‹ Vie et aventures de la princesse de MonacoChapitre 4 sur 13 · II · texte numérisé non relu

II

S6 TIK ET itlMTOMS

^ L« eomtede Guiche ?

Madame devint fort rouge.

— Il est déjà plus qu'à moitié mort, que sera-ee doue ?

— Le comte de Guiche est aimable, sans doute ; il est le iseigneur le plus élégant, le plus brave, le mieux fait; mais, mais... Madame, vous tous trompez : le comte de Guiche ne m'aime pas I

Le ton de Madame était d'une grande aigreur, cela me redonna de Tespérance.

— Comment, Madame ! le comte de Guiche ne tous aime pas!

— Il a aimé madame de Ghalais, et maintenant il aime La Valliëre; est-ce là le chemhi de mon ceeur, madame; le p^sez^YOUs ? Et quand on vise aussi haut, s'amuse-t-on à regarder aussi bas ?

«^ Mademoiselle de la Valliëre est une fille dont où ne parle pas, madame ; elle est à Votre Altesse, parce que votre bonté l'a acceptée. Ignorée, obscure, c'est de toutes les personnes de la cour la moins faite pour porter ombrage.

On ne peut vous parler, il faut pourtant parler à quelqu'un ; un homme bien épris choisit justement cette fille, la plus humble et la plus modeste, et vous ne le permettez pas, vous ne croyez point à son sentiment ! Ah 1 madame !

— Me supposeriez-Yous jalouse de votre frère, par hasard ? interrompit-elle avec cette hauteur qu'elle prenait quelquefois.

— Pourquoi pas, madame ? répiiquai^je presque de la même manière ; vous Favez bien été de Buckingham 1

DE LA PaiIf«IS»lÇ 99 MONACO. 21

— Je n'ai jamais rien accepté de qui que ce fût sans le rendre.

— Madame me connaissait, elle n'eu dit pas davantage. Nous nous promenâmes en silence un bon quart->d*beure. Enfin elle le romp^ :

— Duchesse, vous ne m'en voulez pa» }

— Madame...

-^ Écoutez ; c'est que votre frère m'impatiente avee ses discours à perte de vue adressés à cette petite sotte. Elle le regarde de ses grands yeux étonnés, et ne lui répond point. Que peut-il faire auprès d'elle ? Quel plaisir y trouve-t-ii î Gmiseillez-lui donc, en amie, de la laisser de côté.

— Je n'y manquerai pas.

Je connus mieux Madame par cet entretien d'une heure que par toutes nos familiarités passées. Je me promis d'é- (Asirev mon frère et de le diriger. Il y avait en elle plus d'or* goeil que de tendresse, plus de coquetterie que d'entratne* mmt. Elle voulait régner seule, la résistance et la rivalité l'eieitaient et donnaient du prix à ce qu'on lui refusait. Lu petite de La YalUèra devait servir à la prendre, ou Guiche était un niais.

**-* Enfin, duchesse, résumons ; que me conseillez-vous ? I^eroi me va-tril rester î En acceptant la comtesse de Sois* s«os, la seule rivalité possible, la détournerai*je sftre**

^ Si Votre Altesse Royal n'aime Sa Majesté que comme on beau^ère. . .

— Non, non !

-^ AI0P8, c'est comme un amant î

— Encore moins.

28 VIB ET AVBIfTURES

-- Quoi donc, alors ?

r- Je vous Tai dit, c*est une vengeance.

— Elle vous plaît î

— Ah ! si elle me platt !

— Eh bien ! faites-la durer le plus longtemps possflde. Je ne vois que cet avis' à vous donner.

— Je n'y manquerai pas. Quant au comte...

— Madame, mon frère saura la vérité, et j'espèi*e qa*il aura le courage de l'entendre.

— Bah ! bah ! bah ! ma chère, il se consolera vite.

— J'y tâcherai, madame.

— Il nous faut rentrer, me jeta-t-elle avec humeur, je suis fatiguée, je veux dormir. Prenons le plus court.

— Aux ordres de madame.

Elle se remit à bouder. J'en avais envie de rire et je pensais à part moi combien le roi eût changé pour elle, s'il l'avait entendue. Mon opinion sur ceci est que le roi lui plaisait sans qu'elle se l'avouât ; je crois encore qu'il avait pour elle un sentiment de galanterie, non de passion. U la trouvait ce qu'elle était réellement, la plus attrayante personne qui fut autour de lui, mais son cœur ne s'y prit point. Enfin ils étaient tous les deux infiniment aimables, tous deux nés avec des dispositions galantes, ils se voyaient tous les jours au milieu des plaisirs et des divertissements ; il parut aux yeux de tout le monde qu'ils avaient l'un pour l'autre cet agrément qui précède les grandes passions. Il n'en était rien ; moi seule je le savais. La reine-mère en était persuadée et en séchait sur sa chaise ; Madame ne craignit jamais que le roi et un peu Monsieur, quand il s'opposait à ses plaisirs.

Il était fort tard lorsque nons reutrftmes. Nous reneontrtmes quantité de gens, sans être reconnues. Qui nous attendait là à cette heure ? La princesse ne me dit rien jusqu'au mom^t de nous séparer. Mary qpyrit la porte au signal conyenu. Je lui fis une révérence, et je me retirai ; elle me rappela.

— M'oubliez pas vos promesses, madame, me dit-elle souriante.

— Jamais je n'oublie.

— C'est bien, nous verrons alors. Soyez à deux heures diez moi ; nous dînerons seules. Monsieur va chez sa mère.

— Votre Altesse Royale ne va pas avec Sa Majesté ?

— Non, me glissa-t-elle dans le tuyau de l'oreille; je veux essayer s'il saurait se passer de moi.

Elle rentra vite après ces mots, et moi je retournai à ma ehambre. Blondeau me vint ouvrir toute troublée.

— Ah ! madame, s'écria-t-elle, je ne sais ce qui va arriver, mais Monsieur attend madame la duchesse.

— Monsieur ! à cette heure ? et que veut-il ?

— Je ne sais. Il est furieux.

— Pourquoi ?

Parce que madame la duchesse est sortie. Il prétend que c'est avec M. le comte de Charny .

— C'est bien, je lui parlerai.

Je voulus passer.

— Ce n'est pas tout encore.

— Qu'y a-t-il de plus ?

— Monseigneur est de retour, il attend madame dans sa chambre.

