M. Landrieux, dont le nom est encore populaire à Paris. Et n'est-ce pas en partie à sa tutelle que nous devons le P. de Ravignan? cette dernière œuvre suffirait pour sa couronne. Tous les dimanches, les deux frères sortaient de leur pension et passaient ce jour de congé sous les auspices de la religion. Leur repos devenait plus doux en devenant plus saint. La
LA FAMILLE ET LE COLLEGE. Il
j)ieusc graiidinèrc, dont le domicile était alors rue Paradis, conduisait elle-même ses petits-fils à la messe et au salut de sa paroisse, Notre-Dame des lUancs-Manteaux. Quand l'aîné dut entrer à l'école miiilaii-e de Saint-Germain-en-Laye, elle lui remit un petit livrede l'Imitation de Jésus-Christ. Le jeune officier conserva ce pieux souvenu- dans les grandes campagnes de l'empire et le portait comme une sauvegarde les jours de bataille.
C'est vers cette époque que M. l'abbé Frayssinous préludait aux célèbres conférences de Saint-Sulpice, dans la chapelle dite des Allemands. Gustave allait avec ses camarades à ces rendez-vous de la jeunesse, et, comme eux, devait présenter à son professeur l'analyse de l'instruclion. Nous regrettons, en parcourant les devoirs du jeune élève, de n'avoir point rc^trouvé une de ces premières ébauches de l'orateur de Notre-Dame à l'école de l'orateur de Saint- Sulpice.
Nous citerons du moins quelques lettres de cette première époque de sa vie, lettres bien naïves et bien tendres, quelquefois même arrosées de pleurs, (cependant sur ces feuilles légères, écrites pour un jour, on voit déjà la vigueur de la volonté s'allier avec la délicatesse du sentiment.
« Mo'U cher papa, je tâcherai de vous contenter
12 (lIAl'lTUf-: l'KH.MIPJ;.
|)oiirvoiis (li''(!omin.'ig(;r un peu de vos soins cl de vos sacriiîccs. Je ne puis m'empèclior de vei's<>r des larmes, lorsque je me rappelle que j'élais \()(re petit camarade de campagne et (pie vous m'y cherchez souvent, que j'y étais non loin de vous et de ma chère maman. Mais je ne })arle plus decehi, car je m'afflige trop. Adieu, ciier et bon papa, je puis vous promettre que je vous aime])ien de tout mon cœur. »
« Ah! cher et trop bon papa, que je voudrais cpic vous m'appeliez encore du doux nom de votre compagnon en nous promenant dans les bois qui environnent la Gurgue! Que j'étais content alors! hélas ! ce temps est passé. Il faut espérer qu'un jour je reverrai ce pays qui m'est si cher et qui m'a vu naiti'e. Qu'il me tarde d'être arrivé à ce moment! En attendant, cher papa, je me console en vous écrivant des lettres où je vous dis m(^s véritables sentimenis.
» Votre petit compagnon qui vous aime de tout son cœui". »
« Je me rappelle, ah ! comme si j'y étais, ma chambre, le jaidin et tous les alentours. Je ne sais quel attachement j'ai pris pour celte retraite, je m'y ])Iairai toujoui's. ]Mon caractère aime assez la solitude. Que j'aurais de plaisir à redevenir votre petit
LA l'AMlL!.!< l'T LE COLLLiJL. 13
coinj)agnoii! J'espère que vous me pardonnerez mes petites- fautes. »
La netteté d'esj)i!t et la scnsiJjilité du P. de Ra- Aignan n'étaient-elles pas déjà dans ces lettres d'un enfant de dix ans ?
Madame la baronne de Ravignan vint à Paris, pendant l'été de i8o(), passer auprès de ses fils le temps des vacances, et à la rentrée des classes, au mois de novembre, elle les retira de la petite pension de l'Estrapade, pour les placer dans une autre beaucoup plus grande, située rue de Matignon, près des Champs-Elysées, (àustave, très-sobre dans ses jugements, se contenta d'écrire à son père : « Maman nous a mis dans une pension où je me trouve assez bien. »
La concurrence était loin d'être alors ce cpi'elle est aujourd'hui pour les maisons de ce genre; celle-ci, une des j)lus renommées, une des plus nombreuses, comptait plus de trois cents pensionnaires. A cette époque de réorganisation, la confusion était grande encore dans les écoles. On tenait ])lus à la forme qu'au fond, et la religion paraissait une chose de commande. Le directeur de la pension donnait chez lui des bals où figurai(Mit ses élèves, les conduisait au spectach^ connue à un exercice littéraire, et s'inquiétait assez peu
U CIIAPITIU' IMIK.MIEU.
