‹ Vie et aventures de la princesse de MonacoChapitre 11 sur 13 · TIS ET ATSHTIIRES DB LA PUNCE88B DE MONICO · texte numérisé non relu

TIS ET ATSHTIIRES DB LA PUNCE88B DE MONICO

il n'aimait pas qu'on attaqnftt La Yalliëre , en laqneUe il croyait ayec raison, et qu'il regardait comme une fiUe entièrement dévouée à lui. Madame de Montespan Tejprit vite une antre route, retomba sur Lauzun, jura que le roi devait lui retirer sa parole sans s'inquiéter de ses criailleries et de ses violences.

— n est bien d'être l'ami, le père de ses sujets et de ses courtisans , mais il y a des bornes à tout, il faut 6onger à soi aussi, vous n'y songez jamais, vous vous oubliez toujours, vous sacrifiez vos désirs et vos goûts à ceux des autres ; dans le rang que vous occupez, nul autre n'aurait cette condescendance.

Après deux beures d'un entretien aussi sincère j ce qœ Lauzun put mieux apprécier que personne, ils se séparèrent ; le roi, pour retourner à son appartement, madame de Montespan, pour se mettre à sa toilettre, et aller à la répétition d'un ballet où le roi, la reine, et toute la cour assistaient.

Puyguilbem tiré de sa cachette, courut se rajuster chez lui, puis il revint se coller à la porte de madame de Montespan, en disant à part lui :

— A nous deux, madame la marquise, maintenant, nous allons voir.

Il attendit ainsi trois quarts d'heure environ, puis 11 vit madame de Montespan sortir, parée et magnifique, le sourire sur les lèvres, qui raccueillit d'un visage épanoui, auquel le sien se conforma. Il lui présenta la main et lui demanda la permission de la conduire, ce qu'elle accepta de la meilleure grâce du monde.

Vous êtes, madame, d'une si triomphante beauté que, si vous avez daigné dire un mot en ma faveur, je suis sûr de la réussite.

— Vous ne pouvez douter de ma promesse, monsieur, et je l'ai accomplie rigoureusement.

— Vous avez bien voulu parler au roi?

— Pendant plus d'une demi-heure.

— Et vous avez appuyé ma demande?

— Aussi chaudement que pour mon propre frère.

— Que Sa Majesté a-t-elle répondu ?

— Elle trouve la chose difficile, à cause des oppositions, cependant elle les lèvera, je l'espère.

— Vous avez daigné lui en fournir les moyens ?

— Je lui en ai donné plus de dix, auxquels il s'est rendu, ïne promettant de choisir les meilleurs.

— J'espère comme vous qu'il les trouvera.

— N'en doutez point.

— Ainsi, le roi vous a promis, n'est-ce pas ? sur votre demande, à cause de ce que vous lui avez dit de moi, c'est h vous que j'en aurai l'obligation ?

— Uniquement, je vous en réponds.

Ne pouvant se contenir davantage, il lui serra la main à la briser, et se penchant à son oreille :

— Vous êtes une menteuse, une gaupe, une carogne, upe coquine, vous n'avez pas dit un mot de cela ; vous avez, au contraire, engagé le roi à ne point m'écouter ; vous lui avez dit de moi un mal horrible, vous m'avez traité presque dans les mêmes termes dont vous vous étiez servie contre lui, aux mêmes lieux et dans les mêmes circonstances.

Il ajouta à cette belle phrase une kyrielle d'injures que je n'pserais pas répéter, et la plus douce était gueuse et friponne ; ensuite, il lui répéta, mot par mot, la conversation du roi et d'elle. La marquise fut si troublée qu'elle ne trouva pas un mot à répondre. Elle eut de la peine à dissimuler sa terreur, sa colère, le tremblement de ses jambes et de ses lèvres ; jamais elle ne fut si déconcertée. En arrivant dans le lieu de la répétition du ballet, elle s'évanouit.