— Mon mari a-t-il vu Son Altesse Royale ?

99 TIE ST ATKUTUI^S

-<» Oui, midanœ.

-* U a dit qae madamo partirdt d^siaio pow Moima»

«^ Ah ! je n'y siûs pas encore I Ckmduis-moi prèi§^ d# Monsieur. A*-t*a quelques flaeons à la glacoi au mm^^ par cette dialeiur*

Blondeau me regarda étonnée elle ne compreiwàt pa» ma présence d'esprit.

Je trouvai Monsieur devant un miroir, s'ajofttant sur te tète un bandeau de jayet qu'i) avait trouvé dans mes eoffres, oà il fouillait toujours sans cérémonie. En me voyant derrière lui, il fronça le sourcil, et demanda, sans se retourner :

— D'où venez-vous, madame, à une paroilto heure? Je lui fis une superbe révérenee.

-«- Est-il donc nécessaire que je fasse à Monsieur Wù eoiifessi<m générale?

— Ceci est pour me dire que cela uq me regarde pas. Vous vous trompez, madame, cela me regarde. La simntendante de Madame ne saurait être trc^ surveillée, et sanf compter ce qu'il peut y avoir de particulier dans ma eaxm* site, oe motif-là doit vous suffire.

-*--M(H»ieupesta^bBBirBblem«Q[teoiftaveccei&«ttmef U te porte aussi bien que moi.

— Ce n'est pas là répondre, s'éeria-t-il en frappant du pied.

— Pétais avec Madame.

— Avec Madame, où cela?

— Dans sa chambre.

— Elle était donc enfermée?

— Oui, monsieur.

— Qu'y faisiez-vous?

— No]is causions.

— Ah! vous causiez! et que disiez-vous, s'il vous plaît? Puisque vous causiez si bien, vous pourrez, j'espère, m'éclairer sur les sentiments, sur la conduite de Madame, dont on me rebat les oreilles. Elle traite de chansons mes remontrances, elle le prend sur le haut ton avec la reinemère. Qu'est-ce à dire que tout cela? Que compte-t-elle faire à l'avenir?

— Ce qu'elle a fait dans le passé, je suppose.

— Me narguer, m'oflfenser, me déshonorer, peut-être , n'est-ce pas? J'y mettrai fin.

— Ah! monsieur!

— Et vous aussi, madame, je vous ferai morigéner par votre mari. Vous n'aurez plus la permission de courir ainsi partout, de vous moquer de lui, de pousser Madame dans une mauvaise voie ; il faudra que tout cela change.

— Mon Dieu! monsieur, d'où vient cette colère? qui a pi y donner lieu? Qu'avons-nous fait depuis hier pour vouî fâcher ainsi?

— Morbleu ! il y a deux heures que je vous attends l

— Monsieur ne m'a pas fait l'honneur de m'annoneer s visite.

— N'eussiez-vous pas dû la deviner?

— Et pourquoi? Votre Altesse Royale daignera-t-elle me le dire?

— Ces visites-là ne s'annoncent point , il me semble que nous sommes ensemble de façon. «. Vous savez que je vous aime.

Je ne pus m'empècher de rire.

— Vous en riez ! Vous n*en ririez point si le roi était à ma place.

— Le roi!... c'est que Sa Majesté... enfin, je pourrais le croire, tandis que Monsieur. . .

— Eh bien?

— Monsieur aime trop Madame pour qu'il y ait une place à cdté d'elle dans son' cœur.

— Madame est Madame, interrompit-il impatienté, et cela ne regarde qu'elle et moi. Vous. . . vous, je vous aime. . . emlout à cause de votre frère.

Monsieur n'a jamais pu parler à une femme que de ses amis. Je n'en étais pas si sûre en ce temps-là que toute la cour l'a appris depuis, le chevalier de Lorraine et d'Effiat aidant. Je ne sus trop que lui répondre, et je désirais fort qu'il s'en allât. Je tombais de fatigue et de sommeil. U resta plus d'une heure à divaguer de la sorte. Je découvris cependant dans ses bavardages (car il était grand parleur et faiseur de propos) que les deux reines ne laisseraient à Madame ni paix ni trêve jusqu'à ce que le roi leur fut retourné. Elles avaient entièrement dominé Monsieur, elles le manœuvraient à leur manière, et elles en allaient faire un instnunent de persécution à laquelle la princesse céderait quelque jour. Je ne pus dormir en rentrant chez moi, tant

34 fil IT AYIMTVMS

ces idées me tounnenttieiit II fldlail peu de cbose pour excilBr M. de Monaco, pour le décider à m'emmeoer, pour m'arracher à Puyguilhem, et si Monsieur se mettmt à te partie, je n'aitfais pUs langtempa à attendre,

Lfiraque je parus le kodemain, je trouvai la cour oecupéd de quelques paroles de la reine-nière et de son entrevud fort longue avec Monsieur. Elle était ravie de trouve»* un prétexte ai spécieux de hi^séance et de dévotion pour s'opposer à l'attachement du roi pour Madame. Elle n'eut p^ de peine à faire entrer Monsieur dans ses sentiments : il était jaloux, on l'a vu; il l'était par lui*méme» et il le de^ venait encore davantage par l'humeur de Madame, qu'il ne troarait pas aussi éloignée de la galanterie qu'il Vaurait souhaité.

L'aigreur s'augmentait tellement que le soir, comme on soupait chez la reine-mère, elle n'adressa pas une seuto fois la parole à Madame ; elle fit offrir des fruits confita d'Espagne au roi, à Monsieur, à Mademoiselle, même aux dames des princesses, et Madame n'en eut point. Le roi en fut si choqué qu'il lui envoya les siens. Eu sortant de table, la reine-inëre ne le laissa pas jouer ; elle l'entraîna dans son oratoire et lui dit les choses les plus tendres et les plus propres à lui toucher le cœur. Il se laissa aller, i] lui promit tout ce qu'elle voulut, assura que Madame serait désormais traitée seulement comme la femme de son frèrei et qu'il reviendrait ainsi que par le passé.

