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CHAPITRE VII

Vie de dévouement et d'étude.

Le choléra à Paris. — Aumônier de la Visitation. — Dissentiment avec Montalembert. — Mort de Madame Lacordaire. — Madame Swetchine. — Un premier sermon. — Conférences au collège Stanislas.

A son retour de Rome, l'abbé Lacordaire mena une vie modeste et cachée trois années durant. Un peu avant les événements que nous venons de raconter, en avril 1832, une occasion de montrer son dévouement et son grand cœur se présenta. Pour la première fois, le choléra venait défaire à Paris une formidable invasion. Sur l'heure, sa résolution fut prise. Avec ce courage froid et calme qui l'a toujours distingué, il se donna corps et âme aux malades et aux moribonds.

Depuis la Révolution de juillet, le service de l'aumônerie était désorganisé dans les hôpitaux. Par une sotte prévention contre le clergé, et une cruauté d'iabolique vis-à-vis des âmes baptisées et demeurées chrétiennes, l'administration refusait les secours de l'archevèciue de Paris ; les prêtres ne pouvaient se montrer en soutane dans les rues. Ce fut donc sous des A'êtements laïques, et en se mêlant aux étudiants qui accoinpagnaient les visites des médecins, que Lacordaire pénétrait chaque jour dans vm hôpital temporaire établi aux Greniers d'abondance. « Il n'y a là, écrivait-il à Montalembert, ni sœurs de charité, ni aumôniers, ni prêtres de la paroisse. On a l)ien voulu tolérer ma présence et celle de deux autres. »

Rien de navrant comme le tableau qu'il fait de l'état des malades et de l'incurie sauvasre de l'administration

pour les soins spirituels. << J'ai la moindre part au travail, et chaque jour je fais une petite récolte pour l'éternité. La plupart des malades ne se confessent pas, et le prêtre n'est là qu'un député de l'Eglise venant chercher timidement s'il n'y aurait pas ciuelque âme qui appartienne au troupeau... Çà et là un ou deux se confessent. D'autres sont mourants, sans oreilles et sans voix. Je pose la main sur leur front et je dis, en me confiant à la divine miséricorde, les paroles de l'absolution. Il est rare que je sorte sans éprouver quelque contentement d'être venu. Hier une femme A-enait d'être apportée, et elle avait à son chevet un militaire, son mari; je m'approche, et comme je suis en la'ique, le militaire me demande s'il n'y aurait pas un curé : Moi, je le suis! On est heureux de se trouver juste à point pour sauver une âme et faire plaisir à un homme. » (22 avril 1832.)

Le cœur se serre à lire ces détails ; cette masse de peuple qui meurt sans espoir, sans sacrements, sans que l'idée de Dieu plane sur ce champ de carnage, quel triste spectacle! Les envoyés du Ciel sont là, prêts au labeur, et ils sont contraints de passer les bras croisés, le cœur débordant de tristesse et de pitié ; on ne leur parle qu'à voix basse, tant est cruelle la t3^rannie de l'homme sur l'homme, et stupide la peur de Dieu!

Vers la fin de cette même année, et après sa séparation d'avec La Mennais, Lacordaire reprit un rêve qui l'avait poursuivi pendant les moments les plus agités de sa vie. Il voulait se faire curé de campagne, dans quelque province éloignée, et il désignait, on ne sait pourquoi, la Franche-Comté. « Je veux m'ensevelir, disait-il, au fond d'une campagne, ne plus vivre que pour un petit troupeau d'hommes, trouver toute ma joie en Dieu et dans les champs. » Ainsi pai-la-t-il à Mgr de Quélen.

« — Mon fils, répondit l'archevêque, laissez-moi vous conduire. Dieu n'a pas dit son dernier mot sur vous. Pour le moment, je vais vous rendi-e à une vie solitaire de travail et d'étude. Retournez humblement auprès des Filles de Saint-François de Sales. Là vous attendrez votre heure. »

Il reprit donc le modeste logement qui lui avait élé

assigné en 1827, sa mère revint demeurer avec lui et il rentra dans le silence dont il a dit qu'après la parole c'est la seconde puissance du monde. Il se retrouvait dans son humble chambrette, aussi seul qu'autrefois, ayant rompu tout à la fois avec ses anciennes et avec ses nouvelles relations, sans guide comme sans soutien, et de plus ayant perdu cette robuste confiance en lui-même qui l'animait trois années auparavant, lorsqu'il pensait à faire voile pour l'Améric^ue.

