‹ Vie du r. p. Xavier de Ravignan de la Compagnie de Jésus (volume 3)Chapitre 7 sur 19 · LA MILICE ET LA MAGISTRATURE · texte numérisé non relu

LA MILICE ET LA MAGISTRATURE

A son retour à Paris, on voulut lui persuader de poursuivre une carrière que les circonstances lui avaient ouverte : on le maintenait en France dans le grade acquis en Espagne; ainsi sa position était faite et son avenir semblait assuré. Mais il consulta Dieu, s'interrogea lui-même, et fut constamment ramené à sa première prédilection pour la magistrature. Mgr 'le duc d'Angoulême, instruit de cette détermination du jeiuie lieutenant, lui dit avec une bienveillance parfaite : « Monsieur de Ravignan, je suis enchanté de vous revoir. Je sais que vous servirez la patrie par la parole aussi bien que par l'épée. »

Gustave était reveiui de ses allures d'officier à l'attitude d'un futur magistrat. Avec sa puissante volonté, aidée [)ar de merveilleuses aptitudes, il paraissait partout à sa place. Il commença son stage, et, comme si rien ne l'eût distrait, se remit à sa tâche avec une ardeur nouvelle. Pour se compléter luimême, à l'élude des lois il ajouta l'étude des langues. Il reprit l'allemand et l'un de ses amis, qui avait été prisoiuiier en Angleterre, échangea avec lui des leçons d'anglais contre des leçons de latin. Le dessin et la musique faisaient diversion au milieu de ces graves labeurs.

T.a mesure du travail était-elle au-dessus de ses

forces? ou Ijien la maladie devail-elle iuU rvenir de teîiips en temps, afin (jiie sa vie ne iùt qu'une longue chaîne de faligues et de douleurs? Jl y avait un endroit iaible dans sa constitution, et c'est piécisément sur cette partie plus débile que portera surtout le poids de son laboiieux avenir. Dans l'hiver de 1816, il fut gravement atteint d'une affection de poitrine. La saison était fatale, i-àge critique; on eut les plus sérieuses inquiétudes. Le médecin lui conseilla les Eaux-Bonnes. Il alla donc dans le Midi passer le printeuqis et attendre l'été.

I/infirmité amenait le jeune stagiaire à la réflexion, et sa pensée le dirigeait toujours vers Dieu. Le 10 mai, il écrivait du château de Ravignan : « Notre solitude est bien complète, voilà de quoi se régaler, et j'aurais travaillé, si ma santé ne s'y opposait. Je n'en suis pas content, je manque d'énergie physique, et par suite d'énergie morale. C'est une affliction que Dieu m'envoie, et je la supporte de mon mieux, pas trop bien cependant, parce q'i'elle ressemble à la paresse. Ne va pas t'imaginer p •ur cela que je m'affecte ; non... j'ai été content en général de l'opinion de nos paysans ; la religion habite volontiers leurs chaumières, et c'est tout pour eux, comme pour tous les gens de bonne foi. Il me semble en ma tète qu'on est bien fou de parler de

LA MILICI- l'T LA .MAClSrilATUHE. 33

|;oliti(jiic : () J'ojtiinalos niiuiniii ! .. Mais j<3 dors ;i j)réseiU, et mon irvcil scia le réxcll dti lion. »

On rccoimnanda au malade rcxercice tic la chasse, et connue il s'y livrait j)ai' dc\oii', il le lit a\cc plaisir; on renlendit même signaler son premier exploit par lUie explosion de joie naïve. Nous aimons à prciulre la nature sur le fait, et à retrouver les saillies de la jeunesse dans une j)hysionomie déjà \irile. Le mois d(^ juillet venu, après \\u séjour de quelcpies semaines dans les Pyrénées, il se trouva convalescent. I.a nature encore jeune, ravivée par l'air des montagnes, eut bientôt réparé ses pertes.

