‹ Vie, écrits et correspondance littéraire de Laurent Josse LeClercChapitre 73 sur 83 · TRAITÉ DU PLAGUT LITTÉRAIRE · texte numérisé non relu

TRAITÉ DU PLAGUT LITTÉRAIRE

rappon de Lancelot, homme qui en voulait étrangement au Jésuite, parce que ce Père avait toujours harcelé ces Messieurs, — « Je £ais voir ensuite que le même Loncelot a eu tort d'accuser le docte Jésuite d'avoir volé le Calendrier... qui parut à b tête des Heures dites de Pon-Royal en 1650. > — « Je disculpe aussi fort aisément le P. Labbe contre ce que prétend encore M. Lancelot, qu'il avait volé VHistmre Généalcgique de France de MM. de Sainte-Manhe... » — « Je réfute en peu de mots M. Baillet, qui a avancé que les Étymologies du P. Labbe étaient un larcin qu'il avait fait dans le Jardin des Racities de Pon-Royal. » — « Je m'étends beaucoup plus sur le Traité De Scriptoribus Ecclesiasticis du même Père ; Baillet convient que cet ouvrage a fait honneur au P. Labbe, mais le mauvais sort de ce Père, dit-il, veut qu'an attribut au P. Sirnumd une bofine partie des Dissertations critiques quil a publiées sur Us écrivains ecclésiastiques (i). Voilà à peu près, dit M. Le Clerc en finissant, tout le pbn de l'ouvrage que j'avais fait pour le P. Mcri en faveur de son savant compatriote, le P. Labbe. » Voilà aussi, dirons-nous à notre tour, à peu près tout ce que nous savons ou pouvons conjecturer touchant le Traité du Plagiat (2). Mais si nous ignorons le plus grand nombre

(i) A cette accusation se rapporte un passage de la lettre du P. Oudin à M. Le Clerc, en date du 24 janvier 1727, lenre qu*on peut lire dans les Nouveaux Mémoires de Tabbé d*Artigny, tome V, page 395, 396.

(2) Uabbé Pemetti en a consigné un trait dans ses %fcberches pour servir à V histoire de Lyon (t. II, p. 254). Parlant de l'édition du Dictionnaire de . Richelet, donnée par M. Aubert, « on trouve à la tète, dit-il, une BibUotljique des auteurs cités dans le Dictionnaire, Elle est du savant M. Le Qerc, du Séminaire de Saint-Sulpice de Lyon , qui a beaucoup écrit et fort peu imprimé. Dans un de ses traités manuscrits qui a pour titre le Plagiai, il dit un mot de M. d*Urfé que je place ici de peur qu'il ne reste inconnu... » Mais ce que Tabbé Pemetti croyait encore « inconnu » en 1757 avait été textuellement publié en 1752 , suppresso nomine auctoris, dans le tome V des Nouveaux Mémoires ff histoire, de critique et de littérature (p. 13 et 14). Cest là sans doute un des articles communiqués à Tabbé d'Artigny, et Martial dirait probablement à cet auteur comme autrefois au poète Fidentinus :

Stat contra, dicitque tibi tua pagina, Fur es,

(Epignumnat. lib» ly uv, 12.)

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de ceux qui y figurent comme accusés ^ il est aussi des coupables qui échappèrent à la censure de M. Le Clerc, grâce à Texcessive discrétion de ses amis trop délicats et trop peu jaloux de leur propre gloire. En voici un exemple rapporté par Michaulty avocat au Parlement de Dijon. « M. l'abbé Le Clerc, dit-il, a laissé un Traité sur h Plagiat où Ton pourrait ajouter un exemple insigne de Plagiat et restituer authchti-* quement au P. Oudin un larcin dont sa modestie ne lui a jamais permis de se plaindre qu'à M. le Président Bouhier et à moi. En 1739, Louis-Antoine Muratori ayant publié à Milan son Nouveau Trésor d'anciennes Inscriptions, y inséra, sous le nom d'un curieux littérateur qui avait beaucoup étudié les médailles et les anciens monuments, un Mémoire sur quelques Dieux inconnus, dont le véritable auteur est le P. Oudin (Voy. Tom. I, p. 50. De Diis quibusdam ignotis, prasertim Gallicis, Diatriba Josephi de Bimard de La Bastie) » (i).

Revenons à M. Le Clerc. Pendant qu'il s'appliquait, dans le silence de l'étude, à la recherche et souvent il la justification des écrivains dénoncés comme suspects de vol littéraire, une accusation de plagiat d'espèce différente vint subitement fi'apper ses oreilles pour retentir plus douloureusement

(i) Milanges historiques et philologiques , par M. Michault, Avocat au Parlement de Dijon; Paris, 27549 tome II, pages 324, 325. — Combien de laits semblables ne pourrions-nous pas rapporter ici I Combien de disciples de Richesource aujourd'hui parmi nous 1 Nous ne parlons pas des Prédicateurs se parant de Téloquence du cardinal Giraud ou de tout autre orateur, ni des Historiens décriant, par un procédé £imilier aux plagiaires, les auteurs qu*ib estiment assez pour les piller : les uns et les autres semblent depuis longtemps jouir là-dessus d'un privilège spécial, et un procès, de date assea récolte , a prouvé que les derniers surtout peuvent pousser fort loin cette sorte de larcin , sans avoir à craindre les tribunaux civils chargés de fai|e respecter la propriété littéraire. Mais quelles hardiesses en ce genre jusque chez des personnages occupant des positions élevées, auteurs aisément féconds, dont les Œuvres nUUes, comme on disait autrefois, présentent! sous le rapport du style plus de variété que sous le rapport des sujets même, la plupart imaginés et commandés, dit^n, en vue de former» par rapport aux hommes et aux choses de ce temps, l'opinion d'une postérité sur la crédulité de laquelle ils n'ont que trop droit de comp^ ter! Et ces génies £aciles, ces ambitieux de toutts les gloires, s*éton-

au fond de son cœur. Cène fois, en effet, l'accusé n'était plus un étranger à l'égard duquel il pût ou dût rester indifférent; l'accusé était « cet excellent homme qu'il connaissait à fond et dont il respectait singulièrement h mémoire » ÇBibliolb. du Ricbdct, art- CUrc); c'était, enfin, son propre père.

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