‹ Vie, écrits et correspondance littéraire de Laurent Josse Le ClercChapitre 29 sur 70 · REMARQUES SUR DIFFERENTS ARTICLES DU DICTIONNAIRE DE MORÈRI · texte numérisé non relu

REMARQUES SUR DIFFERENTS ARTICLES DU DICTIONNAIRE DE MORÈRI

La plus grande partie des ouvrages de M. Le Clerc que nous aurons désormais à faire connaître a pour objet la vie et les écrits des gens de lettres. 11 désigne quelquefois cette science par le mot littérature : on pourrait assez justement l'appeler biographie littéraire. « Ce genre d'études, dit M. Collombet, a presque besoin d'être défendu aux yeux de certains lecteurs qui veulent sans doute connaître à quelle époque vécut un homme, quand et comment il publia ses ouvrages, mais qui s'étonnent que l'on passe de longues heures à des investigations de cette nature, et qui affectent de les traiter avec un superbe dédain, comme si elles n'étaient bonnes que pour des gens sans imagination. Nous avons besoin de protester contre ce ridicule mépris pour des occupations utiles et même nécessaires (i). »

Mais peut-être, tout en reconnaissant leur mérite et leur avantage, certains esprits trouveront-ils que M. Le Clerc consumait en de semblables recherches un temps qu'ils estimeraient mieux employé à l'étude des sciences sacrées ? Peutêtre même, à la vue de ces volumes par lesquels M. Le Clerc s'est placé « au premier rang parmi nos meilleurs biographes » (2), seront-ils tentés de penser que leur auteur n'a

(1) Vie de l'abbé L.J. Le Clerc, Revue du Lyonnais (Nouv. série), t. V, p. 143.

(2) Bégin, Biographie Je il Moselle, tome I, p. 274.

pu obtenir de pareils résultats qu'en sacrifiant aux goûts de l'érudit les devoirs plus importants de Directeur de Séminaire? Des travaux tels que ceux qui ont été analysés dans les chapitres précédents, et dont la publication eût suffi pour illustrer, au moins parmi nous, le nom de M. Le Clerc, répondent suffisamment au premier de ces deux reproches. Quant au second, M. le Clerc en écartait, sans le savoir, l'injurieux soupçon, lorsque, en 1725, dans sa Lettre sur le Dictionnaire de Bayle, composée au Séminaire de Lyon , il écrivait ces paroles : « Pendant près de trente ans, mon capital a été la Théologie et la critique ecclésiastique, la critique littéraire ne m'ayant servi d'occupation qu'en partie et seulement depuis environ dix ou douze ans. Aujourd'hui que je suis plus porté que jamais à m'y appliquer, je n'ai presque plus de temps pour le faire, étant chargé ici d'environ six sermons par mois, sans compter les autres occupations que la direction dans un Séminaire entraîne nécessairement après soi. La présente lettre que j'ai commencée le [3 de ce mois (de mai), et que j'espère finir avant le premier jour de juin, n'est faite, comme l'on dit, qu'à bâtons rompus, et il se trouvera qu'avant de la terminer j'aurai fait cinq discours ou sermons de trois quarts d'heure chacun ». {Lettre ms. p. 216-217). Aussi verronsnous plus d'une fois M. Le Clerc qualifier de simple amusement des recherches qui, à elles seules, rempliraient dignement la vie d'un homme.

Sa critique s'exerça d'abord sur le Dictionnaire historique de Moréri (1). Il publia à la fin de décembre 17 19 un premier volume de Remarques (2). Le livre parut sans nom de lieu ni d'imprimeur, mais à Orléans, ainsi que nous l'apprenons de l'auteur lui-môme. Il n'en fit tirer que quatre-vingt-dix

(1) Cependant, dès 17 18, lorsque parut la Nouvelle Description de la France, par Piganiol de La Force, jM. Le Clerc avait envoyé au libraire Delaulne l'indication des fautes à corriger dans l'article Orléans, ainsi que des Mémoires sur les entrées des évêques de cette ville (Lettre Je M. Le Clerc an P. L'iong du 7 septembre 1720).

(2) Remarques sur différents articles du premier volume du Dictionnaire de Moréri, de l'édition de IJ18; 1719, in-8°, pp. XL.vin-208.

exemplaires (i), qui ne furent même pas mis dans le commerce; aussi, comme le Président Bouhier le remarquait déjà dans une note écrite à la tête de son exemplaire, cet ouvrage est-il extrêmement rare. « Je n'en ai communiqué que trèspeu à quelques amis, disait M. Le Clerc au P. Lelong, pour les prier de prendre la peine de les lire et de ne me pas épargner leur critique, et je m'en suis bien trouvé (14 août 1720). La préface, que Mathieu Marais appelle merveilleuse, expose avec beaucoup de simplicité l'occasion et le but du livre.