Monsieur en fut instruit par sa mère; il le répéta à Madame, en en tirant la conséquence que le roi n'avait pai pour elle autant de considération qu'il lui en ténioigaait Tout oda fit bientàt un cercle de redites et de démêlés q^

ne nons donna pas un moment de repos. Le roi et la princesse continuaient leurs habitudes, chacun à la cour les croyant amoureux Tun de Fautre, excepté cependant Guiche et moi. le rassurai mon frère, je lui montrai le f<HMl de cette amitié, qui n'était que de l'orgueil et de la coquettme satisfaite. Il excitait Monsieur sous main, et celui-ci nous faisait des cris abominables chaque soir. Madame arrivait éplorée dans ma chambre, jurant qu'elle demanderait justice au roi, qu'on ne traitait pas ainsi une princesse comme elle, qu'elle s'enfuirait plutôt près du roi, son frère, que d'endurer davantage ces mdignités.

J*essayai de tout pour la calmer, sans y réussir. Elle passait des nuits désolées. Quelquefois, dans son désespoir, elle me parlait du comte de Guiche ; elle voulait qu'il employât son pouvoir pour obtenir de Monsieur qu'il ne la tourmentât point. Je me chargeai de la commission ; j'essayai moi-même mon apparente influence; le prince ne me répondait qu'en battant la campagne.

La veille, de je ne sais quelle fête, il faisait fort chaud, nous devions aller de bonne heure à la paroisse, Madame me dit dans Toreille :

— Nous ne nous coucherons pas cette nuit.

— * Pourquoi, Madame ?

•-* J'ai parlé au roi de notre promenade mystérieuse ; il a eu envie d'en essayer. Il a été convenu qu'il nous viendrait prendre chez moi, accompagné d'un seul courtisan, et que nous irions tous les quatre admirer le temps dans les bosquets*

— > Quâ sera le courtisan T

36 YIE ET AVENTURES

— Ne le devinez-vous pas? Vous avez dooc inen peu de confiance en ma parole!

— Quoi ! . . . mou frère. . .

— Ah! duchesse! vous voulez que je le dise, car vous savez que M. de Guiche n'a que faire entre le roi et moi. C'est Puyguilhem.

• — Merci, madame.

— Oui, nous tiendrons conseil; il faut en finir avec la reine-mère et Monsieur. Je ne sais d'ailleurs pourquoi vous me voudriez faire arracher le comte de Guiche à «es nobles amours,

— Je ne comprends pas ce que Votre Altesse me fait rhonneur de me dire.

— Oui, joiiez Tignoraute. Vous ne comprenez pas? Est-il quelqu'un à la cour qui Ignore la passion de ce beau seigneur pour cette petite de La Vallière?

— Enfantillage !

— U l'a fort bien caché, je ne l'ignore point; mais tout se découvre, et l'on publie maintenant ses intrigues avec cette fille. Qu'ont-ils donc tous à la trouver si jolie? Elle

boite ; elle a l'air d'un mouton qui rêve et qu'on réveille en sursaut; rien n'y manque, même le bêlement.

Ce fut là l'aurore de cet astre, si étincelant depuis. Elle était entrée chez Madame, en sortant de Blois, après la mort de M. Gaston, duc d'Orléans. Sa mère était remariée à Saint-Remy, son premier maître d'hôtel. Leur fortune était médiocre et leur noblesse cahin caha. On la trouvait douce et naïve; elle montrait sans dissimulation sa grande joie d'être chez Madame et de ne plus entendre sa mère harpigner autour d'elle. Il était très^vrai que raen frère la

DE LA PlUNCESSB DE MONACO. 37

courtisait, iion-senlement lui, mais d'autres jeunes seigoeurs encore, et cela à cause de sa simplicité et de ses façons de bergère ; elle n'avait rien de brillant dans l'esprit. Mademoiselle de Tonnay-Gharente s'en moquait à la journée, et Madame, on le voit, ne s'en privait point. Quant à moi, je l'avais à peine remarquée.

J'essayai de défendre le comte de Guicbe, sans trop appuyer néanmoins ; avec l'humeur de Madame, le mieux était de l'inquiéter. Je ne manquai pas d'en avertir l'amoureux avant de rentrer chez moi. Je mis à la hftte une mani^ de déshabillé et je passai chez ma princesse, que je trouvai se parant d'une manière négative. Elle se faisait jolie à la sourdine, comme une femme qui ne veut plaire qu'à un seul et qui ne doit voir que lui. On frappa discrètement à la porte. C'étaient le roi et Lauzun, le mouchoir sur le nez et embobeUnés de manteaux de livrée; nous étions prêtes à les suivre. Le roi préludait ainsi, avec son favori nouveau, à ces fameuses promenades nocturnes chez les filles de la reine, en escaladant les toits et les cheminées pour cette effrontée de La Mothe-Houdancourt. M. et madame de NavaîUes en payèrent les pots cassés de ces promenades, sans me compter, ainsi qu'on le verra en son lieu.

Nous descendîmes, sans parler, l'escalier de service; nous arrivâmes dans le parc et nous primes les charmilles, que le roi aimait de préférence. Il s'y trouvait un certain bosquet, où nous allâmes nous asseoir. Le roi était d'une gatté prodigieuse et faisait mille folies ; il alla même jusqu'à «nbrasser Madame! Je n'en puis revenir encore, quand j'y songe suriout à ce qu'il est aujourd'hui.

— C'est que je l'aime bien, ma sœur ! a||outa-t-il.

▼IB feT AVËHTUREê

— 8li*a, vëns n*ave2 pas toujoni's pensé comme aà», ' — J'étais aveugle alors.

— A présent) vous êtes un petit g^m-çon qui eraignez le fouDti akiâi que certain favori l'êcdyait de Monsieur.

— Madame, je crains d'afûiger ma mère, qtbe le ei^ ne me laissera peut-être plus longtemps.

Madame parlait d*un Usa aigre-doux, et le rd oomnten- ^t à pépoiuire sérieusisneat. Je sentis qu'ils [fiaient se Adier; je fis signe à Puyguilhem, dont la présaice d^esprit ^ la iiardie^e m'étaient connues. Il se leva bnisquemmit 0U tapis de mousse sur lequel il était assiâ.

— Sire, j'ai une idée.

— Je crois qiie vous en avez beaucoup ; mais diteâ ton^ jours eeUe-iè.

— Le roi me pérmettra-t-il d'entrer un peu dans des détails que... qui... que... au premier cdup d'œil...

— IMtes tout ee que vous voudrez.

-^ £h bien! Sire, Sa M^esté la mue-mère, que Dieu câBserYô...