Enfin, l'evenu à Saint -Laurent pour le reste de l'été, Gustave se reposa tout près du tomLeau de son père. Le ii septembre était une date funèbre, il écrivait à ]\L le baron de Ravignan : « Rappelé aujourd'hui à tous nos souvenirs les ])lus clieis par le triste anniversaire cj ue j'ai célébré ce matin, seul sur la tombe de mon père, je n'ai pas cru pouvoir mieux employer ma soirée cju'à te communiquer les tristes, mais douces idées qui ont rempli ma join-née. Oh! c'est surtout quand l'àmeest affectée d'une émotion bien sentie, c|ue les pensées religieuses viennent s'y j)liicer admirablement. Tu n'auias })as été étianger à mes sentiments, mon cher iVèr(>, j'en suis sur; mais ici je ti-ouviiis un iiio'if de plus : ma j)résence I. 3

3i CHAPITRE II.

aux lieux où mou pcro éleva mon enfance, où sa vieillesse finit, où reposent ses restes précieux. J'ai fait dire une messe pour implorer le ciel en faveur d'une âme res})ectée, et j'en suis soi-ti meilleur. Voilà six ans que nous avons été privés de notre père, et c'est la première fois que le i \ septembre me voit au jiaysqui m'a vu naître et qui l'a vu mourir. J'ai remercié le ciel de l'accord de ses vues avec mes désirs, et me suis promis de mériter ses bontés par une conduite digne de mon amour et de ma douleur. »

(f Sur les ailes du temps, la tristesse s'envole, hélas ! et toute l'année je vis et je vois qu'on vit sans penser au passé. Voilà les hommes ! »

En 1 8 1 7 , une place de conseiller auditeur près de la cour royale de Paris étant venue à vaquer, Gustave de Ravignan, qui avait à peine atteint l'âge de la majorité légale, se présenta comme candidat. On venait tic réorganiser la magistrature, et ces places étaient réservées à l'élite de la jeunesse qui se préparait à la carrière judiciaire. D'après la loi de cette institution, le roi devait choisir sur une liste de trois candidats présentés par la cour elle-même, réunie pour cet effet en assemblée générale. H fallait donc, pour être porté sur celte liste, réunir la majorité des voix dans une compagnie composée de plus de cinquante magistrals.

LA MILICE ET LA MAGISTRATUIŒ. So

Quel était ce jeune homme, inconnu de tous ces graves conseillers, qui sollicitait ainsi leurs suffrages? Quels étaient ses jM'écéclents, ses garanties, ses titres enfui ?

Chacun se j)osait cette question. On apprit alors cpie le jeune Gustave de Ravignan^ cadet d'une n()l)le famille, heau-fière du général Exelmans, mais dans une ligne politique toute différente, s'était enrôlé, presque au sortir du collège , comme volontaiie royal, et avait suivi en Espagne la fortune du duc d'Angouléme pendant les Cent-Jours ; qu'au n.'iour, le prince, qui avait apprécié sa rare intelligence et sa bravoure dévouée, lui avait assuré sa haute faveur pour la carrière qu'il voudrait embrasser. Or, le jeune homme avait préféré la magistrature à la milice, et le prince apj)uyait sa candidature.

Tel était le dossier du prétendant. Mais l'opposition fut très-vive et les débats n(; firenlque l'animer. En vérité, voilà un beau dévouement, disaient les vieux mairistrats, et sans doute un beau caractère; mais les camps sont une mauvaise école pour le palais. Pourquoi ce jeune homme ne suit-il pas plutôt sa carrièie ? Pourquoi d'ailleurs nous l'imposer?