Cette période marque, au point de vue moi-al et matériel, l'épociue la plus difficile de sa vie. Tout croulait autour de lui et il avait grand'peine à ramasser quelques restes de son énergie native. Mais son chagrin le plus dur était le dissentiment survenu entre Montalembert et lui à l'occasion de la fuite de L:i Chesnaie. Par là, Lacordaire avait libéré son àme, mais celle de son ami était demeurée enchaînée. « C'était vainement, dit M. d'Haussonville, que de Dinan même, avant de prendre la route de Paris, il lui avait écrit pour l'informer du parti qu'il avait pris. Il eut bientôt la douleur de savoir que ce parti n'avait pas été approuvé par Montalembert, et que celui-ci s'était même exprimé, en termes assez durs, sur ce qu"il appelait sa désertion. » Alors s'engagea entre les deux amis (car Montalembert partit peu de temps après pour l'Allemagne) une correspondance admirable par l'ardeur que Lacordaire y déploie pour arracher i'àme qui lui était chère à une influence dont il mesurait mieux que lui le danger. Ces lettres sont d'une flamme incro3'able ; elles méritent d'être citées parmi les plus belles et les plus touchantes qne l'amour d'une âme ait inspirées.

(( Hélas! lui écrivait-il, quel démon s'est glissé entre nous et nous empêche de nous comprendre, nous deux c|ui nous comprenions si bien? S'est-il donc écoulé des

siècles entre ce que nous étions et ce que nous sommes?... Tu ne devines ni l'immensité de ma douleur, ni celle de mon amitié. Hélas ! qui ai-je aimé, si ce n'est toi? qu'est-ce que j'aime, si ce n'est toi? Sans toi et sans l'Eglise, que m'importerait tout ce qui arrive et tout ce c^ui arrivera ? Ainsi des étrangers me comprennent, ils me rendent justice. Et toi? se peut-il que ma véritable pensée ne puisse arriver jusqu'à toi ! Ma vie tout entière est à toi. Je serais heureux aujourd'hui si tu l'étais. C'est toi seul qui manques à mon bonheur. C'est toi que je cherche et que je demande à Dieu. Tu es moi-même; tu es mon ami, mon frère, ma sœur; je t'ai trop aimé pour pouvoir être heureux sans toi. »

Ce que Lacordaire voulait obtenir, c'était que Montalembert s'engageât, comme lui-môme venait de le faire, par une lettre rendue publique, à suivre uniquement et absolument la doctrine exposée dans rEnc3'^clique, et à ne rien écrire ni approuver qui ne fût conforme à cette doctrine. Il voulait que cette correspondance fût envoj'ée directement par lui à Rome, et pour 1'}- déterminer lui adressait une lettre écrite en traits de feu, où il résumait les arguments déjà employés par lui, mais où il s'efforçait surtout de l'émouvoir par un appel désespéré à sa tendresse. « Tu sais si je t'aime, lui disait-il, tu sais si j'ai honte de rien quand il s'agit de toi... Charles, mon cher, mon doux ami," je t'en conjure encore une fois à genoux, dans le plus profond oubli de moi-même ; je baise tes pieds, je les mouille de mes pleurs; je rassemble en une seule fois toutes mes caresses de trois ans, tous mes chagrins pour toi, toutes mes joies, toutes mes humiliations que je préfère à tout; je te tiens sur ma poitrine, enivré d'amitié et du désir de ton salut, et je t'ordonne de m'obéir. Si tu ne m'obéis pas, il faut qu'il y ait une grande malédiction sur ta tête. Adieu : je veux que tu m'écriA-es sur le champ, que tu écrives sur le champ au Saint-Père, et que tu m'envoies une copie de ta lettre. >■

Oh comprend que, même après trente ans et plus écoulés, Montalembert ne pût relire ces lettres « sans une émotion que nul ne peut rendre » et c|u'il se soit accusé

de la trop longue résistance opposée à ces objurgations pathétiques. Il se rendit enfin, mais lentement, comme à regret, tant il était garotté par l'influence de cet homme sinistre. Lacordaire l'emporta en 183'i, au mois de décembre. Monialembert se résolut à écrire la lettre sollicitée, la lutte av^ait duré trois ans (1).

