LA MILICE ET LA MAGISTRATURE
versairo, tiisoras chassé comme eux. — Soit, je serai chassé ; mais je nioun'ai jésuite.» Et il a fail comme il avait dit.
Aux vacances de i(S20, il alla seul daus le Midi. Il s'y trouva pour aider un de ses amis d'enfance à mourir en chrétien. Toute une famille éplorée admirait dans ce jeune consolateur une foi si vive, une charité si sympathique. Il regrettait et il félicitait son ami, et, déjà envieux de mourir, il disait : « Ah ! que je voudrais donc être à sa place ! »
A la même époque, il écrivait cette lettre, la dernière datée de Saint-Laurent : 'c On se repose ici, le temps passe bien vite. Il faudra aller reprendre le collier de misère, le Iraùier jusqu'à la mort. C'est notre destinée ; aussi la mort vient ! La solitude instruit et retrempe. Tu te plains de ne pas assez réfléchir, mon cher ami ; nous en sommes, je crois, tous là^ moi plus qu'un autre. Les détails de la vie, notre métier, nos affections, nos inquiétudes de famille, que d'obstacles à bien penser! A Saint-Laurent, on vaut un peu mieux. La foi suit partout et remplace tout. C'est l'ancre de fixité. J'ai renouvelé mes prières sur la tombe de notre vénérable père. Fasse 1(^ Ciel que nous nous retrouvions un jour dans une union qui ne cessera point 1 »
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A son retour à Paris, le jeiiiie magistrat parut redouljler tl'aixleur; c'est qu'il avait la perspective du terme prochaui ; mais il se taisait, et mil au monde, sa mèi'e moins ([iie jxTsonnt», ne se doutait de son intime pensée. On avait bien remarqué des heures, même des journées, où il paraissait pensif et sombre ; on plaisantait en famille sur ce qu'on appelait ses noii^s, et il était le premier à rire de ces a])parentes tristesses. Sa tendre affection pour les siens n'en fut jamais altérée, son calme intérieur n'était pas même troublé ; seulement il se recueillait, parce qu'il allait agir.
Dans l'été de 1821, après avoir rempli les fonctions d'avocat général dans la célèbre affaire Cauchois-Lemairc, (lustave de P^avignan fut nommé substitut du procureur du roi à Paris. Cette promotion devait le porter rapidement au rang d'avocat général : k Laissez venir ce jeune homme, dit à cette occasion M. le premier président Séguier, mon fauteuil lui tend les bras. » M. Bellart le regardait aussi comme appelé aux plus hautes dignités de la magistrature. Au dire de tout le monde, il serait devenu, au Palais et à la Tribune sans doute, un de nos grands orateurs, un de nos plus habiles jurisconsultes, premier président, garde des sceaux. Quoi, encore ? TIélas ! que lui en i-esterait-il aujour-
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d'Ijui? Il a été mieux que cela, eu n'étant rien de tout cela.
Le nouveau substitut tenait fort peu à une position qu'il comptait sitôt quitter; mais comme sa famille était heureuse de son avancement, il fit scm- ])lant d'en être content lui-même.
« Je m'empresse, mandait-il à sa mère, de vous annoncer ma nomination définiti\(' à la place que nous désirions. Je me réjouis de pou\oir vous offrir cette consolation : la satisfaction que j'éprouve, c'est surtout le sentiment de la votre, et le bonheur pour un fds, c'est d'en causer à sa mère. Vous me permettrez de vous dédier les témoignages de bienveillance ou les succès que Dieu m'enverra. »
Dui"ant l'hiver de [822, il continua d'aller dans le monde, mais il ne faisait plus qu'assister aux bals, sans y prendre part : ce n'était plus pour lui qu'une question de bienséance. Sa pensée vivait ailleurs : « Voici les hommes, disait-il : on danse, on chante, on passe la rivière qui est prise, on dort et on mange. Pauvres de nous ! Pourquoi donc avoir tant d'orgueil?... Après tout, une seule chose est importante à considérer, ce n'est pas la vie, la fortune, le savoir; c'est la mort et l'immortalité. Avec cela on a de quoi se dégoûter de pl.usir et de bonheur pour goûter une autre félicité bien autre-
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ment saine et sentie. Qnancl je suis clirétien, je suis heureux, et j'ai fait, sans sortir de mon cabinet, le tour du monde. Je sais où doivent tendre tous nos efforts et tous nos désirs. Misérable 1 et souvent je dévie ; mais je suis ramené, une même pensée m'occupe toujours, je marche en sa présence. Je n'ai pas encore franchi le seuil de la porte; on veut que j'attende, il faut attendre et mûrir. »
Ainsi pensait saint François Xavier, après avoir entendu de la bouche de saint Ignace la grande parole de l'Evangile : Que sert à l'homme de gagner l'univers tout entier, s'il vient à perdre son âme?
« Je reviens de l'église, écrivait-il encore le jour de Pâques; j'ai rempli le plus saint, le plus facile et le plus fécond des devoirs, et l'avenir n'a rien qui m'effraie. Ma raison s'asseoit parmi la vie, parmi les ruines. Tout passe, mais la conscience reste... »
ce La fortune, s'écriait-il un autre jour, eh ! mon Dieu, avec la misère on peut être heureux, quand
on croit et qu'on espère Eh! mon Dieu, nous
finirons tous et tout sera dit. )i
Un de ses collègues était sur le point de faire un riche mariage : « Ah! mon ami, que je vous plains! lui dit-il pour tout compliment, vous allez donc avoir sur vous la malédiction des richesses, »
« A quoi donc pensent les hommes? disait-il