CORRESPONDANCE AVEC LE P. LELONG
tenait de Tabbé Brillon , chanoine et chancelier de Téglisc de Chartres , plusieurs renseignements sur les auteurs Chartrains. M. Le Clerc ne s'était pas d'abord adressé à cet ecclésiastique, qui lui était sans doute inconnu, mais à l'abbé de Chéray, qu'il avait très-probablement vu au Séminaire de Sa^nt-Sulpice, à Paris (i). Peu familiarisé avec les recherches littéraires, l'abbé de Chéray pria l'abbé Brillon, son confrère, de répondre
(i) Louis-Nicolas de Chéray (et non Chèret, comme on écrit commune-, ment), cuit déjà clerc lorsqu'il entra au Grand-Séminaire de Saint-Sulpice, le 12 juillet 1701. Dans sa lettre à M. Le Clerc, il trace lui-môme Thistoire de sa vie en quelques mots d'une naïveté charmante. « Pour ce qui me regarde. Monsieur, quoique je ne mérite pas de place dans un livre comme le vûtre, je vous dirai que je suis né à Paris en 1684, le 5« novembre, que j'ai été reçu Docteur en 17 10, le 13e novembre, que j'avais été fait chanoine de Chartres au mois d'octobre précédent, et que j'ai pris possession le onzième; que, depuis que je suis  Chartres, j'ai commencé à exercer le ministère de la prédication ; que j'ai prêché dans la province et aussi à Paris , dans des chaires assez, considérables. Vous avez mon sermon de l'Académie, je ne vous en dirai rien. Vous savez qu'il a été imprimé une seconde fois parmi les recueils. Depuis ce temps, j'ai continué à travailler, et M. le cardinal de Rohan, pour qui je fais un Rituel avec M. de Romigny, aussi Docteur (de la maison et société), — j'ai mis la parenthèse, car je n'en suis pas, — m'a promis un sermon devant le Roi et m'a fait espérer que je n'en resterai pas là, et qu'il me procurera d'autres actions devant sa Majesté. Au reste, si vous me citez comme travaillant à cet ouvrage , mettez seulement qu'outre la prédication j'ai quelque talent pour les Rubriques , Cérémonies et Offices de l'Église, que j'ai travaillé à quelques-uns des Offices du Séminaire de Saint-Sulpice , — l'Office du Sacerdoce est de moi presque en entier, — que j-'ai fiait quelques Offices pour des Églises de différents diocèses, et qu'actuellement je travaille , avec l'abbé de Romigny, à un Rituel pour une des plus célèbres Églises , sans nommer Strasbourg. Cependant , ménagez-moi, je vous supplie , et ne me préconisez point tant ; outre que je ne le mérite guère, trop de louange me serait nuisible, parce qu'elle me procurerait peut-être plus d'ouvrage que je n'en veux et n'en puis faire. »
L'abbé de Chéray n'en resta pas W, en effet. Il fut nommé à la cure de Saint-Roch, à Paris, le 28 mars 1739, ^^ P^^^ possession le 3 avril, second dimanche après Pâques. Son zèle pour la doctrine de l'Église lui valut les injures des Nouvelles ecclésiastiques, qui vont jusqu'à l'appeler Sulpicien de ccettr et d*esprit (2 avril 1740, p. S3) J H mourut le s juillet 1743 (et non en 1739, comme le disent les éditeurs des Lettres de Vahbé Lebeuf, t. II, p. 104, tiDte 4) , et eut pour successeur M. Badoire.
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aux questions de M. Le Clerc. C*est ce qu*il lui écrit de Chartres le 6 novembre 1720 : « Uabbé de Méronville m'avait remis entre les mains les deux lettres que vous m'y aviez écrites. Je les ai rapponées ici pour faire les perquisitions qui vous sont nécessaires y et M. l'abbé Brillon vous a rendu de grands services. Le petit mémoire que je vous envoie est de son écriture. D est homme né pour chercher des dates et des époques s'il en fut jamais, et vous lui devez un remerdment pour tous les soins qu'il s'est donnés. On ne peut vous les avoir donnés de meilleure grâce. »
Ce fut le même abbé Brillon qui donna lieu aux rapports de M. Le Clerc avec le P. Lelong (i). En 1719, le P. Lelong avait publié sa Bibliothèque historique de la France, ouvrage plein de recherches et d'érudition. M. Le Clerc s'empressa de la lire. D y nota quelques fautes et quelques omissions qu'il releva dans le premier volume de ses Remarques sur Moréri, c ce livre, dit-il (Préface, p. xlvi), ne pouvant manquer d'être
(x) Jacques Lelong naquit à Paris le 19 avril 1663 , entra dans Tlnstitut de rOratoire en 1686, et fut ordonné prêtre le samedi de la Pentecôte 1689. Après quelque temps passé dans sa famille et au Séminaire de Notre-Dame des Vertus , dans le village d'Aubendlliers , il fut nommé Bibliothécaire de b maison de Paris. Les soins qu*il donna à Temploi de sa nouvelle fonction ne Tempèchèrent pas de se livrer à la composition d^ouvrages savants et pleins de recherches , dont les plus connus et les plus considérables sont la Bihliotbeca sacra et la Bibïiotbèqve historique de la France. Son ardeur excessive pour l'étude et le peu de soin qu'il prenait de sa santé abrégèrent une vie toute consacrée aux recherches de l'érudition. H mourut à Paris, chez sa nièce, le 13 août 1721 , âgé de 56 ans et 3 mois. Son corps fut transporté et inhumé dans l'église de l'Oratoire de la rue Saint-Honoré. — Voir sa vie en tète de la BtbUotheca sacra, Paris, 1723, in-fol. Le P. Desmolets, qui en est l'auteur, n'a pas oublié M. Le Qerc dans l'énumération des savants auxquels le P. Lelong devait de la reconnaissance. « Aurelianis, dit-il, cum D, CJerico, ce!d>errimi sculpioris pictorisquefilio, tune Aurelianensis Seminarii Théokqo » (p. XXIV). Sur quoi M. Le Clerc écrivait au P. Desmolets : « Je suis assez content de la Bihliotbeca sacra, que j'ai reçue il y a quelque temps, et je vous remercie de la mention honorable que vous y avez faite de moi. J'aurais voulu qu'en parlant au même endroit de mon père, vous eussiez mis scalptoris au lieu de sculpioris, et que vous n'eussiez pas mis pictoris, parce qu'il était simplement graveur » (24 décembre 1723).