« Je n'ai point entrepris la révision entière du Dictionnaire de Moréri, et ce n'est pas mon dessein d'en corriger toutes les fautes ; je n'ai ni les lumières, ni le temps, ni les livres nécessaires pour une si vaste entreprise. J'ai encore moins en vue d'en choquer ou d'en décrier les habiles réviseurs, que je regarde comme mes maîtres en fait de recherches et de découvertes littéraires ; je sais trop ce que coûte la discussion exacte des faits , et combien il est aisé de s'y méprendre. Un Dictionnaire universel est d'une exécution si longue, si pénible, et souvent si rebutante, que ceux qui ont eu le courage de l'entreprendre pour rendre service au public méritent assurément, quelque imparfait que soit leur travail, que l'on ait pour eux toute l'indulgence possible. Voici donc, en peu de mots, toute l'histoire de mon petit ouvrage , l'occasion qui l'a fait naître et les vues que je m'y suis proposées.

» J'achetai , au mois de mars dernier, le Dictionnaire de Morêri de l'édition de 17 18. Je la croyais beaucoup plus parfaite que les précédentes, mais je ne fus pas longtemps à me détromper de l'idée avantageuse que j'en avais conçue. Je remarquai d'abord , en m'amusant à en lire différents articles à l'ouverture du livre, qu'il y avait bien des dates fautives, des noms défigurés, des contradictions, etc. Je formai le dessein d'en parcourir le premier volume de suite et de noter en marge toutes les fautes que j'y apercevrais. Je le fis, et, dans l'espace d'un mois, mes Remarques se trouvèrent monter à plus de trois cents. Je n'avais, pour lors, d'autre dessein que de satisfaire ma curiosité, et de m'amuser d'ailleurs assez agréablement dans des heures où je n'avais rien de plus pressé. Un religieux de mes amis, auquel je parlai de mes Remarques, me demanda si je serais d'humeur à les communiquer à un habile homme de sa connaissance qui travaillait à réformer le Dictionnaire. Je l'assurai que je les lui communiquerais de bon cœur. Ce religieux en écrivit à son ami. En attendant la réponse (qui n'est

(1) Dans sa Bibliothèque du Richekt (art. Mèri), M. Le Clerc dit cent, probablement pour faire un compte rond ; mais, dans sa lettre au P. Lelong du 14 août 1720, il dit quatre-vingt-dix.

point venue) (i), je repassai de nouveau le premier volume du Dictionnaire, mais avec plus d'attention que je n'avais fait la première fois, et je commençai à mettre mes Remarques au net. Ce travail m'occupa pendant environ trois mois, et jusqu'à la fin de juillet. Le loisir que me donna ensuite le temps des vacances me porta à recommencer tout de nouveau à relire différents articles que je n'avais parcourus qu'à la hâte. Mes Remarques augmentèrent chaque jour; enfin, je pris la résolution, au commencement du mois d'octobre, de faire imprimer mon manuscrit et d'en faire tirer un petit nombre d'exemplaires qui pussent seulement me servir comme de simples copies de mon ouvrage mises au net. L'impression alla assez lentement et ne fut achevée que quelques jours avant Noël. Je profitai de ce temps pour revoir différents endroits , d'où je tirai un assez grand nombre de fautes que je n'avais point jusques-là aperçues et que j'ai fait imprimer par manière d'addition. » (p. I. IL)

Répondant ensuite à quelques difficultés qu'on lui avait proposées contre son ouvrage, M. Le Clerc achève de peindre les dispositions dont il était animé en le composant.

« Je sens bien, dit-il, qu'on peut me faire un reproche de » ce que je me suis hasardé de faire imprimer mes Remar- » ques avant d'avoir entièrement terminé mon travail. Je ne » devais pas tant me presser, j'en conviens. Mais après tout,

(i) Cet endroit quelque peu mystérieux est expliqué dans la lettre de M. Le Clerc au P. Lelong du 31 août 1720 : « Si celui pour qui j'avais commencé ces Remarques, dit-il, eût voulu en profiter, je ne les aurais point fait imprimer. Je pense que celui qui m'avait promis de lui en écrire s'était trompé et avait cru , sans beaucoup de raison , que cet homme (c'est un nommé de Wailli , avocat) travaillait à nous procurer une nouvelle édition de Moréri. J'ai su depuis qu'il avait travaillé à l'édition de 17 18. Apparemment, il se choqua de ce que le religieux (c'était un P. Jésuite de ses parents) lui marqua que je trouvais cette édition extrêmement défectueuse, et ne crut pas qu'un inconnu comme moi pût lui donner de bons avis. » — Qu'était ce Wailli, dont parle ici M. Le Clerc? Le P. Lelong nous l'apprend dans sa réponse du 5 septembre 1720 : « Je crois connaître ce Wailli, avocat, qui a revu l'édition de Moréri de 17 18. C'est le fils d'un crieur qui s'est donné la peine de ramasser, depuis plus de 25 ans, les Mémoires du temps. Il voit toutes les Gazettes de l'Europe et les Mémoires sur lesquels se compose celle de France, et il marque en particulier les histoires qui se confirment par les nouvelles suivantes. J'ai parcouru quatre ou cinq volumes de sa façon, dont j'ai extrait quelques dates. Il a une bibliothèque assez médiocre. » On sent bien, à ce dernier trait, que le P. Lelong était un bibliothécaire.

