‹ Vie du r. p. Xavier de Ravignan de la Compagnie de Jésus (volume 3)Chapitre 5 sur 19 · LA .MILICE ET LA MAGISTUATLKE · texte numérisé non relu

LA .MILICE ET LA MAGISTUATLKE

Gii>t;i\c de Ua\iyii;in licntcnaul de casaleiic, cunsfillLT aiidik'iir à la Cour i(i}ale de l'aris, .-uli-lilul du piucuicur du rui. — Sa \ucaliuii, sou dcpail uiNsli' lieux.

Giislavc do Ravignaii allait choisir une carrière. A|)iès quelques velléilés légères el rapides c[ui 1 avaiciit iucliné vers la diploiiialie, toutes ses sympathies le portèrent vers la magistrature; il suivit sa pente. N'était-ce pas un acheminement providentiel \erssa carrière définitive, qu'il ne soupçoiuiait pas encore? Au mois de noveml)re 181 4, il entra, rue Saint-Guillaume, chez M. Goujon, ancien jurisconsulte, désigné à sa mère par lillustre et généreux de Sèze, le défenseur du roi. A la même époque, il mit sa conscience sous la direelion de M. 1 ahhé Frayssinous, et depuis, il ne cessa plus d'elre pour

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lui coiniiu' im (ils. Le Ciel ra|)[)rochail de plus en

plus leurs noms, avant d'associer leurs ministères.

IMais le nouveau légiste dut jjientot ajourner l'étude à des temps plus propices. Au mois de janvier i8i/|, il se sentit défaillant, pai- suite d'une croissance retardée jusque-là et tout à coup jirécipitée ; d'ailleurs l'école de droit venait d'être dissoute, à cause des circonstances extrêmes où se trouvait l'empire. C'était bien le cas d'un voyage dans le Midi. Le i i mars , témoin de l'entrée triomphante de Mgr le duc d'Angouîéme à Bordeaux, il ne demeura pas étranger à l'enthousiasme de la réaction royaliste. La restauration une fois accomplie, il revint avec sa mère à Paris pour y reprendre ses paisibles études.

Mais une crise nouvelle arrache bientôt l'étudiant à son cabinet ; cette fois il laisse le code et se jette lui-même dans la mêlée. Au premier bruit du débarcpiement de Napoléon sur les côtes de la Provence, l'ardent jeune homme n'hésite point : malgré la faiblesse de sacomplexion, malgré son antipathie pour le tumulte et les aventures, il s'enrôle dans les volontaires royaux. Il croyait, dans sa probité chcvaleresc[ue et sa foi antique, que l'honneur exige la fidélité, et la conscieni.e le dévouement ; qu'il faut immoler son intérêt personnel à la cause public^tie,

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cl qii'aj)rès tout, moiirir pour soii devoir, c'est mourir pour son Dieu. Il se fit doue soldat. lUcn d'autres que lui avaient engagé leur parole, en inscrivant leur nom. Mais, pour bien des gens, autre chose est de promettre, autre chose est de tenir; et, l'heure d'agir une fois venue, les excuses ne manquent jamais au demi -vouloir de la pusillanimité. Le if) mars, dans la matinée, les volontaires étaient rares au rendez-vous; Gustave, arrivé un des premiers, à la vue de cette poignée d'hommes, s'indigne et s'encourage; fùt-il seul, il irait encore; il rentre chez sa mère, exalté à froid, plus résolu que jamais de protester et de servir au moins ])ar sa mort. Le temps presse, il expédie ses prépal'atifs, communie le jour de Pâques; et, avec le viatique divin et la bénédiction maternelle, il s'élance de Paris et court en Espagne.

La campagne ne fut pas heureuse; à la fatale rencontre de Tîéletle , le jeune voloiitaire failht périr victime de son héroïsme. Les troupes royales, surprises dans une embuscade, allaient être accablées par 1(! nombre. L'infortuné Barbarin, qui les commandait, venait d'être frappé, et il était au moment d'être |)ris pour être passé par les armes. Gustave le voit, s'a\ance sous le feu, s'expose à tous les coups pour couvrir son chef, il l'embrasse

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cDliii, cl vcul ICmpoi-kT de la nièléc, ou IoidIjct av( c lui. Mais le luallieureux coiiiinandant, poussé j)ar un sentiiucnl généreux a un acle désespéré, dégage un de ses bras, se brûle la cervelle et ne laisse (|u'un cadavre entre les mains de reinienii. Gusiave, couvert de sang, abandonne la triste dépouille, et renonçant à une mort inutile, consent à chercher le salut dans la retraite.

Seul, à pied, an milieu de mille hasards, il traverse tout le pays basque, passe la frontière et gagne cette maison de Saint - Laurent , tant aimée aux jours tranquilles de son enfance. Il y revenait sans conq:)agnon et la trouvait sans hùtes. Exténué de fatigue, il va descendre chez le brave Uumaine, riionune de confiance de la famille, et l'excellent seivilenr s'empresse d'accueillir le fils de son ancien maître. Mais celui-ci, loin d'être déconcerté par un piemier échec, n'aspirait qu'à de nonveaux combats ; il ne s'accorde qu'un repos de trois jours dans la cabane hospitalière; et, après une entrevue secrète avec le vieux curé, un dimanche, à dix heures du soir, il part de nouveau, déguisé en paysan, accompagné des deux filles de son bote et d'une vieille servante. Dans une foret, à un endroit convenu, se rencontre un métaver, homme fidèle et sur, qui doit être son guide jusqu'à la frontière

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