Le 2 février 1836, une autre douleur venait atteindre le cœur si aimant de Lacordaire; sa mère mourait entre ses bras « au moment où elle semblait n'avoir plus qu'à jouir d'une longue et heureuse vieillesse. » Télèphe venait d'avoir de l'avancement, et Théodore d'être promu à un nouveau grade; leur avenir était assuré et elle n'avait plus cju'à recueillir le fruit de toutes ses peines. Dieu ne l'a pas voulu, et s'était réservé d'être lui-même sa récompense; il la rappela donc à Lui.

Mais la Providence avait préparé à son fils privilégié une autre mère qui, celle-là, ne devait le précéder dans la tombe que de peu d'années. C'était Madame Swetchine, une noble veuve, qui bientôt reconnut en lui un fils de prédilection, et concentra sur sa tête si jeune, mais déjà battue par l'orage, tout ce que son âme si haute et si droite renfermait d'ingénieuse sollicitude et d'intime tendresse.

Née à la fin du siècle dernier, en pleine corruption d'une cour russe, unie à un époux plus âgé qu'elle de vingt-cinq ans, élevée en dehors de toute pratique religieuse, mais attirée vers le christianisme, par la pureté de sa nature et une grâce supérieure, elle avait eu le courage de chercher par elle-même la vérité à travers une longue série de lectures et d'études théologiques : elle en était sortie catholique. Une prédilection natu-

(i) Voir, pour plus de détails, M. d'Hausso.wille, pp. 78 à 81.

relie lavait attirée dans notre pays à une époque où il s'en fallait qu'une mutuelle sj'mpathie rapprochât les deux nations; elle y passa quarante années de sa vie. Elle s'était faite le centre d'une petite élite d'hommes de premier ordre, qu'elle avait su rassembler autour d'elle, Cuvier, Montalembert, le P. de Ravignan, Alexis de Tocqueville, etc.. « C'était, dit M. d'Haussonville. une chrétienne accomplie, qui saA^ait en même temps comprendre avec une exquise délicatesse les rapports de la foi avec les mœurs et les sentiments de la société où elle vivait.

Point belle, exilée, vieillie, c'est au charme de sa conversation qu'elle dut le succès de son salon. Elle a dit elle-même : « La politesse chez une maîtresse de maison consiste à alimenter la conversation et à ne s'en emparer jamais. » Elle sut cultiver cet art délicat et s'en servir pour fonder le premier salon chrétien de notre temps, A'éritable hôtel de Rambouillet, moins frivole, mais non moins influent que celui du grand siècle.

Lacordaire nous a conservé toute vive l'impression qu'elle produisit sur lui le jour où Montalembert le présenta : « J'abordais aux rivages de son âme, dit -il, comme une épave brisée par les flots, et je me rappelle encore après vingt-cinq ans, ce qu'elle mit de lumière et de force au service d'un jeune homme cjui lui était inconnu. Ses conseils me soutinrent à la fois contre la défaillance et l'exaltation... Par cruels sentiments fut-elle poussée à me donner son temps et ses conseils? Sans doute quelque S3^mpathie l'y portait, mais, si je ne me trompe, elle fut soutenue par la pensée d'une mission qu'elle avait à remplir près de mon âme. Elle me vojait entouré décueils, conduit jusque-là par des aspirations solitaires, sans expérience du monde, sans autre boussole que la pureté de mes A'ues, et elle crut cju'en se faisant ma providence, elle répondrait à une Aolonté de Dieu. »