Dans plusieurs esprits, l'intérêt et la dignité de !a magistrature se joignaient donc ar. sentiment d'indépendance, toujours susceptil)l(^ dans les i^rands

3G CllAPITHl' 11.

corps judiciaires, pour écaiicr le caudidat favorisé pai' le jKju\oii'. Cependant la niajoiàté opina dans le sens du prince, et (iustave île Jlavignan fut porlé, mais non j)as le premier, sur la liste officielle. Lue ordonnance royale l'envoya presque immédiatement siéger sur les Heurs de lis. Le nouvel élu, accueilli Irès-lroidement par les anciens, fut attaché connue consedler auditeur, n'ayant pas voix déUbéralive, à la première chambre de la cour, présidée par M. le ])remier président Séguier. Mais il ne se déconcerta jjoint de la défaveur qui l'entourait : en attendant une occasion qui le fît sortir de l'obscurité, il ne se manqua point à lui-même, et se prépara dans un calme énergique, avec le sentiment du devoir, beaucoup plus qu'avec l'ambition du succès. Bientôt il saura s'ouvrir un passage; dès qu'il pouri-a paraître, il attirera tous les regards.

Le jeune conseiller commença par se tracer un plan d'étude et un ordre du jour. On y recoiniaît le fonds positif et solide de cette grande et riche nalure, oii le caractère dominait et dirigeait le talent. Nous en donnons la substance ; puisse cet exemple servir de leçon à la jeunesse des écoles !

Le plan d'étude a pour épigraphe radag(^ antique : A 6»/? limita, st'd inuUiiin. L'ordre du jour a pour devise l'axiome chrétien : (\iin Deo.

LA MILICH KT LA ALAGISTUATllli:. 37

J.e l;i!)()rieiix légiste divise son j)lan en deux, pariies, Ui ihcorit' et la piatKjuc.

(( La /A^^omM'lle-inènie a deu?v oljjets, \e /o/k/ cl \\i forme ^ la science et l'art, la jnrisprudence et la littérature.

V Prcnner objet : Du fond des matières ; le code, ses sources et ses interprètes. Commencer par la matière des obligations et des contrats, en v joignant celle des restitutions en entier; la matière des successions et des testaments viendra ensuite. Il faut lire avec attention le titi'e du code, soit dans la loi même, soit dans Delvincourt, jjuis le titre correspondant dans Domat, en s'attacliant surtout à se j)énétrer des préfaces qu'il a mises à la tète de charpie titre. Tl sera temps alors de lire les lois du Digeste et du code Juslinien qui répondent à chaque titre, axant soin de tenir le code civil toujours ouvert sous les yeux; il faut y rapporter tout, comparer, jui.;;er, et le prenant pour guide, faire la criti(pie ou le supplément de Domat.

« Da malièix' ainsi préparée, digérée, la sui\i'e, la j)erlectionner, l'analyser avec Pothiei' dans le ti'aiié qui la coneerne. Il faut avoir soin de l'emarquer en étudiant tout ce qui j)eut former un axiome ou une règle générale du droit, soit dans la décision même, soit dans la raison delà décision, en [)rendre

38 r.liAl'lTHE 11.

note, autant cjiic possiljlo, en (eniH>s .sacramentels et concis, pour, dans la suite, en former un leeueil jiar ordre de matières.

« Ainsi on arrivera à avoir lait une étude du droit français et du droit romain comparés, et on aura les [)rincipes généraux dans la tête; il sera facile ensuite de descendre aux espèces particulières, et de les suivre dans les canaux les plus éloignés.

« 2" Objet littéraire : art de prouver et de plaire en prouvant. L'art de prouver : il faut apprendre les préceptes dans la rhétorique et unir les exemples aux préceptes. L'art de plaire se confond presque avec le premier. La lecture des meilleurs orateurs et des meilleurs poètes anciens et modernes est un chemin aussi agréable que sûr pour l'acquérir. L'étude approfondie des Oraisons de Cicéron surtout apprendra mieux les secrets de l'art oratoire.

« La pratique a trois objets : les audie/ices, les conférences, la traduction. Ces trois exercices seront l'application des deux objets de l'étude , du fond du droit et de l'art oratoire.