» ce n'est point ici une impression dans les formes, ni par » conséquent un ouvrage proprement mis au jour et donné » au public. Ce ne sont que des copies au net de mon » ouvrage, destinées à être mises entre les mains de mes » amis, afin qu'ils soient plus en état de m'en dire leur sen- » timent et d'y marquer, comme je les en supplie, tout ce » qu'ils y trouveront de peu correct et de défectueux. Une » critique impitoyable de leur part me mettra en état de per- » fectionner mon travail, et de le donner ensuite au public » avec plus d'assurance, s'ils jugent qu'il en vaille la peine... >■> Il a semblé à quelques personnes que j'avais relevé un » trop grand nombre de fautes peu considérables, surtout des » dates fautives, qui sont pour la plupart des fautes d'impres- » sion. J'avoue de bonne foi que si j'avais eu dessein de » faire ce que l'on appelle une critique , c'eût été à moi une » espèce de pédantisme de m'amuser à remarquer un si -> grand nombre de ces sortes de fautes. Mais mon dessein » était de contribuer à la perfection du Dictionnaire et non >> pas de le critiquer » (p. HT, IV).

M. Le Clerc expose ensuite longuement le plan de ses Remarques , plan qui contient un détail des principales imperfections du Dictionnaire. Chronologie défectueuse, géographie inexacte, noms propres défigurés, citations fausses, vagues ou obscures; défaut de discernement dans le choix des auteurs, narrations imparfaites, contradictions et omissions nombreuses, expressions peu correctes, équivoques, outrées; tels sont, avec preuves à l'appui, les principaux reproches qu'il adresse à la nouvelle édition du Dictionnaire (pag. v-xlvii).

Les Remarques contenues dans ce premier volume portent uniquement sur les articles du Dictionnaire commençant par les lettres A et B. Un pareil travail ne s'analyse pas. Tout au plus peut-on en signaler les endroits les plus importants. C'est ce que nous ferons tout naturellement en parlant des éloges et des critiques dont ce livre fut l'objet.

M. Le Clerc l'ayant envoyé aux Jésuites qui rédigeaient les Mémoires de Trévoux, le P. Thoubeau lui répondit par la lettre

suivante, datée de Paris le 17 mai 1720 : — « J'ai bien des » excuses à vous foire sur mon silence depuis près de deux » mois. Le sieur de Bure, libraire, qui m'apporta le paquet » que vous me faisiez l'honneur de m'envoyer, se chargea de » vous écrire que je lirais et ferais lire par des personnes » intelligentes votre livre. Je l'ai fait voir à un célèbre avocat, » à un chanoine, habile homme, à d'autres savants, à de nos » Pères. Tous louent votre dessein et le croient utile au pu- » blic, mais généralement on désire : i° que vous ne donniez » votre ouvrage au public qu'in-folio quand il sera achevé, et » que vous le nommiez Supplément du Dictionnaire historique ; » 20 que vous mettiez par conséquent à chaque article ce qui » le regarde, pour épargner la peine aux lecteurs d'aller cher- » cher dans les catalogues ou de fausses dates, ou d'omis- » sions, ou d'autres fautes, s'il n'y a rien qui regarde cet » article qu'ils ont devant les yeux. Ces recherches que l'on » oblige de faire quand on ne met pas tout au même en- » droit, déplaisent aux lecteurs et leur paraissent une étude » chagrinante. 30 On croit qu'il faut éviter l'air de chagrin » contre qui que ce soit, et d'acharnement sur certaines per- » sonnes; des airs de modération font plus d'effet. Il ne faut » aussi prendre fait et cause pour personne. Il faut blâmer » ce que vous jugez blâmable dans ceux même que l'on loue » d'ailleurs selon la vérité. 40 On a trouvé peu de fautes pour » le langage. Celles qu'a trouvées cet avocat célèbre, il a mis » dessus des papiers bleus. Il n'a trouvé rien à redire pour » ce qui regarde le droit. Il n'a pas eu le temps d'éclaircir » l'histoire des jurisconsultes. J'avais envie de le taire pour » lui, mais nous n'avons ni la première ni la seconde édition » de la Bibliothèque de M. Simon, et d'ailleurs on m'a chargé » du soin du Journal de Trévoux, non pas que je compose » des extraits, mais j'ai soin qu'on les fasse, et je fais les » nouvelles littéraires, ce qui m'emporte plus de temps que » je ne puis vous dire , à cause des mouvements que je me » donne pour avoir des livres qui méritent qu'on en fasse » l'extrait, et des lettres qu'il me faut écrire pour avoir des » nouvelles, sans parler des autres soins qu'il me faut prendre

» pour que rien ne paraisse qui ne soit dans l'ordre. A l'oc- » casion de ce journal, quand vous le jugerez à propos, on » y annoncera votre ouvrage, Monsieur, et de la manière que » vous le souhaiterez, et quand vous le désirerez on en fera » l'extrait. Ayez seulement la bonté de me dire ce que vous » désirerez, afin que je ne fasse ni plus ni moins. J'ai pris la » liberté de mettre diverses remarques à la marge de votre » ouvrage. On ne peut être avec plus d'estime de votre zèle » pour la religion et de votre érudition , ni avec plus de » respect que je suis, Monsieur, votre très-humble et très- » obéissant serviteur en N.-S. — Thoubeau, de la Compagnie » de Jésus ».

