‹ Vie, écrits et correspondance littéraire de Laurent Josse Le ClercChapitre 35 sur 70 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

CORRESPONDANCE DE M. LE CLERC AVEC LES PP. LELONG ET DESMOLETS, DE L'ORATOIRE.

On voit dans quelques endroits des Remarques sur le Dictionnaire de Moréri (art. Guillaume de Paris), que M. Le Clerc

tenait de l'abbé Brillon , chanoine et chancelier de l'église de Chartres, plusieurs renseignements sur les auteurs Chartrains. M. Le Clerc ne s'était pas d'abord adressé à cet ecclésiastique, qui lui était sans doute inconnu, mais à l'abbé de Chérav, qu'il avait très-probablement vu au Séminaire de Saint-Sulpice, à Paris (i). Peu familiarisé avec les recherches littéraires, l'abbé de Chéray pria l'abbé Brillon, son confrère, de répondre

(i) Louis-Nicolas de Chéray (et non Chèret, comme on écrit communément), était déjà clerc lorsqu'il entra au Grand-Séminaire de Saint-Sulpice, le 12 juillet 1701. Dans sa lettre à M. Le Clerc, il trace lui-même l'histoire de sa vie en quelques mots d'une naïveté charmante. « Pour ce qui me regarde , Monsieur, quoique je ne mérite pas de place dans un livre comme le vôtre, je vous dirai que je suis né à Paris en 1684, le 5e novembre, que j'ai été reçu Docteur en 1710, le 13e novembre, que j'avais été fait chanoine de Chartres au mois d'octobre précédent, et que j'ai pris possession le onzième ; que, depuis que je suis à Chartres, j'ai commencé à exercer le ministère de la prédication; que j'ai prêché dans la province et aussi à Paris, dans des chaires assez considérables. Vous avez mon sermon de l'Académie, je ne vous en dirai rien. Vous savez qu'il a été imprimé une seconde fois parmi les recueils. Depuis ce temps, j'ai continué à travailler, et M. le cardinal de Rohan, pour qui je fais un Rituel avec M. de Romignv, aussi Docteur (de la maison et société), — j'ai mis la parenthèse, car je n'en suis pas, — m'a promis un sermon devant le Roi et m'a fait espérer que je n'en lesterai pas là , et qu'il me procurera d'autres actions devant sa Majesté. Au reste , si vous me citez comme travaillant à cet ouvrage , mettez seulement qu'outre la prédication j'ai quelque talent pour les Rubriques, Cérémonies et Offices de l'Église, que j'ai travaillé à quelques-uns des Offices du Séminaire de Saint-Sulpice , — l'Office du Sacerdoce est de moi presque en entier, — que j'ai fait quelques Offices pour des Eglises de différents diocèses, et qu'actuellement je travaille, avec l'abbé de Romigny, à un Rituel pour une des plus célèbres Églises, sans nommer Strasbourg. Cependant, ménagez-moi, je vous supplie, et ne me préconisez point tant ; outre que je ne le mérite guère, trop de louange me serait nuisible, parce qu'elle me procurerait peut-être plus d'ouvrage que je n'en veux et n'en puis faire. »

L'abbé de Chérav n'eu resta pas là, en effet. Il fut nommé à la cure de Saint-Roch, à Paris, le 28 mars 1739, et prit possession le 3 avril, second dimanche après Pâques. Son zèle pour la doctrine de l'Église lui valut les injures des Nouvelles ecclésiastiques, qui vont jusqu'à l'appeler Sttlpicien de cœur et d'esprit (2 avril 1740, p. 53) ! Il mourut le 5 juillet 1743 (et non en 1739, comme le disent les éditeurs des Lettres de l'abbé Lebetif, t. IL p. 104. note 4) , et eut pour successeur M. Badoire.