« Quant aux audiences, un point essentiel, qui se lie nécessairement aux autres, c'est la triture des affaires et la procédure, il faut suivre avec soin les audiences de la première chambre de première instance, prendre des notes tant au palais qu'en ren-

LA MILICE ET LA ALMilSTRATUllE. • 39

traut chez moi. Les audiences de référés peuvent aussi être fort utiles : il faudra y assister de temps en temps, s'attacher surtout aux formes de la procédure, se procurer quelcpies dossiers qu'il faudra analyser avec soin.

ce Quant aux conférences, il faudra, outre celles du palais, s'attacher à une autre entre jeunes gens, bien préparer la question, faire un canevas du plaidoyer et s'abandonner ensuite poiu' l'exécution à la facilité naturelle. Quand je ferai les fonctions d'avocat du roi, il faudra écrire mon discours dans les commencements, le travailler, le retravailler plusieurs fois. Il serait bien de se former des devoirs étroits en se faisant secrétaire d'une conférence.

« Quant à la traduction, c[uand je rencontrerai tians les auleurs lalins ou autres en langue étrangère quek[ue morceau de marque, il faudra le traduire, mais un peu librement. »

Dans son ordre du jour, le jeune magistrat avait tout prévu, tout réglé d'avance^ tout mesuré avec la précision qui dés lors le caractérisait. Nous n'entrerons pas dans les détails de ce long règlement : qu'il nous suffise de remarquer qu'il essaya tour à tour de se coucher tard et de se lever tôt, pour doiuicr à l'étude des heures de silence et de calme. Le travail (\u uiatui lui parut meilleur, plus facile

40 ciiAi'Har: ii.

cl |)!iis iiîilc à la j'ois ; il fixa donc son lever a c|u;ilre licnres, el désormais ce sera Tusaiïede loiile sa vie. Cx'lte dilii'eiice inaf iiiale lui valut d'enleiidre la messe Ions les jours et de travadhM' encore (|iiel(jues henies avant d'aller au palais,

(luslave de Rnvignan se préj)arait donc sans liater son heure. Elle arriva. Un jour, en l'absence des avocats, uuv affaire civile fort ingrate est mise inoj)inément en délibéré. « Oui veut se charger du rapport?» demandeur. Séguier. Puis tout à coup, non sans queltpie malice, s'adrcssant an plus jeune auditeur : « Eh jjien, voyons une fois ce (pie sait laire ce jeune hojume que nous ne connaissons jias encore. » Et les pièces lui sont .remises. Au jour marqué, le ra])port le plus logique et le plus lucide fut lu devant la cour avec une facilité déioculion, une limpidité de voix, une fermeté d'articulation, une gr;!vité et une noblessequi désledél)ut annonçaient un orateur. Tous les conseillers se reoaidaient avec élonnement ; un homme venait de se révéler.

Cette épreuve uiie fois subie, la carrière était ouverte. In coup d'essai avait accrédité le jeune honuiie, parce que dans ce ])remier succès on avait vu bien autre chose qu'une bonne fortime de rencontre, on avait reconnu la supériorité du talent et

LA .MILICK KT LA MAGISTUATUIŒ. il

le g-'gc (l'ini avenir (|tii ne })()uvait j)as èlrc vulgaire.

J)és lors les occasions tle se distinsiner affinel'eut avec les espérances; les ra])ports les i)lus importants ou les plus {liKieiles se tlirigeaient natul'ellenient île son coté, ilienlùt même ce jeune talent parut trop éclatant piour la magistrature assise. D'ailleurs les manières à la fois simples et nobles (le l'orateur, son air franc, son caractère bienveillant, son sens di'oit et juste, uni à l'élévation des j)(Misé<\s et des sentiments, lui avaient concilié l'eslime et l'affection de tous ses collègues. M. lîcllarl, procui'eur général, ne craignit pas de lui confier la mission, bien insolite à son Age, de remplacer au civil et au criminel les avocats généraux. Il justifia cette confiance. T.a dignité de sa parole, la gravité de son maintien à l'audience, la clarté et la vigueur de sa discussion, rauloiité de son aflirmation, tout faisait auguicr en lui un maîhx^ dans relorpience pi'opre au unnisîeic public. Ses réipusitoires j)assaienl [)OUi' des modèles (\u gcMU'e. « ]Mais c'est du d'Aguesseau, » disait -on. Appelé à remplii* les liantes fondions d'avocat général à la cour d assises, j)en(lanl des sessions entières et dans les affaires les plus gra\('s, il domina toujours sa j)osition : à la fois il attirait à lui par le cœur et iuiposait par sa cou-

science. Ce sera plus tard le douljle caractère éiniiienl (le sa parole a[)(»sloli([iie.