Le P. Lelong, de l'Oratoire, avec lequel M. Le Clerc était entré en relation, reçut également un exemplaire des Remarques avec prière de les examiner. L'envoi était accompagné de cette lettre où M. Le Clerc découvre à la fois la candeur et la fermeté de ses sentiments. « Vous me ferez » plaisir de me dire ce que vous pensez de mes Remarques » sur Moréri, qui ne doivent passer que comme un manus- » crit ou projet d'un ouvrage, le nombre des exemplaires en » étant très-petit. J'ai reçu dessus de fort bons avis et j'y ai » découvert plusieurs fautes, quoique en petit nombre. » J'avoue que je tremble quand je pense à devenir auteur, » étant fort mal aisé de ne pas se tromper dans beaucoup de » faits dont la recherche est difficile et la découverte encore » davantage. On m'a reproché en particulier que je fais » paraître du préjugé contre les écrivains de Port-Royal. Je » ne me défends point là-dessus. Ce n'est pas que je ne sois » convaincu que c'est un défaut que je dois éviter dans un » ouvrage comme le mien. Mais en supprimant beaucoup » d'autres choses que je pouvais dire et qui pouvaient paraî- » tre odieuses quoique vraies, j'ai cru que je ne devais pas » passer sous silence différentes vérités que j'ai dites. Je fai- » sais des Remarques sur un ouvrage dans lequel le préjugé » en faveur de ces Messieurs saute aux yeux. Les anti-Port- » Royalistes s'en plaignaient, les Port-Royalistes en triom- » pliaient. Je souhaitais ramener le tout à un juste milieu. J'ai

» donc été nécessité de m'étendre un peu sur le sed contra. Je » ne l'ai fait qu'afin que ceux qui travaillent à une nouvelle » édition se renferment plus dans le style historique. Au reste, » je retrancherai dans une nouvelle édition, etc. Peut-être les » nouveaux réviseurs, sentant de la peine en lisant certains » faits que je rapporte, suivront la règle de l'équité naturelle, » quod tibi fieri non vis, alleri ne feccris. J'ai d'ailleurs cette » voie sûre pour me défendre, que j'ai opposé des vérités à » plusieurs faits qui n'étaient pas vrais, ou au moins qui » étaient altérés. Je sais de bon lieu qu'on a fait imprimer » ici un petit ouvrage contre le mien, mais je n'ai pu encore » parvenir à en avoir un exemplaire. Après tout, je suis tou- » jours prêt à me corriger et sans peine, même sans dispute, » dès qu'on me fera voir que je me suis trompé. » (31 août 1720) (1).

La critique dont parle ici M. Le Clerc était une brochure in-8° de 96 pages, imprimée au mois d'août 1720 à Orléans, sans nom de libraire ni de lieu , avec ce titre : Discussion critique et théologique des Remarques de M*** sur le Dictionnaire de Moréri de l'édition de iyiS , par M. Thomas, docteur de Louvain. Dom Le Cerf a attribué cet opuscule à Dom Billouet, mort à l'âge de 36 ans, le 2 mars 1720. Une preuve certaine qu'il est du P. Méri, c'est le témoignage de M. Perdoulx de La Perière, ami intime de ce religieux, qui le visitait souvent, qui l'y a vu travailler (2), et a appris de lui que le faux nom de Thomas, sous lequel il se cachait, était le nom de famille de sa mère (3). « C'est ce que M. de La Perière m'a assuré

(1) Le P. Lelong trouva la préface « judicieuse » et reconnut que les Remarques elles-mêmes « venaient d'une personne éclairée et fort exacte. » (Lettres du 30 août et du 5 septembre 1720.)

(2) « On ne peut pas être plus certain que je le suis de ce fait, ayant ététémoin oculaire de l'entreprise et de la composition de cet ouvrage. » (Lettre (première) de Dom P. Le Ricboutx de Norias (Michel Perdoulx) à un de ses confrères sur la Bibliothèque historique et critique des auteurs de la congrégation de Saint-Maur, composée par D. Le Cerf; Orléans, 1727.)

(3) Dom François Méri, natif de Vierzon au diocèse de Bourges, fit profession dans l'abbaye de Saint-Faron de Meaux, le 4 septembre 1694, a l'âge de 19 ans. Il travaillait à une Bibliothèque des écrivains du Berri lorsque

en 172 1, dit M. Le Clerc. D. Méri fit tirer 200 exemplaires de sa Discussion. Cet opuscule n'ayant paru qu'après la mort de D. Billouèt, et M. Le Clerc ayant appris du P. Lelong, son ami, qu'elle vcnoit des Bénédictins d'Orléans, il crut que D. Billouèt en étoit l'auteur, et il fut confirmé dans cette pensée parce que D. Méri gardoit avec lui un profond silence à ce sujet. Cependant, M. Le Clerc lui en ayant parlé comme d'un ouvrage dont il ne connoissoit point l'auteur, D. Méri lui en parla à peu près sur le même pied, et cela n'alla pas plus loin. M. Le Clerc, qui avoit encore presque tous les exemplaires de son ouvrage, corrigea à la main, sur chacun d'eux, cinq à six endroits où il se sentoit bien relevé. Il acheta ensuite une douzaine et demi d'exemplaires de la Discussion, qu'il distribua à ses amis, après y avoir mis de courtes notes en marge, dans lesquelles il se justifioit ou se condamnoit, suivant que son adversaire le reprenoit avec raison ou sans raison. Une seule chose lui fit de la peine dans la suite, ce fut que D. Méri, dans le Catalogue de la Bibliotbcca Prustclliaua — ou Catalogue de la Bibliothèque publique d'Orléans, qui vient de M. Prousteau, — en parlant des Remarques sur Moréri, y eût ajouté par M. Le Clerc. »