aux questions de M. Le Clerc. C'est ce qu'il lui écrit de Chartres le G novembre 1720 : « L'abbé de Méronville m'avait remis entre les mains les deux lettres que vous m'y aviez écrites. Je les ai rapportées ici pour faire les perquisitions qui vous sont nécessaires, et M. l'abbé Brillon vous a rendu de grands services. Le petit mémoire que je vous envoie est de son écriture. Il est homme né pour chercher des dates et des époques s'il en fût jamais, et vous lui devez un remercîment pour tous les soins qu'il s'est donnés. On ne peut vous les avoir donnés de meilleure grâce. »

Ce fut le même abbé Brillon qui donna lieu aux rapports de M. Le Clerc avec le P. Lelong (1). En 17 19, le P. Lelong avait publié sa Bibliothèque historique de la France, ouvrage plein de recherches et d'érudition. M. Le Clerc s'empressa de la lire. Il y nota quelques fautes et quelques omissions qu'il releva dans le premier volume de ses Remarques sur Moréri , « ce livre, dit-il (Préface, p. xlvi), ne pouvant manquer d'être

(1) Jacques Lelong naquit à Paris le 19 avril 1663 , entra dans l'Institut de l'Oratoire en 1686, et fut ordonne prêtre le samedi de la Pentecôte 1689. Après quelque temps passé dans sa famille et au Séminaire de Notre-Dame des Vertus, dans le village d'Aubervilliers, il fut nommé Bibliothécaire de la maison de Paris. Les soins qu'il donna à l'emploi de sa nouvelle fonction ne l'empêchèrent pas de se livrer à la composition d'ouvrages savants et pleins de recherches , dont les plus connus et les plus considérables sont la Bihtiotheca sacra et la Bibliothèque historique de ta France. Son ardeur excessive pour l'étude et le peu de soin qu'il prenait de sa santé abrégèrent une vie toute consacrée aux recherches de l'érudition. Il mourut à Paris, chez sa nièce, le 13 août 1721, âgé de 56 ans et 3 mois. Son corps fut transporté et inhumé dans l'église de l'Oratoire de la rue Saint-Honoré. — Voir sa vie en tête de la Bibliotljcca sacra, Paris, 1723, in-fol. Le P. Dcsmolets, qui en est l'auteur, n'a pas oublié M. Le Clerc dans l'énumération des savants auxquels le P. Lelong devait de la reconnaissance. « Aurelianis, dit-il, ciun D. Clerico, celeberrimi sculptons pictorisque jilio, lune Aurelianensis Seminarii Tl.votoço » (p. xxiv). Sur quoi M. Le Clerc écrivait au P. Desmolets : « Je suis assez content de la Bibliolbcca sucra , que j'ai reçue il y a quelque temps, et je vous remercie de la mention honorable que vous v ave/, faite de moi. J'aurais voulu qu'en parlant au même endroit de mon père, vous eussiez mis scalptoris au lieu de sculptoris, et que vous n'eussiez pas mis pictoris, parce qu'il était simplement graveur » (24 décembre 1723).

fort estimé ». Avant su qu' « un habile homme de la province travaillait sur son ouvrage », le P. Lelong pria le P. Desmolets, sous-bibliothécaire de l'Oratoire de Saint-Honoré, de vouloir bien s'informer du nom de cet homme. Le P. Desmolets interrogea l'abbé Brillon et apprit de lui que le critique bienveillant était M. Le Clerc. Alors, le P. Lelong prit le parti de s'adresser directement à celui-ci (Leiirc de l'abbé Brillon à M. Le Clerc du 14 novembre IJ20). Il le fit par la lettre suivante :

« J'ai appris que vous aviez fait des remarques sur la Bi- » bliothêque historique de la France, et que vous vous disposiez » à les donner au public. Je vous suis obligé de ce que vous » avez bien voulu examiner cet ouvrage, dans lequel je recon- » connais qu'il m'est échappé quelques fautes, que j'ai corri- » gées. Je vous aurais encore plus d'obligation si, au lieu de » publier vos Remarques, vous m'en envolassiez une copie » manuscrite. J'espère, dans la suite, donner une nouvelle » édition; je ne manquerai pas, si vous m'accordez cette » grâce, de vous en faire honneur. Voyez, Monsieur, quel » parti vous paraîtra le plus honnête et celui qui vous con- » viendra le mieux. Si vos Remarques me tombent entre les » mains, imprimées ou manuscrites, j'en ferai mon profit. » Je suis, etc. »