Cependant, an milieu tie ses labeurs et de ses succès, Ciustave poursuivait sans écart une autre voie plus importante, ou ses progrès n'étaient pas moins rapides. C'est alors que j^ar un travail secret sur lui-même il conmienea à devenir ce qu'il fut plus tard dans son apostolat. I.a religion prit en lui le dessus sans retour; et son influence bénie, développant les précieux dons de la nature, ajouta un fini merveilleux à la loyauté du caractère, à la rectitude du jugement, à la vigueur de la volorilé et à la bonté du cœui'.

Il existait à Paris une pieuse association déjeunes gens qui, à certains jours, se réunissaient comme des frères, lu autel de Marie, la sainte Mère de Dieu et la douce Mère des enfants de l'Église, était le centre du rendez-vous; là, on priait ensemble et chacun s'en allait j)lus chrétien et plus honnne. La modeste et toute jiacifique congrégation étaitdevenue célèbre, signalée qu'elle était au public par mille diatribes et dénoncée au pouvoir par la calomnie. Il fallait qu'elle lit beaucoup de bien pour qu'on en dit alors tant de mal ; et les alarmes qu'elle donna ont fait sourire après le dénoùment de la comédie.

A cette époque où le respect humain enchaîna

LA ^ilLICI': ET LA .^L\îilSÏH ATL'UL. ïi

tdut d'àmos, Gustave de RavioLiaii n'a poiiiî coiiiui les lâchetés de la peur : il s'indignait des iniquités de la passion et des connivences de la faiblesse, et ])our lui l'impopularité devenait lui attrait. Il se hâta d'ajouter à son titre officiel de magistrat le titre pieux de congréganiste. Il adoptera bientôt un autre nom encore plus insulté, qui l'associera aux outrages du Sauveur. D'ailleurs, à l'exemple de ce roi de France qu'on apj^ela le plus humble df s hommes en même temps que le plus fier des chrétiens, il se méfiait de lui-même, et sentait pour sa h'agilité le besoin d'une tutelle et d'un concours. Or, la congrégation, pour le soutenir, lui donnait une Mère dans le ciel et des frères dans le monde.

Alors aussi, afin de mieux se soustraire à la contagion du mal, (iustavese mit à exercer l'influence du bien : il apprenait à convertir; et, dès ce temps-la, il connut qu'il n'y a qu'une chose vraie sur cotte terre , servir son Dieu , qu'une chose heureuse , sauver ses frères. Ces tentatives furent bénies du Ciel, et quand il n'était encore que magistrat, il fut déjà vraiment apùtre.

Un jeune orphelin, nommé Clément, ne pouvant continuer ses études par suite des malheurs de sa famille, trouva en lui plus qu'un précepteur. Gustave le vit et se prit à l'aimer d'une tendresse compatis-

41 ClIAI'lTIîH 11.

saille; ii lui (Ic'Noiia son tcx'iii" cl sdd Icinps, cl en lui (lonnani iMi-inèiiie des leçons de liiu'ialnrc, il lui ins|)iia(lesscnlini( nls (le religion. Le pan\ rc orphelin (levait avoir bientôt j)his besoin de .j)icté (jne de science : atteint (rime lualadic de langneni", il lui fallut se lésigncr à mourir, (iustavc fut son ami jusqu'à la fin, consola sa tristesse, adoucit sa mort, et lui ferma les yeux.