— Mcm IMeut que vous êtes long ! iuterroDipit Uadaixàe impatientée; l'aurai tout expliqué en deux minutes, naoi. Sa H^esté la rdne-tiière a la bonté de me supposer sur l'e^Hit et le ceÊur de son auguste fils un crédit que je n'ai point; ^le pousse méo^ cette bonté jusqu'à la jalousie. €ette maladie se communique par ses soins à Monsieur et è la jeune r^ne; il ea résulte pour chacun une existence qui œ se supporte pas ^ il y ffnt donc omettre un terme, et te suj^lie le roi de vouloir bien à l'ayeuir ne me plus parler et ne me plus cberdier janais.

-— AblmddaBie 1

— Oui, Sire, j'y suis décidée. Puisque la reine, puisque Monsieur...

Elle détourna la tête sans achever. Était-elle émue? Feignait-elle rémotion? Je ne sais; elle était fort habile comédienne et ne disait que ce qu'elle voulait.

— Voulez-vous me désespérer? reprit le roi.

— Sire, j'ai mon idée, répliqua Lauzun.

— Et vous, «fiadame de Yalentinois?

— Sire, je dois avoir la même que celle de M. de Puygnilhem.

— Qu'il la dise donc, le bourreau !

— Sire, vous ne voulez point vous éloigner de Madame?

— A aucun prix.

— Vous voulez détourner les soupçons des reines et de Monsieur ?

— Soupçons parfaitement stupides et imaginaires, mais qui n'en troublent pas moins la vie à chaque instant.

— Alors, Sire, j'ai l'affaire de Votre Majesté; elle n'a plus qu'à y consentir.

— Pour détourner les soupçons d'une chose, il n'y a, selon moi, qu'un seul moyen à employer, continua Lauzun.

— Lequel? comment cela?

— On accuse Votre Majesté d'aimer Madame, on accuse Madame d'aimer le roi, prouvez à ceux qui vous accusent que l'on se trompe.

— Certainement, on se trompe, interrompit vivement la princesse, nous n'avons l'un pour l'autre que les sentiments d'an frère et d'une sœur.

— Je n'en doute pas, Madame, et ses lèvres se plissé* rentde son fin sourire, mais les autres en doutent beaucoup. C'est fort peu respectueux, c'est téméraire, c'est d'une audace incroyable, mais cela est.

— Hélas! oui, ma mère ne me laisse pas un moment de repos.

— Eh bien ! sire, qui vous empêche de donner le change à Sa Majesté la reine-mère, à la reine, à tout le monde?

Prenez un mannequin^ une maîtresse supposée, dont on vous croie épris, et qui détourne sur elle Tattention des uns, avec la colère des autres.

Le roi me regardait fort, tout en écoutant Puyguilhem. Madame rougissait et son nez s'armait en guerre. Il y a des visages chez lesquelles le nez est redoutable, et le sien était du nombre. Je la connaissais si bien que je ne m'y trompai pas. .

— C'est une idée cela, dit le roi lentement, me regardant toujours, il y a de jolies poupées à Fontainebleau.

— Non, pas celle-là! interrompit vivement la princesse, incapable de maîtriser son premier mouvement, et devinant la pensée du roi, non pas cella4à, elle ne serait point une poupée et V0a& rahneriez»

LaBzun devint rouge à sou tour, et son œil lança un de ces éclairs qui tuent lorsqu'^on est Dieu, ou lorsqu'on

J'ai phisîears mm& à dtet à Sa Majesté, qui rem^ronl parfaitement le but, des personnes obscures, trop beureusas d'attirer les regarda et âe faire parler d'elles.

-—? Voyons cela.

— D'abord mademoiselle de Pons. Le maréchal d^Albrel, sa& eùHsitt, aiderait son habileté un peu larovinciale eoc^e, et tout sertit pour te mieux..

rr- Apiisf

— Nous avons Ghemerault...

-^ La plus coquette de toutes les filles ùb la reine I interrompit Madame, cela ne se peut pas.

•^ je vo«s eiterai enfin La Yallière, et Màdasie la e^an9&% im, pïisqut c'est «ne de ses filles.

DE LA FiliN€]|9âE I^£ IKMKAGO. 43

— La YalUère? demanda le vol Qyà est ce^? A ^ul a^H partiept-elle? Gaaimeiit est-elle?

U lie Tavait pas même remarquée !

— Sire, poursuivit la princesse, je crois que M. i^ Puygoilhem a trouvé ce qu'il fs^ut. C'est une petite fiUe assea jolie, quoiqi^e un peu boiteuse, bien douée, bien naïve, in* ci^Kible d'une pensée d'orgueil et d'ambition. Elle e$t peu de chose; elle ne tient guère à personue, et, excepté le comte de Guiche, fbrt amoureux d'elle, je ne crois pas que nul à la cour l'ait encore regardée.

Le roi fronça le sourcil ; il n'a Jamais pu supporter l'ombre d'une rivalité. Je le devinai mieux que la princesse et je m'empressai d'ajouter :

, — Mon frère, en effet, y a fait quelque attention comme à ttue jolie enfant, Sire, et c'^çt là tout. Je sais, à n'en pas douter, qu'aucune de ses vues sérieuses n'est tournée de ce côté; il vise ailleurs.

— Le comte de Guiche est un de ces hommes dont on Of» triomphe pas aisément, fût-on roi, madame, répliqua notre sire très-sérieusement.

— Qu'importe, d'ailleurs l pour un mannequin 1 ajouta Madame.

— Je ne permettrais pas une plaisanterie à cet égard, madame, du moment où on la croit mienne, une femme ne peut pas même être soupçonnée. Je réfléchirai à cette conversation, et votre moyen me plaît assez, monsieur Puy-» goiihem ; il est possible que je l'emploie.

— \h ! Sire, n'allez pas...

Madame s'arrêta là en l'ougissaitt. Elle eût voulu garder le frère comme frèrCf mais saus que le frère devînt autant

ailleurs. Ce qu'elle désirait avant tout, c*était la gloire de se savoir aimée, celle de résister au plus grand roi du monde ; c'était de dominer la cour et de voir les courtisans à ses pieds. Quant à son cœur, il penchait plus pour Guiche, s'il penchait quelque part, ce que je ne sais pas encore. Madame était une vraie linotte, sans grande méchanceté, mais sans grande attache; elle s'ennuyait de Monsieur, qu'elle n'estimait pas : c'était une de ces personnes sur lesquelles on ne peut compter que lorsqu'on les tient.