On ne pouvait marcjucr d'un trait plus juste la maternelle mission qu'assumait Madame Swetchine . Elle devint en effet, et demeura plus d'un quart de siècle, le guide, l'avocat, le médecin de cette existence agitée et contestée. Avec son esprit sur, son tact de femme, sa

connaissance des hommes et des choses, elle prévint de sa part des résolutions inconsidérées, des mouvements trop vifs, des démarches intempestives, retenant Lacordaire » par le pan de son habit, » comme elle dit ellemême, pour ralentir des écarts trop brusques, avec cet esprit de douce autorité et de suprême respect auquel elle sut toujours rester fidèle.

Rien ne troubla jamais l'union bénie de ces deux âmes, de cette mère et de ce fils, si dignes l'un de l'autre et si bien dépeints par cette parole de Lacordaire sur Madame Svvetchine : « Je n'ai rencontré personne qui eût une liberté aussi hardie dans une foi aussi solide. »

« Voulez-vous voir la mère du prédicateur, disait-on un jour à deux personnes qui écoutaient Lacordaire avec une admiration manifeste.

— Mais elle est morte depuis dix ans !

— Non, la voilà, regardez-la bien. »

Et l'on montrait une femme, cachée derrière une colonne, dont la constante assiduité, la vigilante attention et l'évidente béatitude avaient donné lieu à cette touchante illusion. Cette femme, c'était Madame Swetchine, et elle s'était faite la conseillère plus qu'une amie, plus qu'une sœur, la protectrice et la mère de cet homme de génie. « Mon ami, lui dit-elle un jour, pourquoi me dites-vous toujours Madame, et en vedette? N'ai-je pas mieux mérité de vous? »

Et c'était vrai I

Cependant l'heure de l'action allait sonner pour Lacordaire. Dans cette rue étroite et tortueuse du Quartier Latin, il s'était assez recueilli, se rassérénant et se fortifiant chaque jour dans le travail, la prière et la charité. L'aigle allait s'échapper de ce doux nid. Plusieurs fois on lui avait offert de prendre la direction de VUnivers, qui se formait alors. On lui avait offert même une chaire

à l'Université de Louvain, rien n'avait pu avoir raison de cet amour pour sa solitude laborieuse et parfumée de piété. Pourtant le souci des grands intérêts sociaux ne le quittait point. L'instinct de l'avenir qui lui était réservé, se combinait dans son esprit avec le goût passionné du calme. « Parler et écrire, vivre solitaire et dans l'étude, voilà mon âme tout entière. »

Il était monté, au printemps de 1833, pour la première fois dans cette chaire de Saint-Roch qui devait entendre, dix-neuf ans plus tard , les derniers et foudroyants accents de sa voix à Paris. Et, à cette occasion, Madame Swetchine avait été prise des vagues terreurs qui saisissent les mères aux instants décisifs de la vie de leurs fils : « Jamais je ne pourrais m'asseoir aux pieds de sa chaire, avait-elle dit, je me sens d'avance incapable d'y maîtriser mon émotion maternelle. Le soir venu, seule, agitée, visiblement inquiète , elle attendait dans son salon. Les amis revinrent enfin, la tête basse. L'un d'eux, Armand de Melun, se décida à parler le premier : — Ce ne sera jamais un prédicateur, fit-il d'un air consterné ; d'autres déclarèrent cjue l'abbé Lacordaire était évidemment un prêtre de mérite, mais qu'il n'avait pas le don de la parole sacrée... Le premier essai avait été un échec.