des mauvais livn^s ([iii circulaient dans la maison. On pcul croire, sans téii;érité, que la luoralilé n'était pas le colé jjrillant de la pension à la mode. Eh Lien , un enfant de onze ans sut se poser et se maintenir dans des conditions si j)érilleuses, résister aux défections des uns, aux instigations des autres, aux entraînements de presque tous, garder l'esprit de foi et l'amour du devoir. Le contraste ne servit qu'à faire ressorlii" davantage son caractère. Là, encore, il se fit des aiiîiliés choisies et à jamais inviolahles. Mais, pour l'enfant comme pour l'homme, le grand préservatif, c'est toujours et partout le travail avec la prière. Gustave, dans sa première année, fit quatre classes : la septième, la sixième, la cinquième, la quatrième, et trouva le moyen d'être plusieurs fois le premier. A la lin d'une aimée si bien renq^lie, personne ne lui contesta le prix d'application. Le laborieux enfant, suivant la méthode encyclopédique, devait presque tout apprendre à la fois, et prenait intérêt ou du moins mettait du zèle à tout : à l'anglais, à l'allemand , au dessin, à la musique, à la danse, à l'escrim.e, à la natation et à l'équitalion. Il aimait à rendre compte à ses parents de ses plus petits progrès dans les plus minimes accessoires : « Je commence, écrivait-il, à aller presque tout seul en
nageant. » Mais c'était pour les réjouir, et non pour se vanter ; dans sa droiture modeste, il terminait d'ordinaire ses bulletins par cette phrase, cpii n'est pas du tout emphatique : « Je crois que mes maîtres sont assez contents de moi. »
Le temps était donc bien rempli ; le cœur de l'enfant était d'ailleurs bien gardé. La religion possédait déjà toute son âme et réglait toutes ses affections. Sa première communion devait lui rendre l'année 1809 à jamais mémorable : avec tout le sérieux de sa foi, il se mit à préparer de loin une si grande affaire. Dès le commencement de celte année, il écrivait à son père : k Je ne veux j)lus aller au spectacle, parce que mon confesseur m'a défendu d'y aller davantage, sous peine de ne pas faire ma première communion. Priez madame de Lueay de n'y mener qu'IIippolyte, quand elle en aurait le dessein. Je prends toutes ces précautions pour ne pas faire un sacrilège. »
Il parait que la conunission ne fut pas faite. Du moins peu de temps après, (iustave reçut une nouvelle invitation ; à l'instant il prend hi plume et cette fois écrit à sa mère avec une fermeté charmante dans un enfant si soumis : vt Madame de Luray a eu la bonté d'envoyer un domestique demander de nous mener au spectacle. Je vous avouerai que j'ai
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renoncé à y aller. Je vous prierai douctle la bien remercier de ma part (car je n'ose le faire) le plus tôt possible. Cependant, si cela vous déplaît, j'en suis fâcbé, mais je ne veux pas y aller et je n'irai jamais. Pardonnez, ma clière maman, si je vous parle si libremenl, mais je m'y crois obligé, d'aj)rès ce rpie mon confesseur m'a dit d(; la religion; cl c'est ainsi que je pense. »
Ces religieuses préoccupations devinrent le sujet habituel des correspondances de Gustave avec sa famille : « Je vais redoubler d'efforts, écrivait-il, pour me rendre agréable à Dieu à l'époque de ma première communion. Je tâcherai d'apporter à cette grande action toutes les dispositions nécessaires pour la bien faire. )i
Dans le courant du mois de mai l'enfant écrivait encore : « Le temps de ma première communion approche, ce qui me fait ménager mon temps pour lire jdus à loisir de bons livres qui me préparent à la grande action que je me propose de faire au i''" jr.in, le jour même de la Fête-Dieu. Ce jour sera sans doiiie bien heureux pour moi. Mais vous n'y serez pas ! Du moins vous serez dans mon esprit, et puisse Dieu exaucer les vœux d'un faible enfant pour in père et une mère chéris! »
J.a cérémonie, fixée d'abord au T^juin, fut remise
ail 8. « Cela lU! nie fàclio point, disait (liistavo, ])aice {|ue j'aurai an moins lui j)('ii j)liis de temps
pour me préparer Jnsqiie-là plus de lettres,
parce (pie plus j'approche, plus je suis occupé. »
En effet, il n'envoya plus à ses parents que son amende honorable filiale, afin d'avoir son pardon sur la terre comme dans le ciel. « Je vous écris, mes chers parents, principalement pour vous demander votre bénédiction et le pardon de tous les torts que je vous ai faits et de tous les désagréments que j'ai pu vous faire essuver. Pour l'aveiur, je vous promets que vous n'aurez plus à vous |)laindre de moi. Priez pour votre petit Gustave, mes chers jjarents, pour qu'il fasse bien sa premier;^ conuuunion. »
L'heureux enfant fit bien sa première comnuinion, et, dès le lendemain, il rendait compte i\o la cérémonie accomplie à Saint-Philippe du P»onl(^ : « Hier, jeudi, 8 juin, j'ai reçu la conununion et la confirmation. L'exhortation que le préîre nous a faite a\ant la conununion m'a fait verser bien des larmes, et au moment où je devais lire les actes, je n'ai pu dire que deux lignes, parce que j'étais trop oppressé, l n autre les a dits à ma place, et moi je me suis retiré. Ah! mes chers parents, je ne vous ai point oubliés ! »
