‹ Vie, écrits et correspondance littéraire de Laurent Josse LeClercChapitre 70 sur 83 · TRAITÉ DU PLAGIAT LITTÉRAIRE · texte numérisé non relu

TRAITÉ DU PLAGIAT LITTÉRAIRE

même du procès, que s'il eût éié intenté à M"*' Deshoulières pendant sa vie, il lui eût très-probablement inspiré une nouvelle Épitre chagrine dont aucun vers, assurément, n'aurait été pris ou imité d'Antoine Coutel (i).

Continuons à rétablir la liste et le dossier des auteurs accusés de plagiat. Bien qu'il fût « persuadé que la plupart de ces accusations sont fausses », le Président Bouhier n'en poursuivait pas moins activement son rôle officieux de procureur général de la République des Lettres. Dans la même lettre où il plaide en fliveur de M"* Deshoulières, il se porte hardiment comme accusateur et demande la condamnation d'Henri Htienne, coupable, selon lui, d'avoir « privé son père (le célèbre Robert Etienne), et les autres personnes habiles qui l'avaient aidé à composer son Dictionnaire grec, de la louange qui leur en était due » (2). L'accusation fut prise en sérieuse considération par M. Le Clerc,

(i) Dans ses !\Cémoiies pour servir à Vhistoirc des poètes français (art. DesbouIières)y l*abbé Brun a insère une lettre autographe anonyme (écrite probablement par cet ami de M. de La Bastie, dont il est parlé plus haut) et adressée au Doytn de Saint-Agricol. Elle est sans indication de lieu , mais datée du 31. octobre 1735. Voici ce que nous y lisons touchant le livre de Coutel : « Il est sans date au frontispice ; mais au verso de la page 206, où finissent les poésies de ce galant homme, après le mol finis, on lit l'espèce d'avertissement que je vais vous transcrire : Htec sunt, amice, qua kgi, colkgi, meditaius sum et sert psi, Jtistitia (?) nefastisque diébus anni millesimi sexcentesimi quadragesimi noni, à Christo nato, calJjoîica qiuedam humanœ vita pracepta. Ce qui suit est cflectivement un recueil de plusieurs maximes latines. Vous voyez qu'il n*y a pas , dans cet Avertissement , de quoi fixer l'impression de ce livre , parce qu'il peut se rapporter à ce recueil de maximes , et non aux poésies d'Antoine Coutel. C'est ce manque de date précise qui fait la difficulté et qui empêche de décider si M»e Deshoulières est coupable de plagiat..... Je ne saurais vous dire à quel point les esprits furent échauffés et à Paris et ici lorsque je répandis ma découverte. Les partisans de M^e Deshoulières étaient révoltés. Ils révoquaient le fait en doute. Celui à qui le livre appartient eut la complaisance de le laisser porter à Paris. Cette vue ne convainquit que faiblement les incrédules. Ils se tournèrent de tous côtés pour justifier leur héroïne, et leur plus grand triomphe était tiré de l'équivoque de la date de l'impression. Adhitc sub judice lis est. »

(2) Lettre du xi FéNTier 173s, ap. d'Artigny, tome V, pages 390,

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et il promit d'examiner le fait d'Henri Etienne (ii janvier 1736). C'est tout ce que nous pouvons en dire.

Les autres amis de M. Le Clerc lui déféraient aussi d'autres plagiaires. M. Bimard de La Bastie lui dénonça encore le Êimeux Joseph Scaliger conmie ayant « été attaqué raème de ce côté-là par le P. Pétau » (i). — L'abbé Papillon n'avait trouvé personne qui eût mis Du Verdicr parmi les plagiaires. « Il l'est néanmoins, dit-il, et la preuve est facile à faire. J'ai trouvé qu'il a inséré dans sa bibliothèque tout l'ouvrage de Fauchet sur nos anciens poètes Français. Voyez, par exemple , l'article à*Eustace ou Huistace. Il n'oublie dans ce qu'il dit de ce ^ëte que le nom de celui qui lui a fourni de bons matériaux n (2). M. Le Clerc ne fut cependant pas convaincu, ainsi qu'il résulte d'une lettre du P. Oudin, •devenu aussi délateur à son tour : « Notre ami M. l'abbé Papillon est aucunement scandalisé de ce que vous excusiez Du Verdier qu'il vous a déféré comme voleur de Fauchet. Je me souviens d'avoir vu dans les vastes commentaires de notre Cornélius à Lapide des colonnes entières transcrites de LiliusGreg. Gyraldus dans son Histoire des Dieux; m^ds c'est le privilège des faiseurs de gros livres » (3).

Parmi les accusations de plagiat dont M. Le Clerc parlait dans son Traité, il faut sans doute ranger encore celle qu'il découvrit en 1726 à Viviers, où il prêchait une a petite mission presbytérale. M'étant amusé, dit-il, à parcourir, quand j'en ai eu le loisir, les vingt premières années des Mémoires de Trévoux, j'y ai trouvé (octobre 171 5, p. 1724), une terrible accusation de plagiat liuéraire contre MM. Du Puy et le P. Jacques Sirmond » (4). Ils sont soupçonnés d'avoir, par un insigne larcin, fait paraître sous leur nom plusieurs travaux

(i) Lettre à M. Le Gerc, du x« janvier 1736, ap, d*Artigny, tome V,

(2) Lettre â M. Le Qcrc, du 12 juin 1735, o^. d*Anigny, tome V, page 392.

(3) Lettre à M. Le Qcrc, du 18 août 1735, ap, d*Artigny, tome V, page 398.

(4) Lettre au Président Bouhicr, décembre 1 726.

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