‹ Vie, écrits et correspondance littéraire de Laurent Josse LeClercChapitre 26 sur 83 · REMARQUES SUR MORERI · texte numérisé non relu

REMARQUES SUR MORERI

En 1721, il publia le troisième (i), où le P. Desmolets trouva des articles a intéressants » et des corrections « très- judicieuses et marquant beaucoup de critique. » Voici sur tout l'ouvrage l'appréciation de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, généralement bon juge lorsque Bayle, son ami, n'est pas en cause.

« J'ai lu les Retnarques sur le Moréri par l'abbé Le Clerc, » fils du graveur, en 3 volumes in-12, imprimés incognito. Il » est fort partial contre les Jansénistes ; sa critique est vive , » pleine de faits curieux, mais quelquefois un peu trop pré- » cipitée... L'abbé Le Clerc montre une grande lecture, et » il sait bien manier les faits et les preuves. Il attaque Ba}4e » en quelques endroits, mais je lui ai montré (2) qu'il n'a pas )> raison contre lui sur le chapitre de M. Ârnauld et d'autres, )) et qu'il n'est pas aisé de le prendre en faute. Il a beaucoup » raisonné pour prouver son erreur sur la première édition » des Centurialeurs , et, à la fin, il s'est trouvé qu'il a tort, » et il s'est rétracté. H a fait un article sur son père, Sébas- » tien Le Clerc, fameux graveur, qui est bien travaillé, et il » a ramassé bien des curiosités sur la Conception-Immaculée, » sur la Congrégation de Auxiliis, où il montre la fausseté de » deux lettres attribuées au docteur Duval par le P. Serry, et » où il a placé bien des faits inconnus qui regardent Rose, » évêque de Senlis, fameux ligueur; sur la Calprenéde, qui 5) s'appelait Coste; sur Callot, Casauboti, les Canons Aposto- » liquts, M"** Chéron, peintre, Chamhord, le P. Desmares et » autres. Et certainement, c'est un des grands critiques de » nos jours, s'il n'y avait pas un peu trop de partialité pour » le molinisme. Il parle mal de Bayle, qui était excellent et » qui valait mieux que lui. » (Journal, tome El, p. 29, 30.)

Nous achèverons ce qui concerne les Remarques de M. Le Clerc en extrayant de son livre quelques anecdotes peu con-

(i) Remarques sur difflrcnls articles du troisième voluuu du Dictiofuuiiré de Moréri, de V édition de iyi8 (Orléans), 1721, in-S», pp» 200. Elles vont de la lettre F à la lettre L inclusivement.

(2) Marais n'envoya que plus tard la lettre à laquelle il fait ici allusion. Voir le chapitre XII de cette Notice.

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nues, mais authentiques. Tous ceiix qui ont écrit sur Guillaume de Paris attribuent en entier à Le Féron l'édition de ses œuvres, donnée à Orléans, Tannée 1674, en deux volumes in-folio (i). a Voici le fait tel qu'il est, dit M. Le Clerc; je » l'ai appris d'original. Hotot, imprimeur et libraire à Ory> léans, voulant fûre une nouvelle édition des ouvrages de » Guillaume de Paris, s'adressa à M. Etienne Bouchet, pour » lors encore assez jeune, lequel se chargea de revoir l'édi- » tion de Venise de 159 1 et de corriger les feuilles de celle x> d'Hotot à mesure qu'on les imprimerait. L'édition était » presque achevée, lorsque M. Le Féron, en ayant eu des 9 nouvelles à Chartres, prit la peine de comparer l'édition de » Venise avec un ancien manuscrit des ouvrages de cet évèque » de Paris, que l'on conservait dans la Bibliothèque du cha- » pitre de Chartres. Ayant reconnu qu'il y avait dans ce ma- » nuscrit quatre traités qui manquîdent dans l'édition de Ve- » nise, il les transcrivit tous quatre et les envoya au libraire » d'Orléans, auquel il en avait écrit auparavant. H y joignit i> une préface de sa façon. Hotot mit le tout à la fin de son » second volume, sous le titre de : Supplementum , etc., ex » codicc Manuscripto insignis EccL Cartwtensis , cura et studio » B. Le Ferok, Doctoris ac Socii Sorbotiici, et Basilica Camot, » canonici. Ce titre fait sentir par lui-même que le reste de » l'édidon n'est point de M. Le Féron (2). »

On voit souvent à la fin des articles du Dictionnaire de Moréri cette indication : Mémoires du temps. « J'ai été assez » longtemps, dit M. Le Clerc, en peine de savoir ce que » c'est que ces Méfnoires. Je pense l'avoir depuis peu décou- » vert. Entre différents manuscrits qui viennent d'une comn munauté qui ne subsbte plus, et qu'une personne qui y

(1) V. en particulier D. Ceillier, Histoire gènirak des auUurs sacrés et ecclésiastiques, Paris, 1763 , tome XXIII, p. 482. Son dernier éditeur ne le rectifie par sur ce point , quoiqu'il le complète sur d'autres. — Daunou , Histoire littéraire dé L France, Paris, 185 S , tome XVIII, page 364. — Bicgrapfjie universelle de Michaud. — Biographie générale de Didot. — Les éditeurs de Morcri eux-mêmes n*ont pas mis à profit cette remarque de M* Le Clerc,

(2) Remarques sur.,. Moréri, art. Guillaume de Paris, pages 128, 129.