Lauzun ne l'aimait guère ; son conseil était à deux tranchants, il avait envie de donner une maîtresse au roi et de le détacher d'elle. Pendant le reste de la promenade, il entretint le maître, qui l'écoutait en rêvant et me regardait à la dérobée. Je le voyais et les autres aussi. Madame en prit de l'humeur; quand nous rentrâmes, elle me plaisanta aigrement sur la nonchalance de ma marche, et me ferma presque la porte de sa chambre au nez, au moment où je lui d^m^andais ses derniers ordres.

Le lendemain, chez la reine-mère, nous vîmes l'effet des idées de Lauzun. Le roi s'arrêta devant les trois poupées^ et leur parla. Elles répondirent suivant leurs caractères ; mademoiselle de Pons gauchement (elle en a bien rappelé depuis qu'elle est madame d*Heudicourt!), Chemerault hardiment, et ses yeux brillant comme le grand-duc des chati" délies ; quant à La Vallière, elle ne répondit pas du tout, elle baissa les yeux, et elle eût volontiers pleuré de se savoir remarque. Son émotion n'échappa à personne, et au roi encore moins.

Guiche vint après : il la trouva distraite. Pendant plusieurs jours, la pareille épreuve se renouvela jusqu'à ce

qa'un beau matin, à rétonnement général, le roi entrant chez Madame, chercha tout autour du cercle, et demanda

où était La Vallière.

— Dans la chambre à côté, sire, répondit la princesse tout étonnée; elle s*occupe de mes rubans. La ferai-je mander?

— Non, j'y vais moi-même; j'aime fort les rubans, et TOUS avez ordinairement de charmants atours.

Le roi ouvrit la porte, entra, s'approcha de La Vallière; elle laissa tomber une coiffe , et Louis la ramassa promptement. Ses compagnes s'écartèrent par respect , et le roi l'entretint seul, les issues tout ouvertes , plus de deux heures. Chacun les pouvait voir , je vous jure qu'on les regardait !

Mesdemoiselles de Tonnay-Charente et Montalais , les deux bonnes amies de La Vallière, chuchotaient dans un coin ; et j'entendis la belle Athénaïs de Hortemart qui disait en riant :

— Elle est trop niaise, elle ne saura jamais dire ce qu'il faut.

— Allez! allez ! dit-il. Madame enrage, et j'en suis bien aise: elle veut vous conter cela.

La princesse enrageait en effet, et pour deux raisons.

— Votre frère est jaloux, me dit-elle.

— Il l'était. . . du moins peut-être il le voulait faire croire, car il n'aimait pas La Vallière autant que ses petits chiens. Son amour-propre était en souffrance ; il eût bien joui d'entendre Madame... il ne le perdit pas, je le lui répétai le soir.

On annonça les carrosses. Le roi n'osa pas emmener La Vallière; il la salua profondément, et vint reprendre Madame, qui ne put lui cacher son dépit et sa colère. Il* 3.

46 TIE ET ATBKTCUfiS

' -^ Eh bien! sire, tous toos êtes fort omise anrae o^ petite fille ?

— Mademoiselle de La Yallière est cbarmante. Madame.

— Le trouTez-YOtts réeUemeat? ne jouez-vous pas? n'en soBomes-noas pas aux choses convenues î

Ces mots prononcés avec vivacité trahissaient nne impression assez vive pour ne pouvoir se contraindre, le roi n*y répondit pas, c'était la meilleure r^Mmse. Madame coifrprit, à dater decemomcBt, qu'elle perdait le sceptre, et fat, pendant toute la promenade, d'une humeur détestable. J'è* ' tais à la portière , tout près d'elle, à côté de la ocMmtesse de Soissons , elle se pencha vers moi , et me dit tout bas :

-«-Quel dangereux conseil votre Puygoilhem nous a donné là t

Je crus ne pouvoir mieux faire que d'imiter le mattre, je me tus.

Efrmème temps, mon fr^re jouait la contre-partie avec |ia Vfilière. Piqué dans son ch^ orgueil, il courut au-4evim d'elle, et la chambra à sou tour. Pendant que chaeun $V>if avisait daas les carrosses , elle voulut lui échapper, mais 11 eut le temps d'exhaler sa bile , en mots peu mesurés , fX. qui, plus tard, achevèrent sa disgrâee. U la traita de la bonne façon , ï ce point qu'elle en pleura, et que, sans mademoisoilt» de Tomiay-Gharcnte , elle fut restée au l^is.

Le soir , au moment où je me couchais , ma porte s'ouvrit, et je vis entrer mon frère sur la pointe du pied, le viç^e pale, fort peu ajusté , mais charmait. Il me demanda pardon de venir airisi à pamlle heure , il fallait qu'il me vît, moi seu)^ je pouvais l'aider dana ceUa eircûustJUM t

DE LA PRIHÇES^G DE MûMACO. 47

car le niaréchal ne voulait absolument pa& se mêler de ses affaires.

— Et qu'y a-t-il? demandai-je.

— U y a que j'ai maltraité ce matin La Yallière.

— C'est d'autant mieux de votre part, que le rqi a presque déclaré l'anxour qu'il lui porte.

— C'est just^nent pour cela, j'étais jaloux.

— Vous l'aimez donc bien?

— Hk>i 1 je ne m'en soucie guère ; c'est une niaise, qui n'a que sa jeunesse et qui à trente ans ne vaudra pas un regard.

— Alors , je ne vous conçois pas.

— Mon Dieu , ma sœur , vous ne me connaissez donc point? Je me suis ocenpé d'elle par désœuvrement, pour faire quelque chose; elle m'a aeeueilli par des airs origiiiaiMc qui m'ont afriolé; il me fallait une contenance, j'ai I)ris celle-là. Dans buit jours, je l'aurais laissée. Mais à présent qu'on me l'enlève, eh bien ! je ne puis souflfrir p'eQe m'écbappe.

— Âb! que voilà un beau raisonnement !

— J'ai eu la niaiserie de le lui dire, de le lui dire en termes peu mesurés. Si elle le veut , elle peut me perdre ; je sqis entre ses mains, et cela m'inquiète.

— Mon cber comte, elle ne le voudra pas.

^ Mais 9% elle le voulait? Le roi ne m'aime point, j'en ignore le motif ; si elle devient sa maitrSsse, il ne me par<donnera pas de la lui avoir disputée et de l'avoir ensuite traitée du baut en bas. Que faire?