Tout le monde était déjà réuni : le roi s'approcha effrayé, les eaux de la reine de Hongrie, les sels les plus violents

DE LA PniNCESSE DE MONACO. S71

n'y faisaient rien, elle ne revenait pas. Enfin, elle ouvrit les yeux, mais si empêchée, quMle n'osait point les iGver^ dans la crainte d'apercevoir Lauzun. Elle demanda à rentrer cbez elle, où le roi la suivit dès qu'il lui fut possible. Yoi|i jugez de la scène! elle en avait presque perdu la tête.

— Comment sait-il cela? je l'ignore ; est-ce le diable gui le lui a dit? Mais il est certain qu'il m'a répété jusqu'au dernier mot.

— Vous vous trompez, cela n'est pas possible.

T- Gela est certain, il sait tout ; il a entendu, ou il est soreier ; et il m'a traitée !

— Gonunent l'avez-vous souffert?

— Et le moyeu de faire autrement !

— Que n'appeliez-vous pour le faire jeter à la porte?

— Dans le palais de Votre Majesté! un de ses amis, de ses principaux courtisans! m'eût-on obéie? d'ailleurs. Je ii*y ai pas même pensé, je l'avoue, je ne savais plus où jci me trouvais, j'étais folle !

— Je ne sais qui me tient de le faire arrêter et conduire à la Bastille. Le fat ! l'impertinent!

— Ab ! c'est un misérable bien dangereux!

— Qu'il y prenne garde seulement, qu'il ne me fournisse pas l'ombre d'un prétexte, car, je le jure...

— Vous, Sire ! il vous mènera par le bout du nez, U TOUS maltraitera et vous lui demanderez pardon.

-r Madame!

— Cet homme-là vous possède et vous domine plilft qa'aupqiie femme ; vous avez pour lui des faiblesses et un attrait que vous n'avez pour aucun autre. Je vous l'ai dit.

VOUS le comblez de faveurs, qu'il daigne accepter, sans seulement vous dire : je vous remercie.

Le plus curieux, c'est qu'elle avait raison, c'est qu'en effet, Lauzun était le maître du roi et non pas le roi le mattre de Lauzun. Il a souffert de lui ce qu'il n'aurait pas permis à Monseigneur. Vous le verrez bien par la suite.

Depuis ce moment et pendant longtemps après, madame de Montespan n'osa plus parler au roi que dans le tuyau de l'oreille, et même ce fut avec des précautions infinies. Elle disait quelquefois en riant que Lauzun. avait le diable à son service, et que les autres courtisans pouvaient bien le partager avec lui.

— Je crois qu'il est caché jusque dans les courtines de mon alcôve et que je vais le voir paraître la nuit avec ses cornes lumineuses.

— Hélas! répondait madame Gomuel, à laquelle on racontait cela, madame de Montespan doit pourtant savoir qu'en ce genre-là surtout, tout ce qui briîle n'est pas or.

Pendant quelques jours, Lauzun enragé et le roi embarrassé de sa colère, furent mal à Taise vis-à-vis l'un de l'autre et ne se dirent rien. Enfin il n'y put plus tenir, et par ses grandes entrées, il trouva le moyen d'un tête-à-tête, malgré le soin de Sa Majesté à le fuir. Le roi en le voyant approcher, fit deux pas vers la porte, Lauzun l'arrêta hardiment :

— Sire, deux mots.

— Que voulez-vous, monsieur, répliqua notre Sire en tâchant de prendre sa hauteur ordinaire.

— Je viens demander à Votre Majesté l'exécution de sa parole.

— Pourquoi?

— Pour l'artillerie, Sire, vous m'avez promis, et j'y compte.

— Vous avez tort, monsieur.

— J'ai tort !

— Oui, vous avez tort ; cette parole, vous m'en avez dégagé vous-même. En vous la donnant, j'avais mis une condition, vous y avez manqué, je suis libre.

— Sire, cela n'est ni d'un roi, ni même d'un gentilhomme, c'est un faux-fuyant indigne et déloyal.

— Monsieur!...