Cette lettre est du 13 août 1720. La réponse de M. Le Clerc ne se fit pas attendre ; elle est du 14, c'est-à-dire du jour même où il reçut celle du P. Lelong :

« Mon révérend père, j'ai été fort surpris, mais bien agréa- » blement, en recevant la lettre que vous m'avez fait l'hon- » neur de m'écrire. Je puis vous assurer que je n'ai jamais » pensé et que je ne pense point encore à publier aucun ou- » vrage contre le vôtre. Il est vrai qu'ayant fait l'acquisition » de votre curieuse et savante Bibliothèque dès qu'elle parut, » j'en ai lu depuis la meilleure partie, non pas cependant tout » de suite, mais suivant la fantaisie ou le besoin où je me » suis trouvé quelquefois de m'instruire, ou seulement pour » m'amuser. Quand je suis tombé sur quelque endroit fautif, » je me suis contenté de marquer la faute en marge ou d'y » mettre la correction nécessaire, si je la savais. Ces endroits

» sont en petit nombre, en comparaison de celui des articles, » et je ne crois pas que mes Remarques aillent à 400. Le tout » ne consiste presque qu'en noms défigurés ou en chiffres qui » ne sont peut-être que déplacés ou renversés, et qui font » néanmoins des dates fausses. M. Perdoulx de La Perière, » qui a l'honneur d'être de vos amis et qui est aussi des miens, » pourra vous dire que mon caractère est de respecter tous les » savants, ceux surtout qui se donnent de la peine pour ins- » truire les gens de ma sorte, et que je suis l'homme du monde » qui appréhende le plus de ne pas leur rendre la justice qui » leur est duc. Je pousse la délicatesse d'esprit en ce point » jusqu'à être dans la disposition de supprimer tout ouvrage » que j'aurais fait et que l'on m'assurerait être capable de » chagriner un écrivain habile et laborieux, quel qu'il pût » être. Je ne dois pourtant pas vous celer un fait. Profitant, » l'année passée, du loisir que me donnaient les vacances, je •>) fis imprimer quatre-vingt-dix exemplaires des Remarques » que j'avais faites depuis cinq à six mois sur le premier vo- » lume du Dictionnaire de Moréri, édition de 17 18... Dans ma » préface, n. 45 et 46, je parle de votre Bibliothèque de ma- » nière à ne devoir pas vous déplaire... Je n'ai pas le temps » de vous marquer ici, mon Révérend père, les endroits, en » assez petit nombre, que j'ai corrigés en passant dans difîé- » rentes Remarques. J'aurai l'honneur de vous faire tenir un » exemplaire de mon livre... J'ai le second volume tout prêt... a J'y relève quelques endroits de votre ouvrage... Ces fautes » ne sont pas de grande conséquence; mais, enfin, étant habile » homme autant que vous l'êtes, je ne doute point que vous » ne soyez convaincu qu'on ne peut être trop exact. Vous » voyez, mon Révérend père, avec quelle naïveté je vous » écris. Je me donnerais bien de garde de le faire si lift brement, si je n'étais convaincu que vous n'êtes pas du » nombre des auteurs délicats qui ne peuvent aisément soui- )) frir que des gens qui savent beaucoup moins qu'eux aper- » çoivent les moindres défauts dans leurs ouvrages. »

Le 18 août, au reçu de cette lettre, le P. Lelong remerciait en ces termes son nouveau et aimable correspondant :

« Vous en usez, Monsieur, d'une manière si obligeante à » mon égard, que je ne saurais trop tôt vous en témoigner » ma reconnaissance. J'ai profité avec plaisir des remarques » et des corrections que vous avez eu la bonté de m'en- » vover; mais comme vous en avez jusqu'à 400, vous me » feriez beaucoup de plaisir de taire copier par quelqu'un » les autres, en marquant seulement le numéro, comme vous » avez fait dans votre lettre. Je paierai les frais qu'il faudra » faire pour cela. — Je vous remercie d'avance du présent » que vous voulez bien me faire, et je vous prie d'accepter » en échange Y Histoire des Polyglottes, que je fis imprimer en » 1713. (1) »