IVndant cette maladie, il ('écrivait: « Cet excellent j(Mnîe homme se meurt, je crois; heureusement pour lui. .le Jui ai dit, comme je le jiensais, f[ue je l'ainiais troji pour lui souhaiter la sant(\ Nous parlons de mort et de ce (jui s'ensuit. Priez poui^pi il j)rie pour nous. En Dieu, il ne faut pas s'affliger... Ayez bien de la religion, car il n'y a que cela au monde. »

],e comte de X..., ancien émigré, espèce d'enfant en cheveux blancs, après les sévères leçons de la Providence, était demeuré avec sa fatuité du siècle de \ol taire, (histave de Ravignan le rencontre, et, sans se rebuter de tous ses ridicules, s'attache à lui pour le gagner à Dieu, le ramène au bon sens d'abord, puis à la foi, et ne l(^ quitte qu'après l'aNoir vu mourir chrétiennement. Le vieillard, reveiui de ses rêves, ne se lassait point de lire une Imitation de JcsKs-Christ, ]U'ésent de son jeune ami, et ne

LA .MlLICl': LT LA MAGISTUATLIIE. 4;i

cessait de dire : « Oh ! que c'est beau! Mais c'est un u(ju\ eau monde ! Oh! si j'avais su j)his tut! »

Au mois de juin 1818, Gustave perdit l'ange gai'dien de son enfance, madame de Saint-(îéran, qu'il chérissait comme une mèi'e et vénérait comme une sanile. Il encouragea dans le dernier passage cette aïeule qui avait protégé ses |)remiers pas dans la vie. Le deuil rapproche de Dieu : sa piété s'enflamma dans la doideur. A genoux près de la pieuse mourante, il lui suggérait les j)ensées de la loi et les sentiments de l'espérance, exerçant déjà cet art sacerdotal où il devait exceller ui] jour.

Dès le lendemain de cette mort, survinrent d'autres alarmes. Sa sœur ahiée, qui avait suivi dans l'exil son mari , le général Exelmans , venait de tomber malade, et Gustave, passant d'un chevet à un autre, courut la rejoindre en Allemagne et obtint de la ramener en France.

J^a Providence uuiltipliait les tribulations, elle avait ses desseins, et parmi ces épreuves, nous allons voir ap[)arailre la pensée de Dieu. En 1 8 i(),Guslave, malgiéson médecin, tint à faire maigi'e tout le carême. \vant la fhi, il fut saisi d'une fièvre nei"v( use, s.uis danger, mais non sans souffrance; et par lui phénomène assez bi/irre dans celt(^ maladie, il ne j)Ou\ait plus penseï" (pi'en latin. Il làllut donc

encore une fois recleiuaiulei' à Jkivonue la santé ])ercliie à Paris. C-e fut durant ces vacances forcées, vers la lin de seplemlire, qu'il s'ouvrit pour la première fois à sa mère sur sc^s désirs et ses projets : il se croyait appelé de Dieu. Madame de Ravignan, aussi surj)rise que désolée, employa tout le ienips cpii restait, jusqu'au retour à Paiis, jiour le dissuader d'une vocation qu'elle ne pouvait ou ne voulait ]5as croire. Elle obtint du moins la pron.esse d'un délai. Mais son tilslui déclara qu'il ne renonçait pas à sa résolution, (pi'd en ajournait seule- UKMit l'exécution, et que si Dieu daignait, en effet, l'app.eler à son service, il quitterait tout sans prévenir personne.

Il s'exprime aussi nettement dans une lettre du mois d'ocloljre suivant, datée du château de Ravignan et adressée à son frère : « Je suis à peu près décidé à entrer au séminaire. Depuis six mois que cette idée a élé forleuîciit réveillée en moi, je réfléchis, je n'ai point encore pris ma résolution définitive. ]\[a mère se tourmente et me tourmente. Tu penses bien qu'une fois ma résolution prise, rien au monde ne m'arrêtera. J'ai parcouru tous les points de vue de mon projet ; si Dieu m'appelle, j'obéirai, w

Cependant (iuslave reprit ses fonctions de magistrat a\er tant de /èle, et ses ivlations dans le

Page 1