— Vous venez me demander un conseil, à moi ? ^ A qui le demanderais-je?

48 YIE ET AYENTORES

— Vous avez votre ami de Vardes , vous avez ce singe de Malicorne, plus fin que toutes les finesses ; vous avez la comtesse de Soissons, vous avez...

— Je n'ai que ma sœur, et cette sœur est la duchesse de Yalentinois, surintendante et amie de Madame.

Je souris ; je le voyais venir , et Je l'attendais.

Il se fit en ce moment du bruit dans mon cabinet , où se tenait Blondeau ; j'eus envie d'appeler ; il me sembla qu'on parlait bas; je réfléchis sur-le-champ que c'était sans doute quelque garçon bleu venant prendre les ordres^ de service, A cette heure, cela ne pouvait être autre chose ; je ne m'en occupai plus , et je revins à Guiche qui me regardait.

— Que puis-je faire , à cause de tous ces titres ? — Duchesse, vous ne me devinez pas?

— Moi ! suis-je un devin ou un explicateur d'oracles ?

— Voyons , ma chère, vous savez que j'aime Madame.

— Je sais que vous aimez La Vallière.

— Ne vous souvenez-vous plus de mes prières , de mes recommandations au sujet de Monsieur?

— Sans doute, mais qu'est-ce à dire ?

— Ahl vous m'impatientez ! J'aime Madame, je n'^ai jamais aimé qu'elle, je n'ai pris La Vallière que pour me venger de son mépris, de sa coquetterie avec le roi, et maintenant que le roi lui échappe, il faut , ma sœur, que je la voie , il faut que j'espère , il faut que cet amour soit coimu d'elle , il faut que vous me serviez , enfin !

Depuis quelques minutes je sentais à travers mes courtines une senteur pénétrante que Madame avait rapportée d'Angleterre, et dont elle remplissait ses armoires. Le roi.

en ce temps , aimait fort les senteurs, autant qu'il les a détestées depuis. Derrière mon baldaquin se trouvait une petite porte ouvrant chez mes femmes en glissant dans la rainure. Quelque mystère du temps d'Henri II, ou de François I", une vertu de jeune fille peut-être succombant à l'abri de ce secrettl*alcôve. Je me sentis prendre la main, et Madame apparut comme un éclair par la fente de mes rideaux, un doigt sur les lèvres.

— Âh ! me dis-je, M. le comte de Guiche est un heureux coquin ! Savez-vous, mon frère, repris-je tout haut, que vous me demandez là une chose fort difficile ?

— Pourquoi ?

— Madame, en ce moment, ne songe point à vous, et, d'ailleurs, elle y songerait, qu'une si grande princesse ne saurait descendre jusqu'à votre obscurité.

— Madame, en ce moment-ci, ma sœur, est irritée, elle l'est beaucoup, et av^c raison, elle m' écoutera.

— Elle ne vous écoutera point. Comment la persuaderezvous de votre amour, après avoir osé lui donner pour rivale ime de ses filles ?

— Pour rivale ! dites pour victime, j'ai passé ma rage de ce côté. Madame me torturait le cœur.

— Le cœur !

— Oui, le cœur, et jusqu'au dernier fond. J'aime Madame, entendez-vous ? je l'aime, et dut le roi m'exiler, me jeter à la Bastille, je lui dirai que je l'aime.

— Oh ! pour cela, répliquai-je en souriant malgré moi, je crois que personne ne vous en empêchera maintenant.

Un mouvement de mes courtines me révéla que j'étais ocHnprise.

Mon frère arait dans ses idées, dans scm caractère, de 068 changements subits qui le rendaient impossible à de* viner ea à snivre. Il ne mentait point, il disait vrai jus* qu'au revirement de ses pensées, presqu'aussi inattendues ime fois que Tautre. En ce moment, il adorait Madame, il redorait parce qu'il perdait La Yalliëre et qu'il lui fallait une vengeance ; il la lui fallait éclatante, il la lui fallait surtout contre le roi, ce projet insensé ne Teffrayait pas. Le roi lui enlevait la fille d'honneur, il prendrait la princesse, la belle-sœur du monarque, celle qui n'avait pas eu assez d'amour peur braver en sa faveur les jugements du monde. Tout cela je le devinais, moi qui le connaissais jusqu'à Flmef mais quant à madame Henriette, elle ne voyait que le beau côté de la chose. Elle aussi voulait une vengeance, le roi verrait que, comme lui, elle ne s'amusait pas à pleurer, et que le consolateur était le comte de Guiche, le roi des cœurs, si lui était le roi de France.

52 VIE ET ATENTURES

Je trouTais notre position à tous les trois originale, et je me promettais de la prolonger, lorsque Blondeau entra, par la grande issue cette fois, et me dit d'un air effaré :

— Madame, voilà Monsieur !

— Son Altesse Royale avait quelquefois l'idée de passer chez moi à cette heure indue ; mais il semblait y avoir renoncé,, et je ne l'attendais plus depuis au moins trois semaines Cette arrivée subite ne me troubla point, bien que la rencontre fût originale, et me tournant gravement vers le comte de Guiche :

— Voulez-vous le voir? lui demandai-je.

— Non, non, certainement; pourtant je nç puis m'en aller ainsi, j'ai à vous parler encore.

— Passez donc dans mon cabinet de garde-robe , mon frère, et tenez-vous coi, il ne restera guère. Introduisez Son Altesse royale, ajoutai-je, lorsque mon frère fut caché.

Le prince s'impatientait, je ne lui avais jamais permis de pénétrer chez moi à cette heure sans m'en avoir prévenue. Il poussa presque Blondeau quand elle l'annonça, et me dit de fort mauvaise grâce : t

— Qui donc était ici, madame la duchesse, que Ton a caché en m'entendant venir?

— Monsieur, c'était mon frère.

— Guiche ici, à cette heure ! que vous voulait-il ?

— Et que me veut Son Altesse Royale?

— Parbleu ! je veux vous parler de Madame d'abofd, de vous ensuite. . . Venait-il pour le même sujet ?

— Justement, monsieur.

— Ah ! ah! pourquoi est-il parti alors?

— Il a craint d'être indiscret.

— Qael enfantillage!... Madame de Yalentînois, je suis fort content de Madame, reprit-il en s'asseyant à son aise.