— Je le répète, un faux-fuyant pour éluder sa parole est indigne d'un gentilhonmie, et je me regarderais comme déshonoré, si j'y avais recours.

Il se recula de quelques pas, tourna le dos au roi, tira son épée, en brisa la lame avec son pied, et jetant les morceaux au loin, il s'écria avec furie :

— Gela est si vrai que, jamais, jamais, je ne servirai un prince qui me manque si vilainement de parole, n'importe ce qui en arrivera.

Tout autre à sa place eût été perdu; mais la preuve de ce que disait madame de Montespan sur la faiblesse du roi à son égard, c'est qu'au lieu de s'emporter, de le faire prendre et jeter dans un cul-de-basse-fosse, le roi, tout transporté de colère qu'il fût, ouvrit la fenêtre, jeta sa canne dans le jardin, et dit avec la tranquillité d'un homme qui se domine.

— Je me reprocherais toute ma vie d'avoir frappé un homme de qualité, c'est cependant le seul traitement que TOUS méritiez.

9fii VIE ET AVENTURES

Et le roi sortit.

Je votts laisse à Juger Tétat de rage, de crainte, presque de désespoir où fut Lauzun; il se vit perdu; cependant, il ne s'abandonna pas, jamais il n'a douté de son bonheur, je suis sûre qu'il n'en doute pas encore en ce moment, où il est enfermé dans cette citadelle imprenable, sous la garde àà plus impitoyable des geôliers.

Il ne parut plus de la soirée, et le lendemain il fût arrêté dans sa chambre et conduit à la Bastille. Certes, il l'avait bien mérité ; néanmoins, il ne se tint pas pour battu. Guitry, un des favoris du roi, pour lequel il avait créé la ëhàrge de grand-mattre de la garde-robe, était son ami ; il ÇoUlut lé lui prouver, et osa parler à Sa Majesté qui peutêtre ne demandait pas mieux.

— Sire, lui dit-il, ayez pitié de lui.

— initié de lui, monsieur, un insolent, un ingrat !

— Non, Sire, un malheureux.

— Vous vous moquez !

— Il à perdu la tête, il est devenu fou, je vous l'atteste.

— Il n'est point fou, il a bien sa tête, il est dans son naturel, je le connais, qu'on ne m'en parle plus.

— Sire, je vous en conjure, écoutez-moi : Lauzun a ëôlnptê sur votre parole, vous qui n'y manquez jamais, il a VU l'êiiormité de vous avoir déplu, et plus encore que la grandeur de sa place, il en a été ébloui, il en est désespéré, fit alors son jugement. . .

— Monsieur, on ne manque pas de respect à sou maître, Hen n'excuse cette infâme action.

-^ Considérer, je vous le demande en grâce, la promesse, la hauteur de l'espérance, le dévouement inaltérable qu'il

TOUS porte, la cramte de vous offenser. Considérez tout cela.

— J'ayiseraî, monsieur.

C'était son dernier mot, après lequel il n'y avait rien à lyoater. Hais Guitry revint à la charge, il y revint souvent. Le roi le souffrit impatiemment d'abord, ensuite il y prêta, et alla jusqu'à dire :

--=- Ce pauvre Lanzun ! il doit bien s*ennuyer !

— Dene pas voir Votre Majesté, Sire. Il ne pense qu'à cela.

^^ YraimentT Et pas à ses maltresses?

^ Sa maîtresse la plus ebère n'est riim pour lui près ffim mol de Votre Majesté.

«-^ Est-ce bien sûr t Ne voules-toas pas le blanchir T

— Je vous l'atteste.

^ Nous verrons alors.

Le lendemain, il donna l'artillerie an duc de Lude ; celuitf » qui était premier gentilhomme de la chambre, vendit aette diarge au due de Gesvres, lequel laissait vacante une nanpagnte des gardes-du-eorps.

— Guitry, dit le roi le soir à son coucher, vouleE-vons aller faire un tour à la Bastille î

— Sire, je n'en ai pas la moindre ravie.

