‹ Vie, écrits et correspondance littéraire de Laurent Josse LeClercChapitre 24 sur 83 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

REMARQjUES SUR DIFFÉRENTS ARTICLES DU DICTIONNAIRE

DE MORERl.

La plus grande partie des ouvrages de M. Le Gerc que nous aurons désormais à faire connaître a pour objet la vie et les écrits des gens de lettres. 11 désigne quelquefois cette science par le mot littérature : on pourrait assez justement l'appeler hiograplne littéraire. « Ce genre d'études, dit M. Collombety a presque besoin d'être défendu aux yeux de certains lecteurs qui veulent sans doute connaître à quelle époque vécut un homme, quand et comment il publia ses ouvrages, mais qui s'étonnent que l'on passe de longues heures à des investigations de cette nature, et qui aflfectent de les traiter avec un superbe dédain, comme si elle^ n'étaient bonnes que pour des gens sans imagination. Nous avons besoin de protester contre ce ridicule mépris pour des occupations utiles et même nécessaires (i). »

Mais peut-être, tout en reconnaissant leur mérite et leur avantage, certains esprits trouveront-ils que M. Le Clerc consumait en de semblables recherches un temps qu'ils estimeraient mieux employé à l'étude des sciences sacrées ? Peutêtre même, à la vue de ces volumes par lesquels M. Le Clerc s'est placé « au premier rang parmi nos meilleurs biographes » (2), seront-ils tentés de penser que leur auteur n'a

(i) VU de Vabbi LJ, Le Clerc, Revue du Lyonnais (Nouv. série), t. V, p. 143.

(ï) Bcgin, Bicgrapfne de la Moselle, tome I, p. 274.

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pu obtenir de pareils résultats qu'en sacrifiant aux goûts de Térudit les devoirs plus importants de Directeur de Séminaire? Des travaux tels que ceux qui ont été anal}^és dans les chapitres précédents, et dont la publication eût suffi pour illustrer, au moins parmi nous, le nom de M. Le Qerc, répondent suffisamment au premier de ces deux reproches. Quant au second, M. le Qerc en écartait, sans le savoir, l'injurieux soupçon, lorsque, en 1725, dans sa Ltttrc sur h Dictionnaire de Bayle, composée au Séminaire de Lyon, il écri\'ait ces paroles : a Pendant près de trente ans, mon capital a été la Théologie et la critique ecclésiastique, la critique littéraire ne m'ayant servi d'occupation qu'en partie et seulement depuis environ dix ou douze ans. Aujourd'hui que je suis plus porté que jamais à m'y appliquer, je n'ai presque plus de temps pour le faire, étant chargé ici d'environ six sermons par mois, sans compter les autres occupations que la direction dans un Séminaire entraine nécessairement après soi. La présente lettre que j'ai conmiencée le 13 de ce mois (de mai), et que j'espère fimr avant le premier jour de juin, n'est laite, comme l'on dit, qu'à bâtons rompus^ et il se trouvera qu'avant de la terminer j'aurai fait cinq discours ou sermons de trois quarts d'heure chacun ». (Lettre ms. p. 216-217). Aussi verronsnous plus d'une fois M. Le Clerc qualifier de simple amusement des recherches qui, à elles seules, rempliraient dignement la vie d'un homme.

Sa critique s'exerça d'abord sur le Dictionnaire historique de Moréri (i). D publia à la fin de décembre 17 19 un premier volume de Remarques (2). Le livre parut sans nom de lieu ni d'imprimeur, mais à Orléans, ainsi que nous l'apprenons de l'auteur lui-même. H n'en fit tirer que quatre-vingt-dix

(i) Cependant, dès 1718, lorsque parut la Nouvelle Description de la France, par Pîganiol de La Force , M. Le Clerc avait envoj'é au libraire Delaulne rindication des fautes à corriger dans Tartide OrUans, ainsi que des Mémoires sur les entrées des évoques de cette \'ille (Lettre de M. Le Clerc au P. Ltlong du 7 septembre ijio},

(2) Remarques sur différents articles du premier volume du .Dictionnaire de Moréri, de V édition de IJ18; 17 19, in-80, pp. xLVin-208.

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