— Vraiment, monsieur!

— Très-content, vous dis-je ; mais elle va me gâter tout cela, J'en ai peur.

— Je ne comprends point.

— Sans doute. Elle a montré au monde entier que le roi était pour elle mon frère, et rien de plus ; elle a donné satisfaction à la reine-mère, elle m'a laissé voirune'certaine envie de me complaire. J'ai trouvé les choses bien ainsi; mais à présent, voilà le roi fourré chez ses filles, hier avec mademoiselle de Pons, aujourd'hui avec La Yallière; on dira qu'elle les lui abandonne pour le garder, et je ne devine pas ce que je gagne à ce changement.

— Que peut faire Madame? Le roi n'est-il pas le maître?

— Madame sait bien lui parler quand elle le veut, et à moi aussi ; qu'elle lui déclare sa résolution de ne point supporter ce chagrin chez elle, de mettre plutôt toutes ses filles à la porte, et il s'en ira faire l'amour ailleurs.

Je compris le fond de l'histoire.

— Monsieur, répliquai-je, ce n'est pas vous qui avez trouvé cela.

— Non, c'est la reine-mère.

— J'en étais sûre; cela ne ressemble point à votre esprit habituel. Vous ne pouvez vouloir que Madame se brouille avec le roi et perdre son crédit en même temps que le vôtre. Tout cela, je suis fâché de vous le dire, tout cela est inventé pour empêcher le roi de suivre Madame, pour qu'il ne se plaise point chez elle, pour qu'elle devienne à la cour au rang de madame la princesse» ou de telle autre

54 vu 1? 4YSIIT6RS5

aH même pQiiU. Oq a changé temoyen, b^îs uqa pat le bat. Monsieur ne répondit pas et se leva.

— Que vous a dit le comte de Guiehe? reprit-il.

-r^ Absolument ce que je viens d'avoir Thoimeur de répéter à Votre Altesse Royale.

— Madame de Yalentinois, me jurez-vous que Madame m'est fidèle?

*"* Si je vous le jurais, monsieur^ vous auriez tort de le croire, attendu que si j^ savfiis le contraire) je voi^ jurerais encore que voi^s n'êtes pas trompé. Mada^ne est la pju^ chi^rmante comme la plus )ionnèt^ princesse du moq^fi ; uh4s, mais...

— Eh bien! mais,..?

Je savais que trois respiratiç^ns s'étouffaient, que trœsk cceurs haletai^;^t après ma réponse; j'y mis de la maMoe, je la fis attendre.

-^ M^s... monsieur, vous êtes peut-être cause de se^ t(H*ts apparentât... Vous ne lui rendez poîQt justice^ vous...

— Je m'^ occupe sans cesse.

— Oui, pour la tourmenter.

•r- Est-ce ma faute si elle ne me plaft point %

— Serait-ce la sienne, alors, si vous ne lui plaisiez goèrel

— Je la trouve froide, impérieuse, coquette. Je la trouve maigre ) noire, sècbe de toute façon.

T- Elle peut vous trouver, pai*donnez-le moi, monsiefur^ elle peut vous trouver... fat... prétentieux... efféminé.,, Ë|le peut ne pas apner chez un bomme tant de promenades, d'essences et d'attirail 4o senteurs.

T- £t Tovis« duâi^sse^ comp^ei^t me trouve^*vous 1

DK LA PRîKCSSSft Dl KONAGO. Sft

•^ Yms fie me détestes potot, je le sài», tiutis polsqne Hadame me trouve si mal, à ee que vous dites^ je serais enchaitté de saVoir si cette opinion est celle des autres ; meê attîft ne pensent point ainsi, t^otre trhve, pas phis que les

antres, et cependant votre frère n'est pdnt flatteur.

— Monsieur sait bien combien je suis heureuse de Taitâiitioa dont il a daigné m'honorer.

J'inelinai ma tète» en faisant ce que mon père appelait ime révérence de lit^ mais au fait, pour cacber mon envie de rire. Le prince reprit sur le même ton, et pendant une demi-beure, entassa sottises sur sottises, "^pauvretés sur pauvretés, de façon â autoriser sa femme à se moquer de lui, un peu mieux qu'en paroles.

— ^Enfin, ducbesse, me dit-il pour conclusion, il résulte de tout cela que Je n'aurais point dû épouser Madame, et que ma cousine de Montpensier eût bien mieux été mon fait, malgré son âge. Elle a du bien plus qu'aucune autre, et là gtt la véritable consolation ; que m'importe le reste si j'ai de gros écus?

En écoutant ce bizarre personnage, je me demandai pourquoi il venait cbez moi à deux beures du matin me eotatef ces sornettes, et je ne pus m*empêcher de lui dire :

— Il me semble que demain il eût été grand temps, mensieia*, et il n'est pas besoin de prendre des semblants d» bonne fortune pour si peu de ebose.

— Au contraire, je veux qu'on vous croie ma maîtresse, et, piôsque je ne puis rien oblemr de vous qu'un semblant, il Caul bien m'y résigner.

h M pw retenir un éclat de rire, auquel rép(»)dir^l mes courtines et mon calque!, le prince n'eat^idH rien.

— Trouvez bon, à l'avenir, monsieur, que Ton tous

refuse ma porte, puisqu'il est ainsi que M. de Valentinois pourrait n'être point satisfait de vos visites ifoctumes, il a peut-être la faiblesse de ne point aimer à voir mon nom vous servir de bouquet.

Monsieur leva les épaules.

— M. de Valentinois, reprit-il, qui s'en inquiète ? ce n'est pas vous assurément, et votre cber cousin Puyguilhem vous tient au cœur d'une autre manière, ne croyez pas que je l'ignore, au moins.

Au moment même où il parlait, la porte s'ouvrit de nouveau, et M. de Valentinois montra sa touffe ébouriffée, plus une mine interminable et aussi embarrassée que s'il eût été le premier pris.

Je ne puis vous exprimer comment il fut accueilli, par quels rires inextinguibles de ma part, de celle du prince et de celle de deux témoins cachés de cette scène. Nous ne pouvions trouver une parole. Mon cher époux restait ébahi, les battants poussés, il nous regardait, et me répétait sans savoir ce qu'il disait :

— Monsieur! Monsieur! chez vous à cette heure ! Monsieur !

— Et Madame aussi, répliqua vivement la princesse en montrant sa tête au ^lilieu de mes rideaux , j'espère que c'est touchant.