— Quoi 1 pas même pour porter une kaane nouvdle à un de vos amis?

•— Ah ! pour cela. Sire, c'est différent, j'y courrai dès favofe. Et quelle est cette bonne nouvelle?

— Dites-lui que je lui offre la place de capitaine des gardes qu'avait Gesvres .

— Âh ! Sire, ce n'est pas rartilierie ! mais enfin...

— Vous faites bien le difficile, je pense qu'il ne le fera 1^ tant entre quatre verroux.

Guitry alla le trouver. Il était loin de s'attendre à une pareille faveur, lui qui n'avait rien demandé. Et, comme son effronterie passe toute idée, lorsqu'il vit ce retour du roi vers lui, se flattant d'en tirer un parti meilleur, il prit la chose de haut, et répondit à Guitry :

— Je ne veux pas devenir d'évêque meunier.

Guiti7 revint l'oreille basse ; le roi l'interrogea, et voyant son air embarrassé, se mit à rire :

— Je gage qu'il refuse, dit-il. Je le connais, et je m'y ai tendais presque. Il croit que ma bonté ira plus loin. Retournez-y demain, prêchez-le, et qu'il sache bien qu'un second refus terminerait tout ^ntre nous, je ne le pardonnerais pas.

Guitry revint à la charge, il lui dit très-sérieusement que | c'était sa seule chance de salut, qu'il n'aurait pas davantage et qu'il fallait courber la tête, sauf à la relever plus tard. Lauzun voulut bien consentir à ce que lui offrait le roi, et dès qu'il l'eût accepté. Tordre de le faire sortir de la Bastille se donna.

Le soir qu'il sortit et qu'il alla saluer le roi pour prêter serment de sa nouvelle charge, la cour était fort grosse. Chacun voulait le voir arriver et assister à cette entrevue. Madame de Montespan, qui le craignait, eut l'air de faire la généreuse et de venir la première. Il la traita de Turc à Maure. Le roi lui sourit trés-agréablement, et l'appela M. le capitaine des gardes tout d'abord.

— Sire, cette charge est pour moi la plus précieuse en ce qu'elle me rapproche de Votre Majesté.

Madame de Montespan parut ensuite, comme je l'ai dit;

elle le fâicita, de cet air plein de promesse qu'elle savait prendre à volonté.

— Madame, lui répliqua-t-il, je sais tout ce que je vous dois, et je ne Toublierai point.

- Puis il lui tourna le dos si juste qu'elle le reçut en plein dans le visage, ce que chacun vit et ce qui en fit jubiler quelques-uns. Pour elle, elle garda son air agréable et plaisanta sur cette rustauderie, disant qu'il fallait passer quelque chose à un prisonnier.

Cela fut le commencement d'une nouvelle faveur. Il vendit ses dragons, il prima les autres capitaines, qui le primaient en ftge et en qualité, et quand il avait le bâton, ^ nul ne le portait aussi haut que lui; il fut bientôt fait lieutenantgénéral ; puis son père mourut et il hérita de sa compagnie des cent gentilshommes de la maison du roi, au bec-decorbin. Il ne se tint pourtant pas pour satisfait.

Nous nous voyions toujours, et, de temps en temps, il me revenait avec ses sentiments d'autrefois, jurant qu'il n'aimait que moi au monde, que les autres femmes étaient des jouets, non pas des maîtresses; que, si je le voulais, il abandonnerait la cour, l'ambition, ses projets, et que nous vivrions tranquillement à Paris, sans nous inquiéter de M. de Monaco, qui courait la Mazarine, ni du roi, ni du reste, qui ne lui valaient que du dégoût.

U y avait des moments où je l'eusse fait, mais ensuite ! Mon père me venait toujours sermonner à son égard.

— Ne l'écoutez point, ma chère, il vous mènera droit aux Petites-Maisons. Il croit que l'univers n'est créé que pour lui, et que chacun doit contribuer à son bonheur ou à son

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