la mort l'enleva, le 18 octobre 1723. Voici en quels termes M. Perdoulx de La Perière annonçait cette nouvelle à M. Le Clerc : « Je dois vous informer de la mort du petit Père Méri, arrivée à Maçai en Berry le 18 du mois dernier. On assure qu'il s'est épuisé en passant les nuits à la composition de son ouvrage , qu'il avait bonne envie de faire paraître.

La Parque apprenant que Merri

Alloit nous enrichir d'un livre

Qui le feroit à jamais vivre , Et rendroit immortels les auteurs du Bern ,

Par une jalouse colère

L'a mis dans l'éternelle bière ;

Mais malgré son cruel courroux ,

Ce digne et savant personnage , Eussions-nous le malheur de perdre son ouvrage,

Il vivra toujours parmi nous.

Je me suis hasardé de faire ces vers à sa louange, et, qui pis est, de vous les envover. » (12 novembre 1723.)

REMARQUES SUR M0RER1 6l

Tel est le récit fait par M. Le Clerc dans sa Bibliothèque du Riche! et (art. Mérî).

Quant à la Discussion critique, elle ne porte que sur la première partie, c'est-à-dire sur les Remarques qui comprennent l'A. Elle ne touche môme qu'à 23 ou 24 endroits pris dans 14 articles des Remarques, lesquelles sont au nombre d'environ 200 plus ou moins considérables (1). Encore faut-il observer que près de la moitié de la Discussion (3 5 pages sur 96) est employée à justifier l'article Arnauîd du Dictionnaire, article émané du janséniste Dupin, qui, « n'ayant pas eu la liberté de l'insérer dans sa Bibliothèque des Auteurs ecclésiastiques, profita de la nouvelle édition de Moréri pour le faire paraître. » (Lettre du P. LelongàM. Le Clerc, 2S octobre 1720.') On connaîtra suffisamment l'objet et la portée des critiques de D. Méri par la réponse qu'y opposa M. Le Clerc. Elle n'est pas parvenue jusqu'à nous, mais l'auteur en a fait une analyse détaillée dans sa lettre déjà citée au P. Lelong. Nous en donnons ici une partie, ajoutant entre parenthèses ce qui est nécessaire à l'intelligence du texte.

« Je vous aurais écrit plus tôt pour vous remercier de » votre lettre, mais j'en ai été empêché, ayant été obligé » de faire assez vite une réponse au petit ouvrage que l'on » a fait contre moi et que j'achetai le jour même qu'il parut, » qui fut le 9 septembre. Je l'ai finie en moins de quinze » jours, et je l'ai communiquée ici à mes amis, mais sans » dessein de la faire imprimer. Voici la méthode que j'ai » suivie.

» J'ai fait voir, sur l'article Abclly, que ce prélat n'a point » enseigné ce que la Discussion lui impute touchant (l'obli- » gation du précepte de) l'amour de Dieu et le délai de l'abso- » lution (à l'égard des récidifs), et que, sur le tait de la vie » de M. Vincent, il démontra fort bien l'unique point con- » testé par l'abbé de Barcos, savoir que ce qu'il avait rapporté » des paroles de M. Vincent sur le compte de l'abbé de

(1) Savoir : 653 sur la lettre A, 401 sur la lettre li. et i>.| dans les Additions. Total : 1,188.

» S. Cyran était tiré des mémoires que lui avaient fournis » MM. de la Mission...

» Sur l'Absolution, je cite les auteurs que j'avais en vue en » disant que tous les savants convenaient de la fausseté de la » proposition de M. Arnauld (affirmant que, dans l'ancienne » Eglise, on n'accordait l'absolution aux pénitents qu'après » une satisfaction publique)... Ainsi, pour justifier mon as- » sertion, je produis plus de 130 Docteurs ou écrivains, » pendant que mon docte censeur, pour la combattre, n'a pu » venir à bout de m'en opposer 3. Je fais même voir que les » deux seuls qu'il a nommés, savoir : M. de l'Aubespine et » le P. Juénin, lui sont opposés autant qu'à moi (1)...

» Sur Agrippin, sans répéter de nouveau ce que j'en ai » dit, je persiste à soutenir que mes preuves sont bonnes » (à l'effet de démontrer que, nonobstant la décision contraire » d' Agrippin, évêque de Carthage, l'ancienne pratique de re- » cevoir les hérétiques sans les rebaptiser avait été continuée » en Afrique). J'avoue pourtant que je me suis trompé dans la » dernière que je tire de Saint Augustin, laquelle je n'avais \ citée que de mémoire et que je conviens n'être point de » lui, quoiqu'au fond elle soit bonne. C'est là proprement le » seul fait de conséquence sur lequel j'ai été bien relevé et » dont je ne puis m'empècher de savoir gré à mon censeur.