Lui-même le crut : « Il m'est évident, disait-il, que je n'ai ni assez de force physique, ni assez de flexibilité dans l'esprit, ni assez de compréhension du monde, où j'ai toujours vécu, et vivrai toujours solitaire, enfin l'icn de ce qu'il faut pour être un prédicateur dans la force du terme. Mais je puis un jour être appelé à une œuvre que léclamc la jeunesse et qui lui soit uniquement consacrée. Si je puis utiliser ma parole pour l'Eglise, ce sera uniciuement dans le genre apologétique, c'est-à-dire dans cette forme où l'on rassemble les beautés, les grandeurs de l'histoire et la polémique religieuse pour répandre le christianisme dans les esprits et y engendrer la foi. »

Dans ces quelques mots, Lacordaire trace admirablement le plan de toute sa vie, sa mission de porte-parole de la vérité, son influence merveilleuse sur son siècle et tout particulièrement sur la jeunesse. Ce que Château-

briand avait été dans la littérature au sortir de la Révolution, le chantre des beautés et des sublimités du christianisme, Lacordaire le sera dans la chaire chrétienne, en découvrant avec son génie les horizons de la vérité catholicjue, et en forçant une philosophie trop longtemps dédaigneuse à compter avec elle.

Pour arriver là, il ira chercher, non pas cette foule jouisseuse et infatuée d'elle-même, qui, sans examen, regarde comme accjuise la définitive victoire du vice et de la liberté sans limites contre la Raison éternelle et les droits imprescriptibles de Dieu, mais bien des âmes jeunes, enthousiastes du beau, des coeurs généreux et capables de tous les sacrifices.

Cette œuvre uniquement consacrée à la jeunesse se présenta bientôt. Il fut invité à faire des conférences pour les élèves du plus modeste des collèges de Paris, le collège Stanislas. Elles commencèrent le 19 janvier 183i, et dès la seconde, la chapelle ne j^ut contenir la foule qui afHuait du dehors. Bientôt on y remarqua Chateaubriand, Odilon Barrot, Lamartine, Victor Hugo, Berr\'er, et avec eux les hommes les plus éminents des Chambres, du barreau et de la presse. Il fallut construire une tribune; cincj ou six cents auditeurs sy pressaient. << Déjà, dit Montalembert, on 3' trouve les caractères distinctifs de l'orateur de Notre-Dame : l'originalité saisissante, la passion pénétrante et sincère, l'impétueux élan de la parole et de la pensée, la tendresse, l'ironie. » Cependant, qu'on le croie bien, il ne lui a pas suffi de paraître pour vaincre. Si on aimait ses qualités natives, l'élégance, la spontanéité, l'accent personnel de sa langue neuve et toute moderne, l'autorité en chaire s'acquiert et se gagne plutôt qu'elle ne s'impose. L'incrédulité venait, séduite par la beauté de la forme, mais le fonds menaçait la conscience, imposait des devoirs, et plus d'une plaisanterie et d'un sourire protestèrent parfois sans assez se gêner. Aussi le jeune prédicateur dût-il un jour jeter à certains ricaneurs cette fière apostrophe : (^ Dieu vous a donné de l'esprit, Messieurs, beaucoup d'esprit, mais pour vous montrer qu'il n'a pas peur de l'esprit des hommes. »

Le retentissement fut considérable. Cette allure, non pas agressive mais vaillante, cette fougue dans la chaire de vérité, jusque-là si mesurée et si sage, parut imprudente à plus d'un auditeur. Lacordaire fut dénoncé à Rome, dénoncé auprès du Gouvernement, dénoncé surtout auprès de l'Archevêque de Paris, et il lui fallut suspendre ces conférences si goûtées par les âmes droites et larges, puis renoncer à les reprendre pendant l'hiver de 1834-1835.

Pourtant la brèche était ouverte, il y passera triomphalement.

On ne sut que plus tard d'où était venue l'opposition du jeune orateur. Sans doute des bonnes âmes avaient été dupes d'une prudence à courte vue, mais l'adversaire acharné, tout-puissant, bien que caché, c'était le Pouvoir. Soupçonneux, inquiet de ce cri d'admiration qui avait couru d'un bout de Paris à l'autre, le nouvel Hérode avait eu peur d'un enfant! Le croira-t-on? le ministre défendit ces conférences comme entachées de libéralisme! ! ! observation hypocrite et par trop grotesque de la part d'un gouvernement dont la liberté était le drapeau... L'archevêque se récria, défendit l'orateur. Mais le siège était fait; on lui répondit sèchement : Faites-le prêcher à Notre-Dame si bon vous semble ; il ne faut pas qu'on

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