18 CHAPITKH PREMIER.
îSoiis recueillerons encore quelques rares souvenirs de celte lointaine époque. Gustave était vrai; l'amour-propre, père du niensonj^^e, ne l'avait point faussé. H savait accepter les avis. « Vos tendies reproches, écrit-il à son père, ont produit sur moi un effet que je ne saurais vous décrire. J'aime un peu la dépense, je l'avoue, cependant pas trop au fait, car j'emploie toujours assez bien mon argent. Au reste, j'épargnerai autant que je pourrai; et cjue ne ferais-je pas pour un si bon père qui se prive de tout pour ses enfants? » Il savait aussi supporter les revers, et un échec doublait son courage. « Je ne sais pourc[uoi, disait-il après une composition, j'ai été reculé comme cela : c'est sans doute encore pour cjuelque étourderie. Mais c'est un encoura- • gement de plus pour moi à redoubler d'efforts pour bien finir la carrière. »
Gustave eut bientôt à se résigner dans la ]>lus douloureuse des épreuves. Ilélas! on ne vit pas longtemps en ce monde sans avoir à pleurer sur des tombes. Il porta le deuil de bonne heure; encore enfant, il perdit son père. A ce coup, sous la première impression, il épancha ainsi toule sa tristesse dans le cœur de sa mère : « Je vous écris une lettre remplie de larmes. Hier, on m'annonça la nouvelle de la inoi"t do papa. Quoique j'y fusse un peu pré-
paré, elle m'a fait une vive impression. Ifélas! il n'y a pins de remède, il faut bien prendre son parti, quoique avec bien de la peine. T)ieu l'a voulu ainsi ! je crains d'ajouter à vos peines. A\\\ vous devez bien avoir assez de ciiagrins. l ne bonne et tendre mère nous reste : ô mon Dieu! conservez-nous longtemps cette mère chérie, faites qu'elle passe au milieu de ses enfants des jours longs et heureux ! Veuillez bien dans votre première lettre me donner des détails précis sur la maladie et la m.ort d'un père qui m'était si cher. On aura sans doute eu le temps de lui doimer les derniers sacrements, ce serait pour nous im motif de consolation, et j'espère qu'on ne l'aura pas négligé. Ah! mon père chéri, vous ne serez pas oublié au pied des autels; c'est là que j'adresserai à Dieu pour vous et pour ma mère de ferventes prières; il les écoutera et les exaucera. »
Nous pouvons dès maintenant rendre ce témoignage à la persévérance de sa piété filiale : devenu prêtre, il dira souvent la messe des morts pour ses parents; et tant qu'il montera à l'autel, on l'entendra parler à Dieu de son père et de sa mère.
I.a baronne de Ravignan restait seule à la tête d'affaires difficiles et d'une famille nombreuse;
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elle s'affligeait sai^s nicsiirc cl sans ivlàche. (iuslavo |)iità cœur (Je la cousolci'; il la raisonnait, comme nn enfant sait le faii*e, pour lui ])ersua(ler d'cire encore heureuse pour le bonheur des siens; j)uis il ajoutait avec inie délicatesse toute naïve : « Pardonnez à ma franche lendresse; si j'ai dépassé les bornes du respect, je m'avoue coupable; mais pour ma justification, je cours me réfugier auprès de votre cœur. »
Ce respect, fidèle gardien de la tendresse et Iraditiosmel dans nos anciennes mœurs, ne coiisislait point pour Gustave dans de simpl(>s formules obséqni(Mises; intime et pratique, il partait du cœur, et le rendait le plus obéissant et le plus aimable des fils.