M. Le Clerc envoya au P. Lelong ses Remarques sur Moréri, accompagnées de quelques autres sur la Bibliothèque historique. Il reçut aussitôt une nouvelle lettre de remerciment, datée du 30 août, et où le P. Lelong expose le plan qu'il se proposait de suivre dans une nouvelle édition de son ouvrage. Durant cette seconde quinzaine du mois d'août 1720, l'ordinaire de Paris à Orléans ne semble occupé qu'à transporter les paquets du P. Lelong et de M. Le Clerc. Le lendemain du 30 août,

— il faut bien signaler toutes ces dates éloquentes alors même qu'il serait certain que le Séminaire d'Orléans était en vacances,

— le 31 août, c'était au tour de M. Le Clerc à écrire ce qu'il avait fait et trouvé depuis le départ de sa dernière lettre : « Vous verrez par celle-ci, mon Révérend père, comme par » les précédentes, que je travaille pour vous non segniter. » Lorsque j'ai reçu votre dernière lettre, celle-ci était toute » prête... J'en ai commencé une autre que je vous enverrai » le plus tôt que je pourrai. J'y examine votre liste des Con- » ciles, où je trouve plusieurs choses défectueuses. C'est une » vérification un peu longue, parce que je confronte tout. » Mais je ne plains pas ma peine quand il s'agit de rendre » quelque petit service à ceux qui s'épuisent pour en rendre 0 au public. Hoc me cruditis debere existimo. Vous avez pu voir

(1) Discours historique sur tes principales éditions des Bibles polyglottes, j\u l'auteur île la Bibliothèque sacrée ; Paris, 171 3 , in-8°.

» dans ma Préface sur Moréri, page 2, que c'est depuis long- » temps mon inclination. »

Étonné de tant de richesses si promptement acquises et si libéralement répandues, le P. Lelong ne peut assez exprimer toute la vivacité de sa reconnaissance. Il écrit le 5 septembre : « J'aurais bien de la peine, Monsieur, à tenir le marché que » vous me proposez. Je ne me sens ni ne me connais pas » assez riche pour pouvoir remplir toutes les conditions. Vous » m'avez déjà envoyé plusieurs grands mémoires tous fort » instructifs et qui m'ont été tort utiles, et à peine vous ai-je » envoyé deux notes qui vaillent quelque chose. Je vous prie, » du moins, d'agréer ma bonne volonté. »

Le courrier qui avait apporté cette lettre remportait, le lendemain 6 septembre, de nouvelles et nombreuses Remarques de M. Le Clerc, lesquelles, le 10, provoquent de nouveaux remerciments et de nouvelles observations de la part du P. Lelong. Vingt-huit jours à peine s'étaient écoulés depuis celui où le Bibliothécaire de l'Oratoire écrivait pour la première fois à celui du Séminaire d'Orléans, et déjà ils avaient échangé plus de huit lettres! Et quelles lettres, sous le rapport de l'étendue et plus encore de la matière ! La correspondance, interrompue à la dernière date par la réponse que M. Le Clerc fit à la Discussion de D. Méri, est reprise le 20 octobre pour continuer, toujours sur le môme plan, les 28 octobre, 13 novembre, ier décembre 1720, 11 et 16 janvier, 6 mai, 4 juillet 1721, etc., c'est-à-dire jusqu'à la mort du P. Lelong, arrivée le 13 août, jour anniversaire de celui où ses rapports directs avec M. Le Clerc avaient commencé.

Nous croyons inutile de reproduire, même partiellement, les Remarques qui remplissent cette correspondance, parce qu'elles ont dû passer dans la seconde édition de la Bibliothèque historique, donnée par Févret de Fontette. Les notes de M. Le Clerc, nous n'en doutons pas, faisaient partie de ces Lettres île divers savanls, mêlées aux recherches du P. Lelong, dont parle l'éditeur dans sa Préface (p. vu), et qu'il dit lui avoir été communiquées par le P. Jannart, bibliothécaire de la maison de l'Oratoire de Paris.