Autre Méduse, ce fut au tour de Son Altesse Royale de rester confondu. Il se rappelait ce qu'il venait de dire, et ces deux visages de maris étaient plus plaisants Tua que l'autre, j'en ris encore de souvenir.

Dl LA PRIMGESSB Dl MOMAGO. 57

— Ah! pensai-je saas le dire, bien enteadu il manque qaelqu'nn ici, c'est Puyguilhem !

Il n'y manquait pas, la bonne pièce. Souvent, trèssonyent, il oubliait de me communiquer dans la journée une de ces affaires indi^nsables dont Ton aime tant à causer ensemble lorsque la confiance est entière, il venait donc la nuit par rentrée de Blondeau, qui le gardait quelquefois sens l'introduire, si cela ne se pouvait. Il habitait alors une certaine armoire à garde-robe, de la même fabrique certainement que la porte secrète et tout aussi bien cachée. Il se trouva justement ce soir-là fort ompressé de me parler, et il occupait sa retraite pendant que les autres personnages delaoMnédie remplissaient la chambre.

Je repris ma présence d'esprit et mon sangfroid en même temps que Madame, tandis que Monsieur et M. de Yalentittois en étaient encore à l'étonnement. La princesse rompit la première le silence, et faisant à son mari un charmant et mutin signe de menace, elle lui dit d'un air où la jalousie n'avait rien de féroce :

— Ah! Monsieur, je vous y prends.

. — Palsembleu ! Madame, nous sommes tous pris, ce me s^inble ; nous n'avons rien de mieux à faire que de rentrer bons amis et d'oublier tout ; M. de Yalentinois, je le gage, est de mon avis.

M. de Yalentinois n'en était point, il voyait là quelque chose qu'il ne pouvait comprendre, et son caractère ombrageux cherchait à mordre, surtout quand il ne trouvait rien sous sa dent. II se releva comme un coq en furie et se contenta d'un profond salut pour toute réponse. Madame riait, elle riait comme une femme heureuse, qui

fMt qné chÉMHdt le Bott^ et f^e )e8aBlre61ioaheitrÉ ti^s«wt à côté du sien sans le heurtei*,

*^ M: de Yalentmois, reprit-elle^ la diidie8se ii éti ce fidr joge du oamp entre Mamsienr et lûoi, i^e iioos a «itondas âtsâubie et 8i^;>aréfli6ail afin de lloiis réèoildlter ensuite. Jt a'ai ^aa besoin d'ajouté qiie Uomimf ft %msi tes ktrtfl encore, aitm que Yoas ètets m ti*^ d't^ aroir ea jfltat jMii* ma bdBiia amie ces regards flamliQyaats. SaviM:-?4»(s 4ue TOUS n'ëtijîs poi^t beau ainsi et que veus êtes iaiuste, ^ qui est plus grave. Ne sooriejs^vous pas eiifi^ ?

Le eourtisau prit le dessoi» et il se mit à g fî^i^iH^ qv^-' que ebose, dont la physionomie ne «'embeitit paS) flûfis fimes semblant de nous m eontenter; Madame Vatt^^qua 4c propos^ ainsi que Maosieur. Elle s'était «ssise sur mm lit à moitié) toujours encadrée par mes rideaux et presque ù^ TiHubré. Elle fut ëtineçlAQte d'esprit et de maliee, et les joit tous les deux à terre. Lasse de son triomphe, ^e sengea à /aire retraite. Avant de piEurtir, eUe me baisa au front et nie dit tout bas :

— Je TOUS les emmène. Bemmn, eontinaa-lreile à haute voix, nous Cûmmeaçons les répélitimts du ballet Vcois serez content, Monsieur, soyes tranquille, et d'autre aiissi. AL le duc de Vai^tinois, veuillez m'attendra à lu 'petite porte, je sors par là. Votre Altesse Royale m'aaeoippa^ne aussi, n'est-<3e pas ? Laisseos r^ser notre juge, elle en a besoin.

Le moyen de refuser ? Il fallut s'en all^ de çcfflapa^^ie. Je les suivis d^s yeux, en criant à M. de Yaientinois :

— A demain, n'esHse pfts ? vfnez de bomi^ bwne ebez ibâmm, je sui» épuisée» je ym dinmir^

lis n'avaient pas fermé la porte que Guiche s'élança hors de sa cachette, ivre de joie :

— Ah ! ma sœur, ma sœur ! que je suis heureux et que vous êtes habile. Voyez en moi le meilleur de vos amis. Demain, bienheureux jour ! Elle m'aime, elle m'aime ! Vous n'en doutez pas, j'espère ?

— Hâtez-vous de rentrer et cachez-vous bien, comte, vous allez commencer une intrigue très-hardie, ne vous perdez pas et nous avec vous. C'est égal, ils étaient trèsdrôles, tout-à-l'heure, messieurs les maris I

Nous recommençâmes à rire, il me fallut presque le chasser, il eût toujours voulu parler d'elle. Je me tournais vers ma ruelle, après l'avoir renvoyé, lorsque je rencontrai une main qui cherchait la mienne, lorsque j'entendis une voix douce et passionnée murmurant àla por te secrète, à l'endroit même où était Madame, le mot :

— Enfin !

Avec un tremblement de joie. // était là !

Et maintenant que je me rappelle tout ceci, que je crois encore l'entendre, maintenant je ne le verrai plus, il QSt mort pour tous. Moi, je vais mourir aussi, je vais mourir, et il ne m'aime plus !

Tous les bonheurs s'expient.

Le lendemain la cour offrait un spectacle curieux. Je me rendis chez Madame de bonne heure, et lorsque nous deseendimes pour la promenade du jour, elle était radieuse. Son regard eut en un tour rencontré celui de mon frère ; elle devint du plus bel incarnat du monde, au point de se eacher derrière son éventail, ce qui fut remarqué. Nous nous attendions tous à voir le roi auprès de La Yallière ; mais, à notre étonnement, il ne la regarda pas. Il s'approeha de sa belle-sœur très-empressé et très-galant, et demeura auprès d'elle tant que Ton fut au logis. Il riait, il semblait libre et dégagé de tous soucis comme de toute dis* simulation. Madame en fut contrariée, elle avait compté sur autre*chose, et la cour entière ne savait comment s'y reconnaître.

A la promenade il ne nous quitta point ; des filles, pas un mot!

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