RAPPORTS AVEC LA MOXXOVE
pour principal objet l'histoire littéraire, chacun d'eux a dû reproduire dans ses écrits les remarques qu'il devait à l'autre (i). Aussi, les notes du premier sur les Bibliothèques françaises de La Croix dit Maine et de Du Ferdier font-elles souvent mention de celles qui lui ont été communiquées par le second (2). Il est certain, par le témoignage de l'abbé Brun, ami intime de M. Le Clerc, que celui-ci « envoya au savant critique, son ami, des corrections pour divers articles de la Bibliothèque de La Croix du Maine (3) ». M. Perdoulx de La Perière, en confirmant le même fait, exprimait un vœu très-flatteur pour M. Le Clerc : « Je ne doute point, lui dit-il, que l'ouvrage de M. de La Monnoye sur La Croix du Maine et du Verdier ne se sente de vos bons secours, mais je suis encore persuadé qu'il s'en sentirait davantage si ce savant homme vous communiquait son manuscrit avant de le faire imprimer. Ses notes sur ces deux auteurs seraient sans doute, ou augmentées par l'étendue de votre littérature, ou rectifiées par la sagacité de votre critique » (28 juillet 1724).
Au reste , les auteurs et leurs ouvrages n'étaient pas le seul objet des lettres de M. Le Clerc à La Monnoye. Comme tout homme en ce monde, le poète avait une âme à sauver, et, jusque vers la fin de sa vie, il avait beaucoup trop négligé cette importante et unique affaire. Nous sommes fondé à croire que ce point délicat fut abordé par le prêtre de Saint- Sulpice. « Je voudrais, écrit en 1727 l'abbé Papillon à M. Le » Clerc, que M. de La Monnoye prît les sentiments dont vous » me parlez et dont un chrétien ne doit jamais s'écarter; mais » il est bien tard pour chercher à convertir ce poète. Genus » insanabile va tu ni. Heu val uni insana mentes, quid vota furen- » tem, quid délabra j avant? Nous devons remettre cette affaire
(1) Voir, du cote de M. Le Clerc, Lettre critique , p. 44; Remarques ait. sur... BayJe, art. Amaseus, Bouchct , etc.
(2) V. dans l'édition revue par Rigoley de Juvigny; Paris, 1772, tome I, p. 138, Claude Fauchet; page 156, Clément Marot. — Tome II, page 289. Pierre Hamon ; page 387, Robert Garnier. — Tome V, page 346, Pierre Sutor: page 409 , René des Freux, etc.
(3) Mémoires pour servir à l'Histoire des poètes français . art. Jean Bottchet.
» entre les mains du Seigneur, eu jus vult miseretur » (12 août 1727). — « La Glose de sainte Thérèse, par M. de La Mon- )) noyé, est une pièce excellente et marque un dévot du prea mier ordre ; c'est l'idée qu'en prendront ceux qui ne con- » naissent pas M. de La Monnoye sur un certain pied. Je >) voudrais qu'il profitât de vos bons avis. Il me semble qu'il n'a » pas de temps à perdre; mais la conversion d'un poète ne » peut être que l'ouvrage d'un apôtre. C'est au Seigneur à qui » il fout s'adresser pour cela, et vous avez pris le parti le plus » sûr » (15 septembre 1727).
La grâce toucha enfin le cœur de l'auteur des Noël s Bourguignons, et M. Le Clerc, qui avait eu sa part dans la bonne œuvre, dut bien se réjouir en lisant ces lignes du président Bouhier : « Nous avons perdu, le vendredi 15 octobre, le pauvre M. de La Monnoye, ce dont j'ai été infiniment touché. On m'a mandé qu'il était mort chrétiennement et qu'il avait reçu ses sacrements des mains de MM. de Saint-Sulpice. C'est tout ce que j'en sais » (ier décembre 1728). M. Le Clerc exprimait lui-même cette joie, que les Anges ressentirent comme lui dans le ciel : Gaudium crit coram Angelis Dei super ■uno peceatore pœnitentiam agente (Luc. XV, 10). Il écrivait à M. de La Bastie : « Au sujet de feu M. de La Monnoye, notre ami, je vous dirai en passant une chose qui m'a bien consolé, c'est que M. Brossette a écrit ici qu'il était mort d'une manière fort chrétienne et fort édifiante. »