St) CORRESPONDANCE AVEC LE P. DESMOLETS

Le successeur immédiat du P. Lelong dans cette même charge de Bibliothécaire fut le P. Desmolets, qui renoua bientôt et continua avec M. Le Clerc le commerce littéraire commencé par son illustre prédécesseur (i). Dès le 4 octobre 1 721, il envoyait au Séminaire d'Orléans une lettre dont voici quelques passages :

« J'aurais eu plus tôt l'honneur de répondre à votre obli- » géante lettre, si je n'avais été, lorsque je la reçus, dans les » embarras d'un déménagement qui m'empêchait de me re- » connaître, mes livres et mes papiers ayant été remués en » mon absence et brouillés de manière que j'ai eu besoin de » sept ou huit jours pour les rassembler, ce que j'eusse fait » en vingt-quatre heures, si j'avais présidé à l'ouvrage. J'ai » hérité de la charge du P. Lelong, comme de sa chambre » et de ses manuscrits. La Bibliothèque sacrée est déjà fort » avancée ; il y a fait des additions considérables et quelques » corrections. Les commentateurs paraissent ici pour la pre- » mière fois; le Catalogue est exact et nombreux, mais il est » sec et décharné. Il ne porte aucun jugement; j'en donnerai » les raisons dans une Préface, qui est tout ce que je pourrai » ajouter, avec la vie de l'auteur, que je donnerai assez courte, » n'y ayant rien eu dans toute sa vie que de très-uniforme. » J'en ai fourni un abrégé à MM. les Auteurs du Mercure; » c'est tout ce que j'en sais pour le présent.

» A l'égard de la Bibliothèque historique, j'ai le manuscrit du » P. Lelong, sur lequel il y a beaucoup de corrections et des » augmentations considérables qui peuvent aller à un tiers; » mais comme le livre n'est pas encore achevé de vendre, et » que l'édition n'est pas prête à se faire, j'espère, moyennant

(1) Pierre -Nicolas Desmolets naquit à Paris vers la fin de 167S. 11 lit sa théologie au Séminaire de Saint-Magloire, et entra dans la Congrégation de L'Oratoire le 2 septembre 1701. Son assiduité aux exercices de la maison, sa rare modestie , sa complaisance et son affabilité lui concilièrent l'affection de tous ses confrères. 11 mourut le 26 avril 1760, dans sa 85e année. Ses nombreux travaux consistent principalement dans des éditions et des recueils laits avec soin , et dont on peut voir la liste dans la Biographie universelle de Michaud, art. Desmolets.

CORRESPONDANCE AVEC LE P. DESMOLETS Si

» Dieu et l'aide des habiles gens qui voudront bien m'aider » de leurs lumières et m'indiquer les manuscrits qui sont con- » serves dans les provinces, donner une édition exacte et par- » faite de ce livre. »

M. Le Clerc satisfit selon son pouvoir aux désirs du P. Desmolets, et lui envoya plusieurs Remarques en 1722 et 1723, c'est-à-dire l'année qui précéda et celle qui suivit sa translation au Séminaire de Lyon. Le nouveau Bibliothécaire de l'Oratoire avait aussi hérité des sentiments reconnaissants de l'ancien, et il en donne de nombreux témoignages à M. Le Clerc : « Vous voyez, Monsieur, que je profite avec plaisir » de vos savantes Remarques; j'aurai soin de vous en foire » honneur dans la Préface de la seconde édition que je mé- » dite, et m'offre, en revanche, de vous communiquer toutes » celles qui pourraient vous intéresser, autant qu'elles seront » en mon pouvoir » (9 mars 1722). — « Vos lettres me font » un plaisir infini; je trouve dans chacune une moisson abon- » dante d'instructions et de choses agréables » (20 mai 1722). — « Je vous remercie de la bonté avec laquelle vous continuez » à m'avertir des fautes dans lesquelles est tombé le P. Lelong » et des corrections qu'on pourrait faire à son ouvrage » (19 juillet 1722). — « Je vous rends mille grâces de la bonté » que vous avez de vous souvenir toujours de moi en me » communiquant vos judicieuses Remarques sur la Bibliothèque » historique » (22 janvier 1723). — « Je vous rends mille grâces » des Remarques que vous avez eu la bonté de m'envoyer, et » encore plus des perquisitions que vous faites dans le Lyon- » nais par rapport à vos desseins et à celui de la Bibliothèque » historique. J'espère être en état de travailler tout de bon à » cet ouvrage dans l'année prochaine et les suivantes, et d'en » commencer une nouvelle édition en 1726 ou 1727, si Dieu » me prête vie jusqu'à ce temps. Je me flatte qu'avec les re- » cherches que je ferai de nouveau dans les Bibliothèques de » Paris, et les Remarques que quelques personnes savantes et » obligeantes ont bien voulu me communiquer, entre lesquelles » vous tenez une des premières places, ce livre deviendra et plus » parfait et plus digne de l'attention du public » (sans date).