Marie-Améile , sa sœ-ur auiée et sa marraine, mariée au général Exelmans, venait de quitter Paris pour se rendre à la cour de T^aples, en qualité de dame d'honneur de la reine ('aroline, sœuir de l'empereur Napoléon. « I.e départ d'Amélie, écrivait Gustave, me cause une peine qu'il m'est impossible de peindre. Me séparer d'une si bonne sœur, cela me déchire le cœnir! Mou cœur ne peut plus s'exprimer, tant il est gonflé de soupirs. » Quelque temps après, le général Exelmans allait rejoindre sa fdtime en Italie et proposait de con-
diiirc avec lui son jeuiR' bcaii-frèrc. L'oltVc clail allravaiilc pour le pcnsiomiaux; de la rue de Matignon ; il tut séduit, mais avant d'accepter, il consulta : « Je n'ai pas osé vous parler d'un projet qui m'occupe, dit-il à sa mère. Je le désiie ardemment; les voyages ont pour n)oi le plus grand attrait : celui d'Italie est nu des plus agréables et des plus iiistiuictifs en même temps. Je vous en prie, je vous en conjure, ne me refusez pas celte grâce, à moins qu'elle ne vous paraisse nuisible à mon éducation. Cej)endant, malgré tout mon désir, c'est à vous de décider et de voir ce ([ui m'est le plus avantageux, car je ne saurais rien faire sans votre ordre et votre approl^ation, et telle doit être, je crois, la conduite d'un enfant Lien élevé envers une bonne et tendre mère. » La mère n'agréa point la supplique, c| aussitôt C.us'.ave jeta son désnau vent.
\ ers le même temps se présentait une autre tentation plus délicate : on le pressait d'entrer comme page dans la maison de l'enq^ereur La rout(; de la fortune s'ouvrait devant lui ; Tenfant bien avisé i)rit la question à un tout autre point de vue, et, réflexion faite, il répondit nettement : « Me voilà décidé à ne pas entrer dans les pages, parce qu'on n'en peut sortir que mililaire, et que celte carriéi"<' ne me
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convient pas chi loul. Je suis nalurellenienl Iranquille, l'éfiide du cabinet me convient, j'ai assez do goiit pour la diplomatie. « Il n'avait pas alors entendu, comme François Xavier, la sentence de l'Évangile : (^w/<i/;/W(?5'/' ^'^ Mais si Dieu ne l'appelait pas encore inlérieui'ement par sa grâce, il le menait déjà par sa Providence.
Pendant les années de sa première éducation, Gustave ne retom^na pas nne seule fois dans sa famille. On ne faisait pas alors aisément un voyage de Paris à Bayonne. Les vacances du jeune écolier se passaient donc à Paris même, non pas tristes, mais un peu monotones : le petit-fils avait le vis-à-vis de sa grand'mère. Quelquefois seulement le vénérable abbé Rauzan, ami de madame de Mel de Saiiit-Céran, ménageait un petit extraordinaire : il prenait l'enfant avec lui et le conduirait à Saint-Germain en-I.aye. Là, Gustave retrouvait d'abord son frère lïippolyte dans le vieux château royal, transformé en école militaire; puis il rejoignait le bienveillant Mentor, qui l'attendait lui-même chez un de ses frères, médecin de l'endroit, homme aimable et enjoué.
Au moment de quitter avec Gustave la rue de Matignon, afin de n'avoir plus à y revenir nousmême, disons par anticipation un dernier mot qui
LA FAMILLE ET LE COLLÉliE. 23
leriiiiiio J)ien les rapports de l'élève avec son iiiaîlre. Le temps change les conditions et les rùles. Après avoir fait d'heureuses affaires, le directeur de la pension en avait fait de fort mauvaises, et dans sa triste vieillesse, il dut se retirer à Neuilly, dénué et délaissé, n'ayant pins près de lui qu'une de ses filles pour l'assister et le consoler. Ln jour, celle-ci entend parler du P. de Eavignan, devenu l'apôtre de Paris; poussée par sa piété fdiale, elle vient le trouver : « Vous souvenez-vous encore de votre ancien maître ? — Comment ! je ne l'oublierai jamais, et je voudrais pouvoir lui prouver ma reconnaissance. — Eh bien , je suis sa fdle, il est malheureux et malade, et seul vous pouvez lui parler de Uieu en parlant à son cœur. » Le P. de Uavignan accourt auprès de ce vieillard de quatrevingts ans; celui-ci paraît d'abord saisi à la vue d'un prêtre, mais à peine a-t-il entendu la voix, qu'il s'écrie : « Quoi ! c'est toi, Gustave ! w 11 pleure, il se rend. Ce jour -là, l'élève était deveiui le maître.
LUAriTKE 11.