» Sur M. Arnauld, je fais voir qu'il est faux que les pro- » testants aient jamais désavoué les faits principaux objectés » à M. Arnauld par le ministre Jurieu, tels que sont, par » exemple, ceux-ci : que sa doctrine et celle de Jansénius sur » la Grâce ne diffèrent point de celle de Calvin; que M. Ar- » nauld a porté fort loin l'obligation d'obéir au pape et aux » évêques lorsqu'il a écrit contre les protestants sur l'autorité » de l'Église, mais qu'au contraire il a parlé là-dessus comme » les protestants quand il a écrit contre le pape et les évêques » pour la défense de Jansénius ; que, dans ses ouvrages contre » les protestants, il a reconnu avec tous les catholiques l'obs-

(1) M. Le Clerc reproduit cette réponse avec de nouvelles preuves au tome III de ses Remarques, art. Gondriu , pages 11 7- 119.

» curité de l'Ecriture, mais qu'il en a parlé comme les pro- » testants quand il a écrit pour la défense du Nouveau Tes- » tament de Mons et contre M. Mallet...

» Enfin, je fais voir par un acte très-authentique que le » cardinal de Richelieu et M. Lescot n'agirent point par pré- » vention contre M. Arnauld, mais par un principe très-bon, » et qu'ils suivirent constamment dans différentes occasions » semblables (lorsqu'en 1641 ils empêchèrent que M. Arnauld » fût admis à la Société de Sorbonne contre les lois et les cou- » tûmes de cette maison, M. Arnauld n'ayant achevé d'ensei- » gner son cours de philosophie qu'un an et demi environ » après avoir fini sa licence) (1).

« Je ne ferai point imprimer ma réponse, quoique la plu- » part de mes amis m'y exhortent, parce que je suis résolu de » ne jamais publier aucun écrit contentieux, surtout contre des » gens enclins à attaquer et à répondre par des tours et des » phrases injurieuses et insultantes. Je hais à mort ces sortes de » disputes, que je regarde comme indignes de gens de lettres » et même d'honnêtes gens. Pour éclaircir aimablement des » faits, je serai toujours prêt à le faire; mais les soutenir par » des écrits qui ne font ordinairement qu'aigrir^ j'espère que » je ne le ferai jamais. D'ailleurs, mes confrères ont eu de la » peine de voir un auteur, qui m'attaque personnellement et » sur des faits absolument étrangers à mes Remarques (2), et » qui, surtout, déclame nommément contre les Sulpiciens (3).

(1) M. Le Clerc développe cette réponse dans le tome III de ses Remarques, art. Lescot, p. 184-188.

(2) « Etant, à ce qu'on dit, Bibliothécaire du Séminaire d'Orléans, est-il excusable d'avoir défiguré le nom du principal bienfaiteur (Fourcroy) de la Bibliothèque de ce Séminaire? » (Discussion, p. 29.)

(3) « Si cette pratique de rebaptiser les hérétiques avoit été interrompue, seroit-ce parler raisonnablement que de dire, comme fait saint Cyprien (Ep. 79), qu'elle avoit été pratiquée par lui et par d'autres? Ce saint se seroit exprimé d'une manière aussi ridicule et aussi peu sensée que feroit M*** s'il s'avisoit de dire que les Sulpiciens se sont toujours attachés à suivre, sur la grâce efficace par elle-même et sur la prédestination gratuite, des sentiments conformes à ceux des SS. Pères et à la tradition de l'Église. » (Discussion, p. 33.)

» Ils ont cru qu'un homme qui se déchaîne ainsi de gaîté de » cœur, et sans avoir été attaqué, serait capable de dire de » nouveau quelque chose de plus satirique s'il se voyait criti- » que publiquement par un écrit démontrant qu'il n'est pas » fort instruit des faits qu'il conteste...

» Cette discussion critique a eu très-peu de succès ici. J'en » ai acheté une douzaine d'exemplaires, et je les ai prêtés à » ceux qui avaient mon ouvrage. Celui qui les vend m'a » assuré qu'il n'en avait pas vendu vingt en tout, hors ceux » que j'ai achetés, et que personne ne lui en demande plus. » M. de La Perière m'a dit que les amis mêmes des Béné- » dictins ont généralement désapprouvé cet opuscule : i° parce » que le style en est trop aigre; 2° parce que cet ouvrage, » dans lequel on espérait trouver des faits éclaircis, n'est pro- » prement qu'un écrit théologique rempli de digressions sur » l'amour de Dieu et sur la probabilité, de longues ironies, » etc., et que j'y suis dépeint par des traits que tous ceux » auxquels j'ai l'honneur d'être connu savent fort bien ne me » point convenir. »

Le P. Lelong loua la disposition où était M. Le Clerc de ne pas pousser plus loin ces démêlés littéraires, lui déclarant que son parti était « le plus sage » et serait « toujours le plus approuvé » (28 octobre 1720). Au reste, la Discussion ne méritait que le silence. « C'est peu de chose », écrit le président Bouhier sur son exemplaire des Remarques (Bibliothèque de la Faculté de Médecine de Montpellier, F. f., n. 939). Le P. Oudin est encore plus incisif : « Je ne vous renvoie pour le présent que la discussion monacale, écrit-il à M. Le Clerc; il faudrait bien des brochures semblables à celle-ci pour faire tort à voire ouvrage » (23 mars 1727).