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» avait demeuré assez longtemps m'a donnés, j'ai trouvé » quelques éloges de divers évêques et prêtres qui ont été de » leur vivant soupçonnés* ou accusés de jansénisme. En con- D firontant ce peu d'articles avec ceux que l'on a donnés, dans » le Dictionnaire, de ces mêmes personnes, j'ai vu que ces » derniers étaient comme des abrégés des autres. On les » a copiés mot pour mot dans plusieurs choses, mais dans 9 d'autres on a pris soin d'en adoucir quelques expressions » trop peu ménagées et qui auraient trop naturellement porté 9 le leaeur à faire usage de ce vers de Boileau :

» Ce coup part, j'en suis sûr, d'une main Janséniste (i). »

Le troisième volume des Retfutrqtus s'arrête à la lettre L. M. Le Clerc avait continué et mis au net ses Remarques sur les autres articles du Dictionnaire, mais cette suite n'a point été imprimée séparément. La raison de ce fait est sans doute dans ce qui arriva après l'impression du troisième volume. M. Leschâssier ayant chargé le visiteur de 172 1 de « persuader M. Le Qerc de ne s'occuper plus à examiner le Dictionnaire et d'obtenir que s'il avait fait quelques remarques sur ce livre il n'en fit ou n'en laissât imprimer aucune feuille sans l'avoir envoyée au Séminaire de Saint-Sulpice, M. Le Qerc promit de ne rien faire imprimer que du consentement de M. le Supérieur ». Ces Remarques ne furent cependant pas perdues pour le public. Elles servirent à perfectionner l'édition de Moréri donnée en 1724, ainsi qu'on le verra au chapitre X.

En divers endroits de ses Remarques, M. Le Qerc avait promis sur certains faits des éclaircissements trop longs pour être insérés dans le corps de l'ouvrage. C'était d'abord un c article assez curieux » sur le. Décret du pape Gélose I, qui eût été tiré de la Dissertation dont nous avons rendu compte au chapitre précédent; pub un autre sur Lucidus et le prédestianisme au v^ siècle, dont le fonds aurait été pris dans les Dissenations sur Fauste de Riez; enfin, un troisième sur le P. Labbe, où M. Le Clerc eût très-probablement fait de ce

(i) Remarques sur Moréri , art. Lulhumières , p. 198.

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célèbre jésuite, accusé de plagiat, l'apologie dont il donne une analyse dans sa Bitlioîbèqiu du Ricbclct (art. Labbe). A Tarticle Dagobert I du second volume , il promettait également une suite chronologique des rois de France de h première race ; mais, au commencement du troisième, il renvoie cette chronologie au mot Frattct. Là, il s'engage de nouveau à la donner avec ses preuves à la fin du volume ; mais, infidèle à sa parole pour la troisième fois, il ajourne à un volume séparé qui n'a jamais paru et ce point et les trois précédents. Comme nous avons déjà eu ou que nous aurons l'occasion de parler de ces derniers, nous allons dire un mot des Remarques chronologiques sur Vhistoirc des deux premières races des rois de Frufice,

Tel est le titre de l'ouvrage sur la copie qu'en fit faire le président Bouhier, et qu'on voit aujourd'hui à la Bibliothèque de la Faculté de Médecine de Montpellier (i). Cependant, ce titre n'est pas absolument exact. D exprime ce que M. Le Clerc projetait plutôt que ce qu'il a exécuté. Son travail, en effet, s'arrête à Childéric El, dernier roi de la première race, au moins dans la copie que nous connaissons, car nous ignorons ce qu'est devenu le manuscrit original.

Plein d'estime pour toutes les productions de M. Le Clerc, le président Bouhier lui exprimait sa satisfaction de celle-ci par ces paroles : a Le P. Oudin m'a fait part de vos Remarques cljrouologiques sur nos anciens rois, où il y a d'excellentes choses, et qui m'ont fait grand plaisir. C'est bien dommage que vous laissiez perdre tant de bonnes choses » (i8 novembre 17^7) (0- — ^^os lecteurs éprouveraient-ils la même jouisru Calûhgue gcniral da Manuscrits des Bibliotbcqius publiques des Dèpar- UmaUs, Paris, 1849, ^o^c 1, p. 355 >"• 103. Ce manuscrit est un in-foUo de 1 10 pages.

(I) Le P. Desmolets n'avait pas encore lu la Dissertation de M. Le Clerc lorsqu'il lui écrivait, le 4 octobre 1 721 : « J^attends avec impatirâce votrc Chronologie des rob de France. Je ne doute pas que vous n'v ayez rassemble plusieurs traits curieux et savants. Le P. Lelong en a fait une qui est , je crois , ce qui lui a cause la mort. Je compte de la donner à la tète de sa Bibliothèque des Historiens de France, après, cependant, que je laurai examinée de nouveau. »

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