RAPPORTS A\'EC LA MONKOYE 7I
» mettra des notes très-curieuses. Tout Touvrage sera fini » (en 5 vol. in-4") pour l'impression dans un an et demi. » C'est ce qu'il m'a témoigné à la fin du mois d'octobre der- » nier. Il a déjà revu les sept premiers volumes , auxquels il » a joint des notes. Je suis ravi. Monsieur, d'avoir une oc- » casion aussi fevorable de vous assurer que je suis, avec le » plus profond respect, votre très-humble et très-obéissant » serviteur. Simon, pre. »
La Monnoye fit, en effet, à M. Le Clerc « l'amitié » de lui « marquer les fautes » qu'il aperçut dans les Remarques sur Moréri, et de lui « dire son sentiment sur divers endroits » où il ne pensait pas comme lui (i). De là, entre l'Académicien et le modeste Directeur de Séminaire, une correspondance littéraire qui dura environ sept ans, mais dont nous n'avons pu retrouver un seul firagment, disjecti membra poorta, quoiqu'elle ait été très-fiiquente, comme en font foi les ouvrages de l'un et de l'autre et les documents que nous avons entre les mains. Nous citerons seulement ici ces paroles de La Monnoye à une personne que Rigoley de Juvigny ne nomme pas, mais qui pourrait bien être le président Bouhier : « Accoutumez-vous, s'il vous piait, à ma paresse; j'en ai comme fait habitude, et je ne me sens guère désormais en état de m'en corriger. Je ressemble au landgrave de Hesse, qui ne pouvait ni ne voulait changer de vie. Il en fit sa déclaration à ses ministres, qui compatirent à son infirmité. J'ai, ces jours passés, déclaré la mienne à M. l'abbé Le Clerc, que j'ai réduit au semestre ; j'ai réduit sur le même pied ma fille et son frère le Cordelier. Pour vous. Monsieur, vous aurez la bonté d'agréer qu'un vétéran, mais un vétéran presque mmaginaire, ait l'honneur de vous servir par quartier (2). »
La correspondance de La Monnoye avec M. Le Qerc ayant
(i) Latre critique sur h Dict, de Bayîe; La Hajre, 1732, page 369. — « pai reçu quelques bons avis de M. de La Monnoye sur mon ouvrage, dont je profiterai. 11 m'a écrit de la manière du monde la plus obligeante. » (Lettre de M. Le Clerc au P. Lelong du 1 1 janvier 1721.)
(2) Œuvres choisies de feu M. La Monnoye, de l'Académie française; La Haye (Dijon), 1770, tome m, page 173.
pour principal objet l'histoire littéraire, chacun d'eux a dû reproduire dans ses écrits les remarques qu'il devait à Tautre (i). Aussi, les notes du premier sur les Bibliothèqtus françaises de ta Croix du Maine et de Du Verdier font-elles souvent mention de celles qui lui ont été communiquées par le second (2). Il est certain, par le témoignage de l'abbé Brun, ami intime de M. Le Clerc, que celui-ci « envo)^a au savant critique, son nmi, des corrections pour divers articles de la Bibliothèque de La Croix du Maine (3) ». M. Perdoulx de La Perière, en confirmant le môme fait, exprimait un vœu très-flatteur pour M. Le Clerc : « Je ne doute point, lui dit-il, que rou\Tage de M. de La Monnoye sur La Croix du Maine et du Verdier ne se sente de vos bons secours, mais je suis encore persuadé qu'il s'en sentirait davantage si ce savant homme vous communiquait son manuscrit avant de le faire imprimer. Ses notes sur ces deux auteurs seraient sans doute, ou augmentées par l'étendue de votre littérature, ou rectifiées par la sagacité de votre critique » (28 juillet 1724).
Au reste , les auteurs et leurs ouvrages n'étaient pas le seul objet des lettres de M. Le Clerc à La Monnoye. Comme tout homme en ce monde, le poète avait une âme à sauver, et, jusque vers la fin de sa vie, il avait beaucoup trop négligé cette importante et unique affaire. Nous sommes fondé à croire que ce point délicat fut abordé par le prêtre de Saint- Sulpice. « Je voudrais, écrit en 1727 Tabbé Papillon à M. Le » Clerc, que M. de La Monnoye prît les sentiments dont vous » me parlez et dont un chrétien ne doit jamais s'écarter; mais » il est bien tard pour chercher à convertir ce poète. Gemis » insanahik vaium. Heu vatum insana mentes, quid vota furen- )) tem, quid dehihra juvant ? Nous devons remettre cette affaire
(i) Voir, du côte de M. Le Clerc, Lettre critique, p. 44; Remarques crit. sur... BayJe, art. Amaseus, Bouchet, etc.
(2) V. dans Tédition revue par Rigoley de Juvigny; Paris, 1772, tome I, p. 138, Claude FaucJjet; page 156, CUment Marot. — Tome II, page 289, Pierre Hamon ; page 387, Robert Gantier, — Tome V, page 346, Pierre Sutor: page 409 , René des Freux, etc.
(3) Mémoires pour servir à l'Histoire des poètes français , art. Jean BoitcJjet.
CORRESPOSDAKCE AVEC LE P. LELOXG 73
» entre les mains du Seigneur^ cujus î*ult miseretur n (12 août 1727). — « La Glose de 'sainte Thérèse, par M. de La Mon- » noyé, est une pièce excellente et marque un dévot du prea mier ordre ; c'est l'idée qu'en prendront ceux qui ne con- » naissent pas M. de La Monnoye sur un certain pied. Je » voudrais qu'il profitât de vos bons avis. Il me semble qu'il n'a » pas de temps à perdre; mais la conversion d'un poète ne » peut être que l'ouvrage d'un apôtre. C'est au Seigneur à qui » il faut s'adresser pour cela, et vous avez pris le parti le plus » sûr » (15 septembre 1727).
La grâce toucha enfin le cœur de l'auteur des Noêh Bour^ guignons, et M. Le Clerc, qui avait eu sa part dans la bonne œuvre, dut bien se réjouir en lisant ces lignes du président Bouhier : « Nous avons perdu, le vendredi 15 octobre, le pauvre M. de La Monnoye, ce dont j'ai été infiniment touché. On in'a mandé qu'il était mort chrétiennement et qu^il avait reçu ses sacrements des mains de MM. de Saint-Sulpice, C'est tout ce que j'en sais » (l*' décembre 1728). M. Le Qerc exprimait lui-même cette joie, que les Anges ressentirent comme lui dans le ciel : Gaudium erit coram Angelis Dei super uno peccatore pœnitentiam agente (Luc. XV, 10). Il écrivait à M. de La Bastie : « Au sujet de feu M. de La Monnoye, notre ami, je vous dirai en passant une chose qui m'a bien consolé, c'est que M. Brossette a écrit ici qu'il était mort d'une manière fort chrétienne et fort édifiante. »
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