Aussi M. Le Clerc ne se laissa-t-il pas décourager par cette attaque. Il donna, en 1720, un second volume de Remarques (1).

(1) Remarques sur différents articles du second volume du Dictionnaire de Morèri, de l'édition de ijiS (Orléans), 1720, in-8°, pp. 184. Elles portent sur les lettres C, D, E.

En 1721, il publia le troisième (1), où le P. Desmolets trouva des articles « intéressants » et des corrections « très-judicieuses et marquant beaucoup de critique. » Voici sur tout l'ouvrage l'appréciation de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, généralement bon juge lorsque Bayle, son ami, n'est pas en cause.

« J'ai lu les Remarques sur le Moréri par l'abbé Le Clerc, » fils du graveur, en 3 volumes in-12, imprimés incognito. Il » est fort partial contre les Jansénistes ; sa critique est vive , » pleine de faits curieux, mais quelquefois un peu trop pré- » cipitée... L'abbé Le Clerc montre une grande lecture, et » il sait bien manier les faits et les preuves. Il attaque Bayle )) en quelques endroits, mais je lui ai montré (2) qu'il n'a pas » raison contre lui sur le chapitre de M. Arnauld et d'autres, » et qu'il n'est pas aisé de le prendre en faute. 11 a beaucoup » raisonné pour prouver son erreur sur la première édition » des Cenluriateurs , et, à la fin, il s'est trouvé qu'il a tort, » et il s'est rétracté. Il a fait un article sur son père, Sébas- » tien Le Clerc, fameux graveur, qui est bien travaillé, et il » a ramassé bien des curiosités sur la Conception-Immaculée , » sur la Congrégation de Auxiliis, où il montre la fausseté de » deux lettres attribuées au docteur Duval par le P. Serry, et » où il a placé bien des faits inconnus qui regardent Rose, » évêque de Senlis, fameux ligueur; sur la Calprcuàic, qui » s'appelait Coste ; sur Callot , Casaiibou , les Canons Aposlo- » liques , M"c Chèron, peintre, Chambonl , le P. Desmares et » autres. Et certainement, c'est un des grands critiques de » nos jours, s'il n'y avait pas un peu trop de partialité pour » le molinisme. Il parle mal de Bayle, qui était excellent et » qui valait mieux que lui. » (Journal, tome III, p. 29, 30.)

Nous achèverons ce qui concerne les Remarques de M. Le Clerc en extrayant de son livre quelques anecdotes peu con-

(1) Remarques sur différents articles du troisième volume du Dictionnaire de Moréri, de l'édition de ijiS (Orléans), 1721, in-80, pp. 200. Elles vont de la lettre F à la lettre L inclusivement.

(2) Marais n'envoya que plus tard la lettre à laquelle il lait ici allusion. Voir le chapitre XII de cette Xotice.

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nues, mais authentiques. Tous ceux qui ont écrit sur Guillaume de Paris attribuent en entier à Le Féron l'édition de sus œuvres, donnée à Orléans, l'année 1674, en deux volumes in-folio (1). « Voici le fait tel qu'il est, dit M. Le Clerc; je » l'ai appris d'original. Hotot, imprimeur et libraire à Or- » léans, voulant taire une nouvelle édition des ouvrages de » Guillaume de Paris, s'adressa à AL Etienne Bouchet, pour » lors encore assez jeune, lequel se chargea de revoir l'édi- » tion de Venise de 1591 et de corriger les feuilles de celle » d'Hotot à mesure qu'on les imprimerait. L'édition était » presque achevée, lorsque M. Le Féron, en ayant eu des » nouvelles à Chartres, prit la peine de comparer l'édition de » Venise avec un ancien manuscrit des ouvrages de cet évéque » de Paris, que l'on conservait dans la Bibliothèque du cha- » pitre de Chartres. Ayant reconnu qu'il y avait dans ce ma- » nuscrit quatre traités qui manquaient dans l'édition de Vert nise, il les transcrivit tous quatre et les envoya au libraire » d'Orléans, auquel il en avait écrit auparavant. Il y joignit » une préface de sa façon. Hotot mit le tout à la fin de son » second volume, sous le titre de : Supplemenlunt , etc., ex » codice Manuscripto insignis Eccl. Caruotensis , cura et studio » B. Le Feron, Docioris ac Socii Sorbouici , et Basil icœ Caritol. » canonici. Ce titre fait sentir par lui-même que le reste de » l'édition n'est point de M. Le Féron (2). »

On voit souvent à la fin des articles du Dictionnaire de Moréri cette indication : Mémoires du temps. « J'ai été assez » longtemps, dit M. Le Clerc, en peine de savoir ce que » c'est que ces Mémoires. Je pense l'avoir depuis peu décou- » vert. Entre différents manuscrits qui viennent d'une com- » munauté qui ne subsiste plus, et qu'une personne qui y

(1) V. en particulier D. Ceillier, Histoire générale des ailleurs sacrés el ecclésiastiques, Paris, 1763 , tome XXIII, p. 482. Son dernier éditeur ne le rectifie par sur ce point, quoiqu'il le complète sur d'autres. — Daunou, Histoire littéraire de la France, Paris, 1835 , tome XVIII, page 564. — Biographie universelle de Michaud. — Biographie générale de Didot. — Les éditeurs de Moréri eux-mêmes n'ont pas mis à profit cette remarque de M. Le Clerc.