« J'ai lieu de croire, dit Févret de Fontette, que le P. Desmolets avait abandonné ce projet et qu'il n'y a plus songé jusqu'à sa mort, arrivée en 1760, puisque, quelque recherches que j'aie faites, je n'ai rien pu trouver de lui qui eût rapport à cet objet » {Préface, p. vu). Ce que le P. Desmolets n'a pu ou voulu exécuter, l'a été par le même Févret de Fontette qui, de 1768 à 1778, publia à Paris, en cinq volumes in-folio, la seconde édition de la Bibliothèque historique de la France (1).

(1) Nous trouvons dans les lettres du P. Desmolets à M. Le Clerc de curieux détails sur un nommé Martel , avocat au Parlement de Toulouse , auteur de plusieurs ouvrages, entre autres des Mémoires historiques et littéraires, publiés à Genève en 1721 (2 vol. in-12). Selon l'abbé d'Artigny (Nouv. Mcm., tom. VII, p. 8) , ils n'ont presque rien d'intéressant que la vie de Jean-Étienne Duranti , premier président au Parlement de Toulouse, avec l'apologie de ce magistrat célèbre contre les critiques qui ont prétendu lui enlever son excellent ouvrage De Rîtibus Ecclesia Catholica. Cette Apologie avait déjà paru séparément en 1686, à Toulouse, in-12, sans nom d'auteur. Barbier et ses derniers éditeurs ne font pas connaître cet anonyme.

« Ce M. Martel, dit le P. Desmolets, est un Toulousain dont l'esprit est tout plein de chimères. Comme il croit son livre excellent, il en a fait tirer deux mille; encore est-ce une modestie étonnante, car il en voulait avoir cinq mille. Ce n'est pas tout ; il prétend le faire traduire en latin, en italien, en espagnol, et compte d'en distribuer cinq mille de chaque langue. Cependant, c'est ici la troisième édition de son ouvrage, et il n'y en a peut-être pas eu cent de vendus de chaque édition. Il est vrai qu'à chaque édition le livre a été revu, corrigé et augmenté et par lui et par d'autres. Vous avez pu connaître, parle prospectus que j'ai eu l'honneur de vous envoyer, combien il roule de desseins dans sa tête. Le fâcheux, c'est qu'il n'est propre qu'à les imaginer et est infiniment au-dessous de chacun de ses projets. Un autre de ses projets, c'est comme il vous l'a déclaré, de publier le Moréri, corrigé et augmenté , en langues italienne et espagnole ; et si le ciel le favorise , il le mettra en persan, en copte, en moscovite, en arabe, etc. Mais tout cela n'est que dans son imagination. Il croit qu'on peut imprimer et traduire S volumes in-folio en un an, et qu'on les lui traduira pour 500 fr. Il ne lui en coûterait pas plus de promettre cent mille écus, car il paierait autant l'un que l'autre, n'ayant pas souvent de quoi dîner. Voilà un article curieux pour le nouveau Moréri , car je crois qu'il s'est peu trouvé d'originaux de cette espèce » (19 juillet 1722;.

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