(2) Remarques sur... Moréri, art. Guillaume de Paris , pages 128, 129.

REMARQUES SUR M0RÉR1 6~

» avait demeuré assez longtemps m'a donnés, j'ai trouvé >) quelques éloges de divers évèques et prêtres qui ont été de » leur vivant soupçonnés ou accusés de jansénisme. En con- » frontant ce peu d'articles avec ceux que l'on a donnés, dans » le Dictionnaire, de ces mêmes personnes, j'ai vu que ces » derniers étaient comme des abrégés des autres. On les » a copiés mot pour mot dans plusieurs choses, mais dans » d'autres on a pris soin d'en adoucir quelques expressions » trop peu ménagées et qui auraient trop naturellement porté » le lecteur a faire usage de ce vers de Boileau :

» Ce coup part, j'en suis sur, d'une main Janséniste (i). »

Le troisième volume des Remarques s'arrête à la lettre L. M. Le Clerc avait continué et mis au net ses Remarques sur les autres articles du Dictionnaire, mais cette suite n'a point été imprimée séparément. La raison de ce fait est sans doute dans ce qui arriva après l'impression du troisième volume. M. Leschâssier ayant chargé le visiteur de 1721 de « persuader M. Le Clerc de ne s'occuper plus à examiner le Dictionnaire et d'obtenir que s'il avait fait quelques remarques sur ce livre il n'en fît ou n'en laissât imprimer aucune feuille sans l'avoir envoyée au Séminaire de Saint-Sulpice, M. Le Clerc promit de ne rien faire imprimer que du consentement de M. le Supérieur ». Ces Remarques ne furent cependant pas perdues pour le public. Elles servirent à perfectionner l'édition de Moréri donnée en 1724, ainsi qu'on le verra au chapitre X.

En divers endroits de ses Remarques, M. Le Clerc avait promis sur certains faits des éclaircissements trop longs pour être insérés dans le corps de l'ouvrage. C'était d'abord un « article assez curieux » sur le Décret du pape Gélase I, qui eût été tiré de la Dissertation dont nous avons rendu compte au chapitre précédent; puis un autre sur Lucidiis et le prédestianisme au Ve siècle, dont le fonds aurait été pris dans les Dissertations sur Faustc de Riez; enfin, un troisième sur le P. Labbc, où M. Le Clerc eût très-probablement fait de ce

(1) Remarques sur Morèri, i\v\.. Lulhumières , p. 198.

célèbre jésuite, accusé de plagiat, l'apologie dont il donne une analyse dans sa Bibliothèque du Richckt (art. Labbé). A l'article Dagobert I du second volume, il promettait également une suite chronologique des rois de France de la première race ; mais, au commencement du troisième, il renvoie cette chronologie au mot France. Là, il s'engage de nouveau à la donner avec ses preuves à la fin du volume ; mais, infidèle à sa parole pour la troisième fois, il ajourne à un volume séparé qui n'a jamais paru et ce point et les trois précédents. Comme nous avons déjà eu ou que nous aurons l'occasion de parler de ces derniers, nous allons dire un mot des Remarques chronologiques sur l'histoire des deux premières races des rois de France.

Tel est le titre de l'ouvrage sur la copie qu'en fit faire le président Bouhier, et qu'on voit aujourd'hui à la Bibliothèque de la Faculté de Médecine de Montpellier (i). Cependant, ce titre n'est pas absolument exact. Il exprime ce que M. Le Clerc projetait plutôt que ce qu'il a exécuté. Son travail, en effet, s'arrête à Çhildéric III, dernier roi de la première race, au moins dans la copie que nous connaissons, car nous ignorons ce qu'est devenu le manuscrit original.

Plein d'estime pour toutes les productions de M. Le Clerc, le président Bouhier lui exprimait sa satisfaction de celle-ci par ces paroles : « Le P. Oudin m'a lait part de vos Remarques chronologiques sur nos anciens rois, où il y a d'excellentes choses, et qui m'ont fait grand plaisir. C'est bien dommage que vous laissiez perdre tant de bonnes choses » (18 novembre 1727) (1). — Nos lecteurs éprouveraient-ils la même jouis-

(1) Catalogue général ites Manuscrits des Bibliothèques publiques des Départements, Paris, 1849, tome I) P- 533 5 n- I05- Ce manuscrit est un in-folio de 110 pages.

(1) Le P. Desmolets n'avait pas encore lu la Dissertation de M. Le Clerc lorsqu'il lui écrivait, le 4 octobre 1721 : « J'attends axee impatience votre Chronologie des rois de France, Je ne doute pas que vous n'y avez rassemblé plusieurs traits curieux et savants. Le P. Lelong en a lait une qui est, je crois, ce qui lui a causé la mort. Je compte de la donner à la tête de sa Bibliothèque des Historiens de France, après, cependant, que je l'aurai examinée de nouveau. 0

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